82 candidats se sont déclarés au poste suprême. Entre la primaire des Républicains et celle du Parti socialiste, jamais autant de personnes n’ont prétendu pouvoir devenir président de la République. Comment exister ? Comment se différencier ? Et comment apparaître comme la femme ou l’homme providentiel ? Petite revue des stratégies des candidats dans Déshabillons –les.
Présidentielle 2017 : 82 candidats pour un poste
82 candidats se sont déclarés au poste suprême. Entre la primaire des Républicains et celle du Parti socialiste, jamais autant de personnes n’ont prétendu pouvoir devenir président de la République. Comment exister ? Comment se différencier ? Et comment apparaître comme la femme ou l’homme providentiel ? Petite revue des stratégies des candidats dans Déshabillons –les.
Par Estelle Ndjandjo
Temps de lecture :
3 min
Publié le
Mis à jour le
Ils avaient jusqu’au 9 septembre 2016, pour présenter leur candidature à la primaire de la droite et du centre. Au final sept candidats ont été retenus. Si cette compétition débouchera sur le choix d’un candidat elle est surtout une occasion pour les politiques d’avancer leur intérêts personnels.
En 2011, la primaire socialiste avait permis de révéler le poids politique de Manuel Valls et d’Arnaud Montebourg. Faire ses 5 %, devient dès lors l’assurance d’un avenir politique et au mieux une place au sein d’un futur gouvernement.
Une primaire pour un champion
Certains des candidats à gauche n’hésitent pas à multiplier les sorties médiatiques, au risque parfois pour Philippe Lentschener, communiquant qui avait travaillé avec Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste de 2011, à faire des faux pas. Il s’étonne aujourd’hui de la présence de l’ancien ministre de l’Economie Arnaud Montebourg à la Rochelle avec les Frondeurs : « Il est sur une photo avec Gérard Filoche, Benoît Hamon et Marie-Noëlle Lienemann … Ce n’est pas de son niveau. Cet homme devrait avoir rendez-vous avec la France.» Du candidat normal, au candidat anonyme
Le communiquant Gilles Masson reste lui septique face à la démarche du député MODEM des Pyrénées-Atlantiques Jean Lasalle, candidat à la présidentielle et peu connu du grand public : « Si le concept du président normal n’a pas marché pour François Hollande, imaginez celui du président anonyme ».
« On va vers des slogans et de la téléréalité »
Certains ont pris les devants, comme Rama Yade candidate à la présidentielle sans étiquette. En avril dernier, sur le plateau de France 24, l’ancienne secrétaire d’État se vexe lorsque l’on minimise sa candidature. Sophie Cadalen, psychanalyste explique : « La surréaction de Rama Yade au terme de « petit candidat » montre bien son besoin d’exister. »
Quand certains font des pieds et des mains pour exister, d’autres s’éloignent des spotlights, à l’image de Nicolas Hulot. Malgré l’engouement des verts et le frémissement de l’opinion, l’écologiste avait finalement décidé en juillet dernier de ne pas se présenter à la présidentielle. Sophie Cadalen salue ce choix réaliste : « Le désir peut être aussi de ne pas vouloir y aller. Il a de l’honnêteté. Il dit lui-même qu’il n’est pas capable de changer les choses. »
Dans cette guerre des égos où chacun cherche à se distinguer, l’originalité de la présidentielle 2017 repose sans doute sur le fait de ne pas s’y présenter.
Retrouvez Déshabillons-les le samedi 24 septembre à 15h sur Public Sénat
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.