Depuis quelques mois, plusieurs personnalités politiques commencent à se positionner sur la ligne de départ pour 2027. Les ambitions présidentielles se dessinent, de manière plus ou moins assumée, parfois par le biais d’une primaire. A l’issue des municipales du mois de mars, la course devrait s’intensifier. Avec un objectif : succéder à Emmanuel Macron, qui n’a pas la possibilité de bringuer un troisième mandat consécutif.
Gauche unie ou pas ?
Les candidatures s’empilent à gauche, entre les partisans d’une primaire pour un « Front populaire », et ceux qui ne veulent tout simplement pas en entendre parler. Réunis à Tours fin janvier, les représentants des Écologistes, du Parti socialiste, de l’Après et de Debout !, ont annoncé la tenue d’une primaire le 11 octobre prochain. Ils présentent cette méthode comme l’unique voie pour désigner un candidat commun pour 2027, et tenter d’accéder au second tour de la présidentielle. Pour l’heure, seuls Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Verts, et les députés ex-insoumis Clémentine Autain (l’Après) et François Ruffin (Debout !) ont officialisé leur participation à ce vote d’investiture. Olivier Faure, quant à lui, n’a pas confirmé qu’il y prendrait part : « Je n’en suis pas là », a-t-il précisé à Ouest-France.
Néanmoins, cette union peine à convaincre l’ensemble de la gauche. Au PCF, Fabien Roussel devrait se lancer en solo, bien qu’il conditionne encore sa décision à un vote des militants communistes. S’il n’a pas encore revendiqué publiquement sa candidature, le chef de file des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, devrait mener une quatrième campagne présidentielle. Après avoir loupé de peu le second tour en 2022, il a plusieurs fois assuré vouloir laisser sa place, il continue pourtant d’occuper l’espace médiatique. Autre opposant à la primaire : Raphaël Glusckmann, qui n’a pas pour l’instant annoncé sa candidature. L’eurodéputé et fondateur de Place Publique se refuse à participer à ce processus, et revendique plutôt la construction d’une « plateforme commune » dans le camp social-démocrate. Une manière de tendre la main au PS, alors que des dissidents à la primaire se profilent au sein du parti à la rose.
Pas plus tard que jeudi matin, le député Jérôme Guedj est sorti du bois. Le député socialiste, profondément anti-LFI, a profité du 7 heures 50 de France inter, pour faire part de ses ambitions personnelles. Lui non plus, ne passera pas par la primaire, a-t-il indiqué.
François Hollande pourrait lorgner une nouvelle fois l’Elysée. De retour sur les bancs de l’Assemblée nationale depuis la dissolution de 2024, l’ancien président pencherait quant à lui pour une fédération de la gauche réformiste, réunissant le PS, Place Publique, mais aussi La Convention menée par Bernard Cazeneuve, ou encore le sénateur écologiste Yannick Jadot, prétendant à la présidentielle de 2022.
D’autres candidatures pêle-mêle se sont égrenées au fil des mois, à l’instar de celles de l’écologiste Delphine Batho et de la porte-parole de Lutte Ouvrière Nathalie Arthaud. La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, ne l’exclut pas non plus, tout comme Sandrine Rousseau, ou encore la socialiste Ségolène Royal.
Guerre de succession dans le camp présidentiel
Au sein du camp gouvernemental, les ambitions ne manquent pas non plus. Parmi les ex-Premiers ministres macronistes, Edouard Philippe et Gabriel Attal ne masquent presque plus leur désir de rompre avec le père. Le premier, ouvertement dans la course depuis septembre 2024, n’a pas hésité à appeler à la démission du président de la République en octobre. « Je ne lui dois rien », avait alors affirmé le patron d’Horizons sur le plateau de France 2. En mars, il jouera sa place à la mairie du Havre. Un scrutin aux allures de premier tour de piste avant l’échéance nationale. Le second, qui a repris les rênes de Renaissance, laisse se dessiner les contours de sa candidature. En septembre dernier, le député promettait à Arras des « ruptures majeures » dans la politique conduite jusqu’ici par la macronie.
Dans l’exécutif, d’autres pourraient aussi y réfléchir, à commencer par Gérald Darmanin. Certes, l’actuel ministre de la Justice, a fait le choix de rester au gouvernement Lecornu, que le Premier ministre voulait déconnecter d’ambitions présidentielles. Mais l’ex-UMP, qui multiplie les appels pour une primaire du centre et de la droite, se voit facteur déterminant au sein du bloc central. Début février, il a ainsi affirmé au Parisien qu’il contribuerait « d’une manière ou d’une autre », et qu’il « [pèserait] sur cette élection, comme candidat, ou bien en soutien de celui qui sera le mieux placé pour nous représenter ».
Dans les troupes de Renaissance, on prête aussi des intentions à la ministre déléguée chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, à la députée et ex-ministre Elisabeth Borne, ou encore à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet. Un autre ancien Premier ministre du chef d’État pourrait aussi prétendre à l’Élysée : Jean Castex, actuel président de la SNCF. Sans oublier Sébastien Lecornu, parvenu à sauver sa tête à Matignon avec l’adoption du budget. Si son entourage réfute tout appétit élyséen chez l’Eurois, certains y pensent pour lui.
Pile de candidatures à droite
Le casting est tout aussi large à droite de l’échiquier politique. Chez les Républicains, plusieurs ténors espèrent tirer leur épingle du jeu, alors que le parti subit la séquence budgétaire. Les détails d’une primaire, ou pas, doivent encore être scellés, mais la candidature de leur président Bruno Retailleau ne fait plus vraiment de doute. Reste que le sénateur de Vendée pourrait faire les frais de sa démission tonitruante du ministère de l’Intérieur en octobre, à l’origine de la chute express du premier gouvernement Lecornu. Et il a un adversaire de taille : Laurent Wauquiez. Clair sur ses ambitions présidentielles depuis mars 2025, le chef des députés LR est loin d’avoir dit son dernier mot. Depuis plusieurs mois, ce dernier milite pour une primaire « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo ». A l’inverse, troisième candidat de la droite républicaine, Xavier Bertrand, n’a de cesse de sommer la présidence des LR de clarifier sa position avec l’extrême-droite. A la tête de Nous France, parti associé à LR, le président du conseil régional des Hauts-de-France a officialisé sa candidature dès février 2024.
Revenu sur le devant de la scène politique avec ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, Dominique de Villepin, a lancé son parti La France humaniste. L’ancien sarkozyste a indiqué être d’ores et déjà en campagne pour réunir les 500 parrainages nécessaires à sa candidature.
En juin dernier, c’est un autre ex-Premier ministre qui ne voulait pas se priver d’une potentielle candidature : Michel Barnier s’est dit « prêt à servir [son] pays ». L’ex LR et président de l’AMF, David Lisnard, président du parti Nouvelle Energie, compte bien jouer des coudes lui aussi.
Qui pour mener le RN ?
Dans le camp du Rassemblement national, l’identité du candidat est suspendue à la décision de la cour d’appel, attendue d’ici l’été, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires européens du FN. Mardi, l’avocat général a requis quatre ans de prison et cinq années d’inéligibilité contre Marine Le Pen. Celle qui est parvenue à atteindre le second tour en 2022 pourrait donc bien voir ses ambitions réduites à zéro. En cas d’impossibilité à se présenter, la mission reviendra à son poulain Jordan Bardella, à qui elle a déjà passé les rênes du parti en 2022. L’eurodéputé, qui s’y prépare très sérieusement, caracole en tête de tous les sondages d’intentions de vote depuis plusieurs mois.
Chez Reconquête, le patron Eric Zemmour a indiqué se « préparer » en vue de la présidentielle. Il pourrait être favorable à une primaire de la droite élargie, à condition qu’elle ne soit pas organisée par les LR, a-t-il précisé. Sa compagne et numéro 2, Sarah Knafo, est lancée dans la course à la mairie de Paris, où elle est créditée à 10 % dans les sondages. Si elle nie toute ambition nationale, cette première campagne pourrait bien lui donner des idées.
Après avoir été candidat en 2017, sans réussir à l’être en 2022, faut de parrainages suffisants, le président de l’Union populaire républicaine, François Asselineau, entend bien retenter sa chance. Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan a aussi annoncé se lancer pour la quatrième fois dans la course à l’Elysée.