Présidentielle : à droite, « pour le moment, c’est un jeu de poker, Xavier Bertrand augmente la mise »
Contrairement à ce que demandent certains, comme Roger Karoutchi, Christian Jacob ne veut « pas de coup d’accélérateur » dans le processus de désignation du candidat de la droite pour 2022, malgré la réussite des régionales qui ouvre le chapitre de la présidentielle à droite. Face à Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, « Xavier Bertrand va essayer de marquer l’essai et d’accélérer », prévient Julien Aubert.

Présidentielle : à droite, « pour le moment, c’est un jeu de poker, Xavier Bertrand augmente la mise »

Contrairement à ce que demandent certains, comme Roger Karoutchi, Christian Jacob ne veut « pas de coup d’accélérateur » dans le processus de désignation du candidat de la droite pour 2022, malgré la réussite des régionales qui ouvre le chapitre de la présidentielle à droite. Face à Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, « Xavier Bertrand va essayer de marquer l’essai et d’accélérer », prévient Julien Aubert.
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Faut qu’on parle. Dans une famille politique, comme dans la vie, le meilleur moyen de désamorcer les difficultés reste encore de communiquer. Alors les Républicains vont se parler. C’est le mot d’ordre, chez LR et à droite, avec la volonté de rester unis, au lendemain du second tour des régionales.

Un scrutin synonyme de succès pour la droite, qui a vu ses sortants Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez reconduits dans un fauteuil. Problème, celui de président de région est un peu étroit à leurs yeux. Ils visent plus large, plus haut : la présidentielle. A commencer par Xavier Bertrand, qui s’imagine conforté par sa victoire. « A l’issue de ce second tour, Xavier Bertrand a pris inévitablement une longueur d’avance », croit la sénatrice LR Dominique Estrosi Sassone, invitée de la matinale de Public Sénat ce lundi. « Xavier Bertrand trace sa route. Mais bien évidemment, il y a encore des échéances à franchir. Et il faut que tout le monde se responsabilise, que les leaders arrivent à se parler, à communiquer entre eux », dit la sénatrice qui soutient le président des Hauts-de-France. Regardez :

Celui qui a quitté LR et a déjà déclaré sa candidature semble renforcé dans les enquêtes d’opinion. Selon notre sondage Ipsos/Sopra Steria, il est donné à 18 % d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle, contre 13 % pour Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez. Mais attention. Les sondages peuvent se tromper – on vient de le voir aux régionales avec le RN – et l’élection est encore trop loin.

Roger Karoutchi « demande tout de suite une accélération » du calendrier pour la désignation du candidat

Mais clairement, une nouvelle page commence aujourd’hui. Elle mène jusqu’à 2022. Avec un sous chapitre, celui de la désignation d’un ou d’une candidate. Il reste à l’écrire. Mais vite, commencent à s’impatienter certains. Roger Karoutchi est de ceux-là. Pour le vice-président LR du Sénat, « on ne peut certainement pas dire qu’on se donne des mois pour choisir, ce n’est pas possible. Je demande tout de suite une accélération », affirme-t-il à publicsenat.fr.

L’ancien ministre appelle Christian Jacob à ne « pas attendre pendant 6 mois pour avoir un candidat ». Roger Karoutchi présentera même demain, lors de la réunion du groupe LR du Sénat, « une initiative » pour « que les choses bougent ». Il faut « choisir notre candidat dans des délais raisonnables », dit aussi dans Le Monde le député LR Eric Woerth. Le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, avait déjà tenté il y a quelques semaines d’appeler à cette accélération.

« Pas de coup d’accélérateur », « pas de précipitation », prévient Christian Jacob

Mais pour l’heure, ils ne sont pas entendus. Christian Jacob en reste au calendrier fixé. Il en veut pour preuve les bons résultats de son parti, après l’échec des européennes. « En 18 mois, on a gagné les élections municipales, les sénatoriales, les législatives partielles, les départements et les régions. Cela nous permet d’ouvrir les étapes suivantes sous les meilleurs auspices », se réjouit-il ce lundi midi, à la sortie d’un conseil stratégique du parti. Il continue : « On a arrêté un calendrier. On aura un bureau politique le 6 juillet, une décision sur un système de départage le 30 septembre. Ce sera présenté lors d’un congrès, ce seront les militants qui décideront de ça. Tout cela pour arriver à avoir un candidat dans la première quinzaine de novembre ». Il prévient : « Pas de coup d’accélérateur », « pas de précipitation ». Bref, rien ne bouge. Une grande enquête d’opinion auprès de 15.000 personnes viendra ensuite, en septembre et octobre, guider le choix. Regardez :

Si le système de départage, sur lequel planche Jean Leonetti, « sera présenté au milieu de septembre », Christian Jacob ne cache pas que son « souhait, c’est qu’on l’évite. Car c’est toujours mieux de se rassembler spontanément », dit Christian Jacob. Qui aurait pu ajouter « sous la bannière de François Baroin ». Car certains, hors caméra, ne se privent pas de faire l’explication de texte. Le patron des LR rêve de voir le président de l’Association des maires de France se décider de se lancer dans la course à la présidentielle. Autant lui laisser un peu de temps pour ça. Encore faut-il envoyer quelques signes, qu’on attend toujours. « Où qu’on soit, on peut envoyer des cartes postales. Nicolas Sarkozy le faisait. Je suis prêt à payer le timbre. Mais pas à écrire la carte », raille un parlementaire LR…

Le temps laissé par Christian Jacob arrange Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez

Pour l’heure, on se parle donc. Le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, qui ne cache pas ses ambitions, mais ne perce pas, l’a déjà fait ce matin avec Michel Barnier et compte faire de même avec Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand. « Je vais intensifier le dialogue et les rencontres », dit aussi Michel Barnier en arrivant ce midi au conseil stratégique. Il entend « privilégier un jeu collectif ». Regardez :

En réalité, le temps laissé par Christian Jacob arrange plutôt Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. Derrière dans les sondages, sans être irrémédiablement distancés, ils ont besoin de temps pour créer la dynamique et tenter de faire infuser leur éventuelle candidature. « Je vais réfléchir à la suite pendant l’été », a expliqué sur BFM-TV Valérie Pécresse. Elle compte « consulter » durant la pause estivale avant de prendre sa décision sur sa candidature. Mais elle ajoute : « Pour moi, tout commence aujourd’hui »…

Même tempo pour Laurent Wauquiez. Il n’entend pas participer à une « course de vitesse » pour la présidentielle, a prévenu l’ancien président des Républicains lors d’une visite à Lyon. Et d’ajouter : « Je pense qu’il n’y a pas d’avenir pour la politique ni au niveau local, ni au niveau national, si on bascule dans une espèce de course de petits chevaux de bois où à peine on a sauté une haie, on passe à une autre ». Autrement dit, pas comme un certain Xavier Bertrand, qui tenait clairement un discours de candidat dimanche (mais Laurent Wauquiez aussi, dans une moindre mesure, lire ici).

« C’est la mécanique des fluides. Là, vous avez des courants, et progressivement, vous aurez des barrages, des positions, des alliances. On en est qu’au début »

Le député LR du Vaucluse, Julien Aubert, résume la situation : ces régionales, « c’est un tremplin, comme avait dit Xavier Bertrand. Mais en fait, c’est un tremplin pour tout le monde ». « Xavier Bertrand va essayer de marquer l’essai et d’accélérer et les autres vont essayer d’apparaître et de pointer leur nez et leur nom », ajoute le député, qui continue son analyse : « Pour le moment, c’est un jeu de poker. Bertrand augmente la mise. Mais sa principale épine dans le pied, c’est qu’il ne veut pas de départage. Mais il a besoin du soutien de LR ».

Julien Aubert constate que « Laurent Wauquiez est resté au LR. On a clairement un sujet. Faut-il prendre le mieux placé mais qui est parti ? Est-ce que ce sera le retour de l’enfant prodige ou faudra-t-il prendre celui qui est fidèle et loyal, mais moins bien placé dans les sondages ? » Tiens, il faudrait peut-être trouver un système de départage… D’ici là, « c’est la mécanique des fluides. Là, vous avez des courants, et progressivement, vous aurez des barrages, des positions, des alliances. On en est qu’au début », prévient le député du Vaucluse. Conclusion de Julien Aubert : « C’est pour ça que le passage en force peut laisser des traces et il convient de se parler ». On y revient.

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