Présidence des LR : Laurent Wauquiez cible le « en même temps » de Bruno Retailleau

A 10 jours de l’élection du président des Républicains, Laurent Wauquiez laboure les terres de la droite pour aller chercher une victoire face au favori, Bruno Retailleau. Ce mercredi, dans un restaurant du XVe arrondissement de Paris, le chef de file des députés de droite a présenté sa candidature « de rupture » avec le pouvoir en place. Membre du gouvernement, l’élection de Bruno Retailleau à la tête des LR ferait prendre le risque, selon lui, d’une dilution de la droite dans le macronisme.
Simon Barbarit

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Laurent Wauquiez la sent bien cette fin de campagne. « Je trouve que les adhérents adhèrent à ce que je propose », confie-t-il avant d’aller s’exprimer devant une cinquantaine d’entre eux, ce mercredi, à la pause méridienne, dans un restaurant du XVe arrondissement de Paris. Et ce n’est pas sur une différence idéologique avec son concurrent Bruno Retailleau que compte se démarquer le chef de file de la droite à l’Assemblée nationale, mais sur une différence de stratégie pour atteindre l’Elysée en 2027.

« L’avenir de la droite, ce n’est pas d’être la béquille du macronisme »

« Le projet de Bruno, c’est de rester dans un gouvernement macroniste et de cumuler avec président des Républicains. Si l’on fait ça en même temps, à l’arrivée, on se dilue dans le macronisme et on n’incarne plus la rupture. Ma conviction, c’est que l’avenir de la droite, ce n’est pas d’être la béquille du macronisme mais d’incarner un projet de rupture », déclare-t-il au micro de public Sénat au moment où un automobiliste scande à sa fenêtre « Wauquiez président ! ».

« Vous Vouliez une démonstration, la voilà », se réjouit Laurent Wauquiez, aux anges, avant de rejoindre les adhérents. Car on l’aura compris, c’est ce fameux projet de rupture qu’est venu présenter l’ancien président de la région Auvergne Rhône-Alpes aux membres de la fédération parisienne qui, comme, au niveau national a connu une forte progression de nouvelles cartes passant de 2500 à 7000 ces derniers mois.

« J’ai repris ma carte il y a quelques semaines »

Le 17 et 18 mai, ce sont 122 000 adhérents LR qui éliront leur président. Ils étaient 44 000, au mois de février, signe que le duel entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau stimule les partisans. « J’avais quitté le parti parce que la ligne ne me plaisait plus. Il y avait des choses trop floues et beaucoup d’hésitations. J’ai repris ma carte il y a quelques semaines », confie Eliane, retraitée qui aime « les thèmes repris par Laurent », « je trouve que c’est porteur », estime-t-elle tout reconnaissant qu’ils sont « proches » de ceux de Bruno Retailleau. « Mais, j’attendais avec impatience une manifestation pratique et directe de Laurent Wauquiez. C’est pour ça que je suis venue », explique-t-elle, visiblement conquise par le format de cette réunion publique de mi-journée ou la cinquantaine de participants a pu trinquer sa bière et partager un bout de pizza avec le candidat.

On était presque en famille dans ce bar du quartier Saint Lambert, ou le patron et les serveurs applaudissent quand Laurent Wauquiez rappelle son idée de commission d’enquête pour révéler au grand jour les supposés liens entre les islamistes et la France Insoumise. A l’entendre, il y aurait même « un privilège rouge » en France. « Quand vous êtes de gauche, tout vous est pardonné et vous avez le droit de tout dire », assure-t-il.

Le député sait y faire pour mettre l’auditoire dans sa poche. Refusant de continuer son discours tant que les plus anciens n’ont pas trouvé une chaise, ou présentant son père au premier rang et sa femme Charlotte, « sa princesse », qu’il connaît depuis ses 16 ans.

L’Etat de droit devenu « une idéologie de gauche »

Pendant une 1h30, Laurent Wauquiez a déroulé les thèmes privilégiés de la droite. La restauration de l’autorité passera par une loi spéciale pour construire au plus vite des places de prison. Il entend aussi dire « stop » aux « dérives de l’Etat de droit » devenu « une idéologie de gauche » et qui « ne protège plus les victimes mais les délinquants ». Pour y remédier, Laurent Wauquiez propose d’inscrire dans la Constitution, la possibilité pour les députés et sénateurs, à la majorité qualifiée, « de passer au-dessus des décisions du Conseil constitutionnel ».

En ce qui concerne la réduction des déficits, aucune hausse d’impôt ne sera tolérée par Laurent Wauquiez. Avec le député Jean-Didier Berger, il a identifié « 1000 organismes ou agences dites indépendantes qui ont pris le pouvoir sur l’organisation du pays et qui coûtent 80 milliards d’euros […] La plupart de ces organismes ne servent strictement à rien », a -t-il estimé citant l’Arcom, le Conseil économique sociale et environnemental ou encore le Haut-commissariat au plan, « où François Bayrou a trouvé pendant des années un hébergement sympathique ».

« On n’est pas dans un gouvernement pour être spectateur de l’immobilisme »

Ministre de l’Intérieur du gouvernement Bayrou, Bruno Retailleau entraverait, lui, la droite, dans une forme de solidarité gouvernementale, ce qui l’empêcherait de porter une parole critique à l’encontre des macronistes. Pire, si Bruno Retailleau était élu à la présidence de LR, la droite serait emportée dans le bilan des deux quinquennats. C’est l’angle choisi par Laurent Wauquiez pour attaquer son concurrent de manière détournée. « Quand vous êtes ministres, vous ne pouvez pas critiquer le Premier ministre, c’est la règle. Toutes les semaines, vous êtes à la table d’Emmanuel Macron en Conseil des ministres. Vous ne le critiquez pas. « Au moment de la présidentielle, on nous dira : vous avez été au gouvernement avec des macronistes […] et la prolongation naturelle, c’est qu’on va soutenir le candidat de la Macronie et on se retrouvera à soutenir Edouard Philippe », met-il en garde.

Laurent Wauquiez ne s’est lui pas privé de marquer son indépendance. « François Bayrou, c’est quand même un problème. Plus on reste dans son gouvernement, plus on est contaminé. On n’est pas dans un gouvernement pour être spectateur de l’immobilisme, pour soutenir un Premier ministre qui ne fait rien », a-t-il tancé.

Devant son auditoire parisien, il a rappelé son soutien à la proposition de loi PLM (Paris Lyon Marseille), la réforme du mode de scrutin aux municipales dans ces trois villes. « Il faut qu’on chasse Hidalgo, les socialistes et ces fous d’Europe Ecologie Les Verts, parce qu’ils ont fait tant de mal à notre ville. « Aujourd’hui, Paris est ingagnable pour nous, même si nous sommes majoritaires », considère-t-il. Rappelons que cette situation théoriquement possible dans la capitale, avec le mode de scrutin actuel, n’a jamais eu lieu jusqu‘à présent. A l’image du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau n’est lui pas vraiment favorable à ce nouveau mode de scrutin.

Présidentielle : « Si c’est Bruno Retailleau qui est le mieux placé, je le soutiendrai totalement »

Pour le retour de la droite à Paris, Laurent Wauquiez mise sur Rachida Dati. S’il est élu à la tête de LR, le parti « sera à 300 % derrière elle ». « Si on gagne Paris, on gagne les municipales et la droite est en position pour gagner la présidentielle », déroule-t-il.

Une adhérente, retraitée de l’éducation nationale a apprécié les propositions de Laurent Wauquiez, mais hésite toujours lui à apporter son suffrage « à cause de cette histoire des dîners payer par la région », confie-t-elle. En 2022, alors qu’il était à la tête de la région, « un dîner des sommets », rassemblant près de 100 personnes, avait été facturé près de 100 000 euros à la collectivité. Laurent Wauquiez avait reconnu « une erreur » et assuré avoir remboursé « les dépenses excessives ».

Maurice, retraité également, a lui été convaincu et votera Wauquiez car « il n’est pas là pour dynamiter notre famille politique en créant la division, mais il veut créer un duo, avec Bruno Retailleau au gouvernement et lui au parti.

Le résultat du scrutin dimanche 18 mai ne signera pas la fin des ambitions présidentielles de Laurent Wauquiez, pour autant. En 2027, « On choisira le meilleur candidat de droite. Si c’est Bruno Retailleau qui est le mieux placé, je le soutiendrai totalement. Si c’est Laurent Wauquiez qui est le mieux placé, je le soutiendrai totalement aussi », a ironisé l’intéressé.

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