Pas de révolution, mais quelques évolutions sémantiques sur l'euro ou la peine de mort: Marine Le Pen, à Lyon pour deux jours d'"Assises présidentielles" le même week-end qu'Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, dévoile ses "144 engagements".
Marine Le Pen, en tête des sondages de premier tour et donnée présente mais battue au second tour, dévoilera lors d'un meeting dimanche après-midi, sept grands thèmes de campagne: une France "libre", "sûre", "prospère", "juste", "fière", "puissante" et "durable".
Dans les continuités: deux référendums rapides sur "la priorité nationale" et les quatre "souverainetés", budgétaire, territoriale, monétaire et législative, à "récupérer"; la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations; les 35 heures, négociables par branche; la fin de l'Aide médicale d'Etat, la "tolérance zéro"...
Marine Le Pen à son arrivée aux "Assises présidentielles" le 4 février 2017 à Lyon
AFP
Les nouveautés programmatiques sont assez techniques, notamment des messages à l'attention des petites entreprises. Aucun chiffrage n'a été donné à la presse.
Le vocabulaire a été lissé: pas de "sortie de l'euro" mais "rétablissement d'une monnaie nationale" ; "prime de pouvoir d'achat" plutôt qu'une "augmentation nette de 200€ des salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC"; "remplacer les dispositions de la loi Taubira"...
La "perpétuité réelle" est désormais privilégiée à la peine de mort, même si Marine Le Pen, favorable à cette dernière, incite les Français à s'en "saisir" via un référendum d'initiative populaire nécessitant 500.000 électeurs.
"Dans un premier temps, ça sera moins détaillé", expliquait à l'AFP Jean Messiha, coordinateur du projet.
Ce haut fonctionnaire a prévenu aussi: "Sortir de l'UE, de l'euro", thèmes qui inquiètent les électeurs et suscitent les attaques des adversaires du FN, "ce ne sera pas une promenade de santé mais nous assumons l'incertitude de la liberté".
-- Mission très difficile --
Marine Le Pen veut transformer cette présidentielle en référendum entre "patriotes" et "mondialistes". Ces derniers ont des visages multiples, selon David Rachline, directeur de campagne: Macron "l'assumé", Fillon "le honteux".
Marine Le Pen
AFP
Pour un conseiller, Mme Le Pen "apparaît comme la candidate stable" avec une "mission très difficile: s'assurer des reports de voix au second tour".
Aux régionales fin 2015, "la gauche s'est levée en masse" pour la droite et contre le FN. "A la présidentielle, ils vont bondir" pour l'écarter, s'inquiète-t-il.
Mme Le Pen et ses troupes tablent sur un affrontement de second tour avec l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron, "assez bonne formule pour nous", selon un dirigeant, avec "un débat extrêmement clair entre deux visions de la société" et une possible "fracturation de la droite", objectif central du FN.
"Sur le papier, Macron a plus de chances" de l'emporter, concède cependant un proche de Marine Le Pen.
Celle-ci doit aussi boucler le financement de sa campagne, d'abord.
Eloigner "ses" affaires, ensuite, notamment celle de ses propres assistants parlementaires, sa secrétaire et son garde du corps. Jugeant leur emploi indu, le Parlement européen va commencer en février à retenir sur son salaire d'eurodéputée près de 340.000€.
Deux des dirigeants du FN et des proches de Marine Le Pen sont en attente de leur procès en correctionnelle concernant le financement des campagnes présidentielle et législatives 2012.
Dans un discours dense et bien construit, Marine Le Pen a tenté de prendre de la hauteur et de projeter le RN dans une campagne « optimiste. » Au cœur de sa prise de parole : le beau, l’harmonie, l’espoir… Une prétention esthétique à la concorde qui tranche avec le climat électrique en tribune qui a notamment amené au départ des journalistes de Mediapart présents sur place, estimant que leur sécurité n’était plus assurée.
Lors de son premier grand meeting de campagne dimanche 25 octobre, la candidate RN s’est projetée sur un gouvernement « pluraliste ». Son allié de l’UDR Éric Ciotti a introduit l’événement en appelant les élus Les Républicains à le rejoindre.
Le président sortant du Rassemblement national a obtenu ce samedi 24 octobre, 98,98 % des voix des adhérents lors de ce scrutin où il était le seul candidat. Ce XIXe congrès du RN se déroulait dans une atmosphère tendue à Orléans où l’actualité des manifestations a largement alimenté les prises de parole.
Alors que le RN tient son congrès au Zénith d’Orléans ce samedi, 12 000 à 26 000 personnes ont manifesté contre l’extrême droite. Au lendemain de l’attentat terroriste raciste à Trappes, la gauche politique et syndicale assume le front antifasciste. Le RN, de son côté, dénonce une atteinte à la démocratie et au pluralisme.