Le casse-tête reste entier pour le moment chez les Républicains. En officialisant hier soir sa volonté de concourir à l’élection présidentielle, Bruno Retailleau a clarifié les doutes sur sa situation personnelle, mais n’a pas pour autant éclairci la stratégie du parti pour la première échéance électorale majeure de l’an prochain. Faudra-t-il passer par une primaire ? Et si oui, sous quelles modalités ? Car les prétendants à la magistrature suprême, confirmés ou présumés, affluent à droite ou au centre droit : David Lisnard, Xavier Bertrand, Édouard Philippe ou encore Gérald Darmanin.
Rien n’est tranché, mais les premiers éléments de réponses devraient se dessiner dans les prochaines semaines. En novembre, un groupe de travail a été installé sur demande de Bruno Retailleau pour réfléchir à la façon de désigner le candidat du parti. Sous l’égide du président du Sénat Gérard Larcher, cinq autres figures participent à ce remue-méninges : le secrétaire général du parti Othman Nasrou – un très proche de Bruno Retailleau, le sénateur Roger Karoutchi, le député Patrick Hetzel, la députée européenne Nadine Morano et le président de la Haute autorité du parti, Henri de Beauregard.
« Ça avance », résume prudemment Roger Karoutchi, le président national de la commission d’investiture. Après avoir auditionné une série de personnalités, une réunion de synthèse du groupe de travail est prévue le 19 février. Une contribution écrite est annoncée pour le début du mois de mars. Ce rapport sera vraisemblablement soumis au bureau politique de LR. Adoptés à la fin de l’été, les statuts du parti précisent que les modalités de désignation du candidat à la présidence de la République sont arrêtées par un vote des adhérents réunis en congrès, « sur proposition du président du mouvement et après consultation du bureau politique ».
« On va sans doute aller sur une proposition qui prévoit plusieurs scénarios »
La copie, que l’on n’attendait pas avant les scrutins municipaux des 15 et 22 mars, devrait être en tout cas suffisamment souple. « Il ne faut pas qu’on ferme le système », recommande Roger Karoutchi. « On va sans doute aller sur une proposition qui prévoit plusieurs scénarios. On a des débats internes sur : est-ce qu’on fait dans un premier temps un départage au sein de LR, pour aller ensuite vers quelque chose de plus ouvert. On se rend compte que ce sera difficile de faire l’un et l’autre », pressent un autre membre du groupe de travail.
Après plusieurs semaines de réflexions et d’auditions, le groupe de travail pourrait pencher vers une solution qui ne serait pas cantonnée aux seules limites du parti. « On s’oriente vers une sorte de départage plutôt ouvert, que strictement LR », soutient notre source. Le mot « primaire » n’a d’ailleurs plus trop la cote en interne, faut-il y voir le traumatisme de deux derniers scrutins présidentiels ? Roger Karoutchi se montre lui plus prudent. « Visiblement, à la suite des auditions, on se rend compte qu’il n’y a pas de solution idéale. Il n’y en a pas un paquet qui dit : pas question d’organiser des primaires. Et d’autres qui les réclament absolument. »
Un membre du bureau politique, guère emballé par l’option d’une primaire ouverte, se montre dubitatif sur ce qui pourrait ressortir de ce comité d’ici deux ou trois semaines. « Le problème, c’est qu’ils ne savaient pas très bien ce qu’ils cherchaient. Retailleau a mis ça en place sans donner d’ordre. Ils ne savent pas très bien s’ils choisiront de recommander une primaire », glisse un ancien parlementaire. Lequel rappelle toutefois la limite de l’exercice : « Je peux comprendre l’intérêt d’une désignation un peu extérieure, mais d’après nos statuts, ce sont nos adhérents qui gardent le pouvoir. » À la dernière présidentielle, 58 % des adhérents s’étaient opposés à une primaire ouverte à tous les sympathisants de droite.
« Y a-t-il une meilleure solution que la primaire ? J’en doute »
Du côté des sénateurs, l’option d’une primaire a du sens à première vue, sans que l’on sache vraiment dans quel format. « Il y a plusieurs candidats, ça n’a échappé à personne […] Je ne suis pas un adepte absolu de la primaire, mais y a-t-il une meilleure solution ? J’en doute », a considéré ce matin sur France Info le patron de la droite sénatoriale, Mathieu Darnaud.
« S’il y a une multiplicité de candidatures, c’est l’échec assuré pour la qualification au second tour. Il faut qu’ils se parlent, éventuellement qu’ils aillent vers une primaire, je ne sais pas, ou qu’ils trouvent une modalité », s’est également confié le sénateur Olivier Paccaud, dans notre matinale ce vendredi.
Laurent Wauquiez, ancien adversaire de Bruno Retailleau dans la course à la présidence du parti, plaide comme le maire de Cannes David Lisnard, pour une primaire allant de Gérald Darmanin à Sarah Knafo, au-delà de LR. L’ouverture du processus de sélection à l’eurodéputée Reconquête, proche d’Éric Zemmour, rebute un certain nombre de cadres. Pour Gérard Larcher, c’est non. « Je pense qu’il faut être clair sur l’offre politique. Je suis pour une primaire entre candidats de la droite et du centre », insistait-il il y a trois semaines dans les colonnes du JDD. « Il risque d’y avoir un problème avec les critères d’éligibilité », se projette un membre du groupe de réflexion sur le mode de désignation. « Il faut essayer de réfléchir à des conditions pour ne pas se rater. L’idée, c’est qu’on aura sans doute avec nous l’aile droite de Renaissance. »
« Si on fait une primaire, pour qu’au final il n’y ait pas de candidat unique, on aura fait tout ça pour rien »
Mettant « un peu à part » Sarah Knafo, Olivier Paccaud se dit aussi favorable à un départage allant de « Gérald Darmanin à Bruno Retailleau, en passant par Édouard Philippe ». Si quelques contacts informels préliminaires ont eu lieu auprès d’Horizons ou de l’entourage de Gérald Darmanin, l’hypothèse que ces candidats issus du bloc macroniste acceptent de se soumettre à une primaire de la droite reste encore extrêmement théorique. Et c’est là tout le problème. « On n’a pas la capacité de forcer Attal, Bertrand ou Philippe à participer. Et si on fait une primaire, pour qu’au final il n’y ait pas de candidat unique, on aura fait tout ça pour rien », met aussi en garde Roger Karoutchi.
Le président de la commission nationale d’investiture espère que les prochaines semaines permettront d’y voir plus clair. « Il faut d’abord créer une dynamique, faire en sorte qu’il y ait une légitimité pour celui qui voudra représenter les Républicains, et ensuite discuter, négocier avec les autres, extérieurs, pour savoir s’il y aura un candidat unique ou pas. »
Seule certitude à ce stade : les LR veulent cette fois ne pas se retrouver en grippe avec le calendrier, et ne pas reproduire les difficultés de la campagne de 2022. « La seule chose que nous a demandée Valérie Pécresse, c’est d’accélérer le mouvement. Elle a beaucoup pâti du fait d’avoir été sélectionnée quatre mois avant l’élection », relaye Roger Karoutchi. Pour le sénateur des Hauts-de-Seine, la première étape, celle d’une désignation au niveau du parti, devra être « bouclée avant l’été ». « Le départage, il faut qu’il soit réglé au plus tard en septembre. Il faut 6 mois de vraie campagne. Et peut-être même avant l’été si on y parvient », encourage également l’un de ses collègues au sein du groupe de travail.