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Présidentielle 2027 : Marine Le Pen a-t-elle fait le deuil de sa candidature ?

15 jours après sa condamnation à une peine d’inéligibilité de 5 ans avec exécution provisoire pour détournement de fonds publics, Marine le Pen commence à envisager un plan B à sa candidature à la présidentielle. Une perspective encore taboue dans les rangs du parti.
Simon Barbarit

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La semaine dernière, devant 7 000 de ses partisans réunis place Vauban, on aurait pu croire Marine Le Pen jusqu’au-boutiste. Sa condamnation pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens, à une peine de quatre ans de prison, dont deux sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et surtout cinq ans d’inéligibilité immédiate, était qualifiée de « décision politique », par la patronne du groupe RN de l’Assemblée.

A ses côtés, le président du parti, Jordan Bardella louait « une femme d’Etat » et fustigeait une « décision scandaleuse », « une provocation », reposant sur « une justification grossière et militante ».

10 jours plus tard, Marine Le Pen a-t-elle pris conscience des limites de cette stratégie de victimisation ? En ce début de vacances parlementaires, ses 13 millions d’électeurs semblent avoir intégré l’hypothèse de son effacement de la ligne de départ de la prochaine élection présidentielle. Les « mobilisations pacifiques » contre « la dictature des juges » n’ont pas fait boule de neige.

« On ne la sent pas résignée »

Est-ce de ce constat qu’est partie Marine Le Pen en indiquant dans les colonnes du Figaro qu’il serait « irresponsable » de sa part de ne pas envisager de plan B à sa candidature avant l’été 2026, soit la période du jugement de son second procès en appel. « Marine Le Pen laisse entendre que la question de sa capacité à être candidate pourrait être posée au moment de l’appel. On peut aussi avoir le droit de penser que le second procès lui soit favorable. Si ce n’était pas le cas, elle ne prendrait pas sa décision en février 2027 car une campagne présidentielle ne se fait pas en 15 jours. Il fallait poser le calendrier politique. Mais on ne la sent pas résignée. L’idée c’est de dire que pour l’instant, il n’y a pas de plan B », confirme son entourage.

Marine Le Pen a donc fini par ouvrir la porte à la succession de Jordan Bardella deux semaines après avoir indiqué au JT de TF1 ne pas vouloir « user de ce formidable atout plus tôt que nécessaire ». La porte est à peine entrouverte, toutefois, car en attendant son second procès, la députée reste « candidate à l’élection présidentielle ». « Ils peuvent m’euthanasier mais que personne n’attende de moi que je me suicide », prévient-elle dans le Figaro, manière de resserrer les rangs derrière elle pour les prochains mois.

« Si nous avions une personnalité avec plus de maturité et plus d’expérience, ce serait mieux »

« Rien n’est acté et je ne souhaite pas m’exprimer sur ce sujet », nous rembarre un jeune parlementaire RN. Un cadre nous prévient lui aussi qu’il sera « mutique » sur ce sujet sans pour autant s’empêcher de nous glisser cette confidence. « Pas besoin d’avoir le flair de l’inspecteur Colombo pour comprendre que le second procès ne sera pas tellement différent du premier. Mais tout le monde au parti se refuse de présenter cette hypothèse pour le moment ». Quant à la potentielle candidature de Jordan Bardella, elle n’est pas farouchement défendue par notre interlocuteur. « Si nous avions une personnalité avec plus de maturité et plus d’expérience, ce serait mieux, mais je ne vois pas qui à part peut-être Louis Aliot qui est docteur en droit », précise-t-il.

Le maire de Perpignan, condamné à dix-huit mois de prison, dont six ferme, et trois ans d’inéligibilité mais sans exécution provisoire, dans l’affaire des assistants parlementaire RN, a lui aussi fait appel. En 2022, il avait disputé la présidence du parti à Jordan Bardella, largement soutenu à l’époque par Marine Le Pen. « Il n’y avait pas eu photo lors de ce congrès. Et je ne pense pas que l’autorité de Marine Le Pen découle de sa capacité à se présenter à la présidentielle. Même si elle n’est plus présidente du parti, ça ne l’empêche de prendre les décisions importantes. Elle a en quelque sorte hérité de son parti par son père. Et c’est une formation politique qui a toujours été largement centralisée. Les personnes qui comptent sont nommées directement pas le chef et les relations intrafamiliales comptent beaucoup. C’est d’ailleurs par ce biais que Jordan Bardella s’est rapproché du cœur du parti », analyse Safia Dahani, politiste, post-doctorante au Centre de sociologie des organisations de Sciences Po et spécialiste du RN.

Censure du gouvernement : « La situation personnelle de Marine Le Pen n’aura pas d’impact »

La perspective d’incarner la candidature RN à la présidentielle 2027, évoquée à demi-mot par Marine Le Pen pourrait faire taire les critiques internes envers Jordan Bardella dont il est « extrêmement agacé », selon nos confrères de l’Opinion. Sa capacité à mener le parti jusqu’au sommet a été mise en doute après l’aboutissement décevant pour le parti des dernières législatives. Jordan Bardella pourrait avoir une seconde chance car l’entourage de Marine Le Pen l’assure, « la situation personnelle » de la députée « n’aura pas d’impact sur le vote d’une éventuelle censure du gouvernement Bayrou ». « Si la politique du gouvernement nous semble néfaste pour le pays, nous n’hésiterons pas ».

Et si les mêmes causes conduisent aux mêmes conséquences, Marine Le Pen, inéligible, ne pourra pas se représenter aux législatives après une dissolution. Jordan Bardella pourrait alors être candidat et lui succéder à la présidence du groupe. « Non, Jordan Bardella serait Premier ministre parce que nous ferons mieux que la dernière fois », veut croire l’entourage de Marine Le Pen.

 

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