A quelques jours du premier tour des élections municipales, ces propos de Gérard Larcher sont riches en enseignement. Le président du Sénat qui est à la tête d’un groupe de travail chargé de réfléchir à la façon de désigner le candidat du parti, a déjà une bonne idée de la procédure à suivre.
Malgré la candidature déclarée du patron de LR, Bruno Retailleau, Gérard Larcher fait le constat que personne « ne s’impose naturellement » parmi les nombreux prétendants à droite à l’élection suprême. « A la fin de l’automne, il nous faut un ou une candidate qui rassemble l’ensemble des familles politiques ce que Michel Barnier appelait le socle commun et qui vit particulièrement bien au Sénat », a-t-il souligné. La procédure de désignation se ferait alors en deux temps. Serait d’abord désigné le candidat des Républicains. Les statuts du parti précisent que les modalités de désignation du candidat à la présidence de la République sont arrêtées par un vote des adhérents réunis en congrès, « sur proposition du président du mouvement et après consultation du bureau politique ».
Puis viendrait la seconde étape, celle d’une seconde primaire « ouverte » ou pourraient être départagés Bruno Retailleau, Edouard Philippe, Gabriel Attal ou encore d’autres candidats potentiels. De manière inédite, le président du Sénat s’est même dit prêt à tirer un trait sur une candidature LR à la présidentielle. Si par exemple Gabriel Attal venait à remporter la primaire, il le soutiendrait. « Nous devons avoir un candidat capable d’accéder au second tour (de la présidentielle) parce que sans doute, un candidat du Rassemblement national sera présent et que pour moi le ou la voir élue, c’est inacceptable », a-t-il justifié.
Dans la matinale de Public Sénat, ce matin, l’ancien Premier ministre, Michel Barnier a soutenu la proposition du président du Sénat. « Je l’ai montré quand j’étais au gouvernement. Il y avait 4 formations politiques qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble. C’est ce qu’on a appelé le socle commun entre la droite républicaine et le centre. A l’automne il faudra trouver un système (pour les départager) peut-être que ce sera une primaire ».
« Nous ferons tout pour que les déclarations du président Larcher ne restent qu’une hypothèse »
Pas vraiment le scénario idéal pour le patron de LR qui espère un rebond de sa popularité dans les sondages après les municipales comme lors de son passage à Beauvau, où il avait pu caresser, un temps, le statut de candidat naturel de son camp. « Les choses peuvent se décanter d’elles-mêmes cet été. La politique, c’est de la dynamique pas de la statique. Nous ferons tout pour que les déclarations du président Larcher ne restent qu’une hypothèse et ne se réalisent pas. Le candidat que les adhérents Républicains désigneront, apparaîtra comme le vote utile au second tour de la présidentielle. Plus le candidat face au RN sera à droite et plus il aura des chances de gagner car il privera Jordan Bardella de réserves de voix », analyse le sénateur LR, Max Brisson.
« Je suis contre toute forme de primaire depuis la primaire infiltrée par le PS qui a conduit à la désignation de Fillon. Le fantasme d’un deuxième tour Mélenchon-Bardella est un leurre qui ne se produira pas », tanche le sénateur du Nord, Marc-Philippe Daubresse.
Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) considère lui aussi que le départage par les sondages d’opinion n’est pas à négliger pour les trois acteurs clés de cet espace politique, Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau. A l’automne, ce seront des intentions de vote et pas des mesures de popularité. Les candidats auront mis leurs propositions sur la table. Et on imagine mal que les deux plus mal placés = aller jusqu’au bout ».
« Peu de circulation entre le bloc d’extrême droite et le bloc centre droit »
Pour Emilien Houard-Vial politiste spécialiste de la droite, postdoctorant au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, » la position de Gérard Larcher, est assez rationnelle ». « Il se met dans une configuration politique tripolaire, où face au candidat RN au second tour, la place se jouera entre un représentant de la gauche et un représentant du centre et de la droite. Le débat au sein de LR se joue entre le camp Retailleau qui est en faveur de la représentation d’un candidat du parti en tant que tel à la présidentielle. De l’autre, vous avez les pragmatiques pour qui la droite gouverne avec la macronie depuis 2024. Le parti est tiraillé entre un discours assez radical qu’il emprunte au RN, et ses options stratégiques qui sont orientées vers le centre. On le voit aux municipales avec les coalitions LR, Horizons et Renaissance. Il y a aussi une proximité idéologique des Républicains avec Horizons ou avec Gabriel Attal qui a fait des propositions sur l’ordre et la sécurité. Il y a en fait assez peu de circulation entre le bloc d’extrême droite et le bloc centre droit, car ceux qui étaient tentés par un départ vers le RN ou UDR sont déjà partis ».
Le président de Renaissance Gabriel Attal, qui prépare sa candidature à l’Elysée, envisage aussi une rationalisation des candidatures dans son espace politique au sein duquel figurent : Renaissance, MoDem et Horizons. Une « instance de dialogue » pourrait « le moment venu organiser les conditions du rassemblement » avec LR à la condition que le parti clarifie de sa ligne politique à l’égard du Rassemblement national.
« Une mauvaise polémique » a réagi l’ancien Premier ministre, Michel Barnier pour qui la ligne de son parti est « extrêmement claire ». « Il n’y a pas et il n’y aura pas d’alliance ni de compromission avec les partis d’extrême droite ».
« Jusqu’ici, il n’y a jamais eu de primaires ouvertes rassemblant une coalition de partis. Les primaires LR et PS étaient organisés avec des partis satellites comme le PRG (Parti radical de gauche) ou le PCD (Parti Chrétien démocrate). Les organisateurs devront donc trancher la question du périmètre et des valeurs communes aux différents candidats », note Emilien Houard-Vial.
Le patron des députés LR Laurent Wauquiez s’est lui prononcé en faveur d’une primaire mais allant du ministre macroniste de la Justice Gérald Darmanin à Sarah Knafo, la candidate de Reconquête à la mairie de Paris.
Les municipales auront valeur de test pour LR, sur leur capacité à résister à la pression du Rassemblement national, avec des digues face à l’extrême droite qui cèdent, ici ou là, à l’image de Bourg-en-Bresse. « Des gens qui s’allient avec des partis d’extrême droite n’ont rien à faire dans notre famille politique », a tranché Michel Barnier approuvant la menace d’exclusion brandit par Gérard Larcher pour ceux qui braveraient la consigne.
Pourtant, selon l’enquête électorale française pour les municipales menées par Ipsos BVA pour « Le Monde », le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès, seulement 21 % des sympathisants de droite répugnent à l’idée d’une alliance entre la droite et l’extrême droite, le reste y étant favorable. « Il s’agit surtout d’un soutien des électeurs à des possibilités de fusions techniques ou de désistement au second tour pour faire barrage à LFI », tempère Emilien Houard-Vial.
Pour Bruno Cautrès, « tout va dépendre des effets que vont produire ces alliances ». Si on en reste à quelques exceptions, les formations politiques renverront le phénomène au niveau local comme quelque chose de marginale. Par contre, si cette alliance produit de vrais effets comme à Paris, si Rachida Dati bénéficiait au second tour d’un transfert massif de l’électorat de Sarah Knafo, la pression sur la désignation de l’allié naturel de la droite ne ferait que s’accentuer sur les responsables du parti ».