Présidence des LR : Ciotti en tête et confiant, Retailleau espère créer la dynamique, Pradié en faiseur de roi

Présidence des LR : Ciotti en tête et confiant, Retailleau espère créer la dynamique, Pradié en faiseur de roi

Le député LR des Alpes-Maritimes sort en tête du premier tour du scrutin interne pour la présidence des LR, avec 42,73 % des voix, contre 34,45 % pour Bruno Retailleau et 22,29 % pour Aurélien Pradié. Les deux finalistes multiplient les signaux amicaux envers le troisième homme. S’il ne veut pas de « marchandage », Aurélien Pradié entend faire « peser » ses idées, dans « les heures et les jours » à venir.
François Vignal

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Après une longue campagne, commencée à la rentrée de septembre, c’est finalement Eric Ciotti qui sort en tête du premier tour de l’élection pour la présidence du parti Les Républicains. Avec 42,73 % des voix, celui qui faisait figure de favori devance Bruno Retailleau, arrivé second. Le président du groupe LR du Sénat totalise 34,45 % des voix. Le député du Lot, Aurélien Pradié, arrive troisième avec un beau score de 22,29 % des voix. Les 91.000 adhérents sont donc appelés à départager Eric Ciotti et Bruno Retailleau, lors d’un second tour, prévu les 10 et 11 décembre prochain. Avec une participation de 72,67 %, les militants se sont déplacés pour ce scrutin qui était ouvert. Une bonne nouvelle pour un parti moribond depuis le terrible échec de Valérie Pécresse dans la course à l’Elysée, le troisième de suite à la présidentielle pour la formation.

Eric Ciotti : « Ce résultat me remplit de joie, de confiance et d’espérance pour aborder la victoire »

Sur le papier, la tâche s’annonce comme ardue pour Bruno Retailleau, et le chemin ouvert pour Eric Ciotti. Mais ce dimanche soir, les deux candidats affichent le même optimisme. « Ce premier tour me place largement en tête », « ce résultat me remplit de joie, de confiance et d’espérance pour aborder la victoire au second tour », s’est réjoui Eric Ciotti, premier à prendre la parole au pupitre installé au siège des Républicains, à Paris. Regardez :

Remerciant « Bruno Retailleau pour sa belle campagne », le candidat a surtout « remercié Aurélien Pradié », pour sa « campagne tournée vers le renouvellement, vers la jeunesse, des aspirations qu’il faudra bien entendu entendre, à la tête de notre famille politique ». Eric Ciotti insiste, quitte à en faire trop : « Et je m’engage plus que jamais à faire le pari de cette jeunesse ».

« Avec moins de 6000 voix nous séparant, alors tout devient possible » lance Bruno Retailleau

Le député LR du Lot, dont les électeurs ont les clefs du scrutin, se retrouve au centre des attentions ce dimanche soir. « Je vais saluer Eric bien sûr, et tout particulièrement Aurélien, qui a fait une très belle campagne, qui y a mis beaucoup d’engagement, de panache, de l’énergie aussi, de l’enthousiasme. Je voudrais ce soir remercier son score (sic) qui est un excellent score, vraiment », a tenu à souligner Bruno Retailleau dans sa déclaration, qui note « la volonté de tous nos militants d’assumer une vraie rupture, un vrai renouvellement. C’est sur ce thème là que j’ai fait ma campagne, qu’Aurélien a fait aussi sa campagne ».

En quittant les lieux, l’ancien proche de Philippe de Villiers, qui tient une ligne de droite dure, comme Eric Ciotti, se dit « habité par la joie. On m’a tellement dit pendant des mois que tout serait joué en un tour. La bonne nouvelle, c’est d’avoir déjoué les pronostics. Avec moins de 6000 voix nous séparant, alors tout devient possible. Et je vais vous faire une confidence : dimanche prochain, je gagnerai », lance le sénateur. Regardez (image de Jérémy Heintzmann) :

Aurélien Pradié ironise sur « les mots de remerciement, presque d’amour » exprimés par Eric Ciotti et Bruno Retailleau

Du côté d’Aurélien Pradié, qui fait son entrée le dernier au siège des LR, on s’amuse des mots doux venus des deux finalistes. « Je remercie mes deux amis et concurrents, Eric Ciotti et Bruno Retailleau, […] pour toute l’attention qu’ils me portent désormais, depuis quelques instants, pour les mots de remerciement, de soutien, presque d’amour, qu’ils expriment depuis quelques heures à mon égard… Qu’ils sachent que j’y suis extrêmement sensible », a réagi le troisième homme. Regardez :

Mais ce soir, c’est aussi une forme de sentiment de revanche, qui s’exprime chez Aurélien Pradié. « Désormais, on me respectera peut-être davantage », lance le secrétaire général du parti. « Le message qu’on portait n’était pas lié à l’âge de ceux qui le portaient. On ne parlait pas seulement de la jeunesse, on parlait d’environnement, de travail, d’éducation », rappelle le député LR Raphaël Schellenberger, soutien d’Aurélien Pradié, alors qu’Eric Ciotti a surtout insisté, justement, sur la « jeunesse »… Il ajoute :

Quand on fait 25 %, on n’est pas les petits jeunes à qui on va apprendre comment on fait de la politique…

« Je ne suis pas homme à marchander » assure Aurélien Pradié

Alors qu’il était « celui qui avait le moins de réseau, de soutiens », Aurélien Pradié veut voit dans son score « une étape » dans sa vie politique, qui lui assure un « avenir ». Il entend « tracer (son) sillon » et créer « un espoir politique ». Et d’ajouter : « La vie politique, c’est une affaire de temps long. J’ai une chance. J’ai du temps devant moi ».

S’il ne donne pas de consigne de vote ce soir, Aurélien Pradié entend « prendre la soirée pour discuter avec (ses) amis, pour peaufiner la semaine qui vient. J’ai l’habitude de m’exprimer. Je vais le faire dans les jours qui viennent », prévient le député LR du Lot, laissant entendre une prise de position à venir pour un des deux finalistes. Mais selon un soutien, il n’y a rien de sûr… « Les valeurs de la politique ne sont pas des valeurs de marchandage. Je ne suis pas homme à marchander », prévient Aurlien Pradié, qui entend avant tout « faire en sorte que nos convictions pèsent. C’est le combat que je vais mener dans les heures, les jours et années à venir ». S’il ne marchande pas, Aurélien Pradié n’est donc pas contre discuter non plus…

« On vient de voir les Bleus gagner 3-1 et notre favori est en tête »

Après l’annonce des résultats, les soutiens d’Eric Ciotti n’ont pas caché leurs sourires, à l’image du sénateur LR Alain Joyandet. « Forcément, on vient de voir les Bleus gagner 3-1 et notre favori est en tête », lance le sénateur de la Haute-Saône. « Quand on est en tête comme ça, on est forcément en très bonne place », reconnaît-il. « Il n’y a pas eu de surprise au fond, il était le favori. Il a gagné ce premier tour. Mais il faut rester mobilisé, une élection, c’est deux tours », met en garde Alain Joyandet, malgré tout « confiant pour la semaine prochaine ».

Le trésorier du parti, Daniel Fasquelle, qui n’avait pris position pour aucun candidat, salue « un joli score » d’Aurélien Pradié. « Bruno Retailleau avait de solides atouts avec le réseau des élus locaux et des sénateurs. Et Eric Ciotti en tête, ce n’est pas une surprise, vu sa qualification lors de la primaire pour la présidentielle », rappelle Daniel Fasquelle. Le maire du Touquet-Paris-Plage pense néanmoins que « son score crée une dynamique pour Eric Ciotti pour le second tour. Pour que Bruno Retailleau gagne, il faudrait qu’il récupère toutes les voix d’Aurélien Pradié, ce qui semble difficile. Eric Ciotti a fait un pas vers la présidence du mouvement aujourd’hui ».

« Regardez le plafond de verre d’Eric Ciotti »

Du côté des soutiens de Bruno Retailleau, on ne lit pas les résultats de la même manière. « Il suffit d’avoir deux tiers des voix d’Aurélien Pradié », corrige un élu, selon qui Eric Ciotti a peu de réserves. « Regardez son plafond de verre. Quelqu’un qui veut voter Ciotti, il le fait dès le premier tour. En fait, il a fait le plein de ses voix. Eric, on l’aime ou on ne l’aime pas », glisse ce soutien de Bruno Retailleau. Les stratèges de l’équipe de campagne assurent qu’il faut voir dans les résultats de quoi « créer la dynamique ». « Si Eric Ciotti était à moins de 45 %, et nous à moins de dix points de lui, c’était un bon résultat », analyse un proche de Bruno Retailleau, qui reconnaît que « ça va être serré ».

« On nous disait il y a quelques semaines que la campagne était jouée d’avance. Ce n’est pas le cas. Bruno a créé une dynamique qui va s’amplifier. C’est le candidat de l’unité et du rassemblement du parti », avance le sénateur des Bouches-du-Rhône, Stéphane Le Rudulier, supporteur de l’ancien proche de François Fillon.

« Il y a une majorité d’adhérents pour qui il ne suffit pas de se trouver un candidat pour relever le parti »

Alors qu’Eric Ciotti a affiché sa volonté de désigner vite le candidat des LR pour 2027, en l’occurrence Laurent Wauquiez à ses yeux, le sénateur de Vendée n’est pas rentré dans ce jeu. De quoi créer un clivage dans la stratégie. « On n’est pas un candidat anti-Wauquiez », assure un proche soutien de Bruno Retailleau, qui constate néanmoins qu’« il y a une majorité d’adhérents pour qui il ne suffit pas de se trouver un candidat pour relever le parti. Il faut un travail de fond ».

Si à l’époque du duel pour la présidence du parti entre François Fillon et Jean-François Copé, la droite s’était entredéchirée avec des accusations de triches, l’élection ne semble pour l’heure pas prendre ce chemin glissant. « Le scrutin est plutôt sincère », constate ce dimanche soir un responsable de la campagne du président du groupe LR du Sénat.

« On ne va pas faire du catastrophisme »

L’entre-deux tour, avec une seule semaine, sera très court. Bruno Retailleau compte organiser un « grand meeting, au siège » du parti, a priori mercredi, qui sera relayé « partout par des moyens vidéo », confie l’un de ses lieutenants. Mais alors que certains évoquent le risque de départs du mouvement, si Eric Ciotti l’emporte, on assure, du côté de chez Bruno Retailleau, que « ce n’est pas la stratégie » d’appuyer sur ce point, « on ne va pas faire du catastrophisme ».

Les soutiens du député des Alpes-Maritimes, présents au siège des LR ce dimanche soir, croient déjà de leur côté à la victoire dimanche prochain. « Ciotti Président ! On va gagner ! » crient les jeunes rassemblés sur place. « Retailleau Président ! » leur répondent quelques minutes après les supporteurs du sénateur. Pour la présidente par intérim des LR, Annie Genevard, « dès ce soir, la compétition est réouverte ».

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