Présidentielle : Emmanuel Macron a-t-il besoin de se déclarer pour être candidat ?
1544 parrainages validés par le Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron remplit largement les conditions pour concourir à l’élection présidentielle. La situation sanitaire, puis la guerre en Ukraine ont retardé sa déclaration officielle de candidature. Mais a-t-il besoin de le faire pour participer à l’élection ? Explications.

Présidentielle : Emmanuel Macron a-t-il besoin de se déclarer pour être candidat ?

1544 parrainages validés par le Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron remplit largement les conditions pour concourir à l’élection présidentielle. La situation sanitaire, puis la guerre en Ukraine ont retardé sa déclaration officielle de candidature. Mais a-t-il besoin de le faire pour participer à l’élection ? Explications.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

[ Mise à jour le 28 février 2022]

Si l’on considère que l’élection présidentielle commencera vraiment le jour où Emmanuel Marcon déclarera sa candidature, chez certains l’attente commence à être longue. D’autant que l’annonce a été encore retardée par la guerre en Ukraine.

Le 18 février dernier, le patron des Républicains, Christian Jacob qui a pris la plume pour se plaindre au Conseil constitutionnel de la comptabilisation des parrainages d’Emmanuel Macron, alors qu’il n’est pas officiellement candidat.

« Je m’étonne donc que vous publiiez le nombre de parrainages obtenus par Emmanuel Macron alors que ce dernier n’a fait part, ni par écrit, ni par oral, d’une telle intention […] Cette présentation constitue une façon d’assurer la promotion d’un candidat seulement potentiel et crée ainsi une situation d’inégalité avec les candidats déclarés », considère le député LR qui souhaite connaître « le fondement juridique » permettant de présenter « comme candidat à l’élection présidentielle une personnalité qui n’a pas jugé utile d’informer ses concitoyens de son souhait de solliciter un nouveau mandat ».

Plus largement, le questionnement de Christian Jacob nous amène à penser qu’une personne récoltant les 500 parrainages nécessaires, mais sans manifester de volonté de se présenter à l’élection présidentielle, pourrait être candidate à son insu.

Dans un courrier que s’est procuré le journal l’Opinion, la réponse de Laurent Fabius, le président du Conseil constitutionnel, rappelle que conformément à la loi organique du 6 novembre 1962, relative à l’élection présidentielle, « le cadre juridique applicable ne laisse pas de place à un acte de dépôt de déclaration de candidature ».

Conseil devra s’assurer du « consentement » des personnes ayant recueilli les 500 parrainages

Comme l’explique, Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste, professeur de Droit public à l’Université de Lille, « rien n’oblige Emmanuel Macron ou quiconque a déclaré sa candidature préalablement au recueil des parrainages. François Hollande, Michel Barnier ou Guillaume Meurice ont un parrainage et ne sont pas candidats. », souligne-t-il.

Néanmoins, une fois la date limite atteinte pour recueillir le parrainage, le 4 mars, le Conseil devra s’assurer du « consentement » des personnes ayant recueilli les 500 parrainages. « Emmanuel Macron devra alors transmettre au Conseil, une déclaration d’intérêts, d’activité et de patrimoine, mais aussi son consentement à concourir à l’élection pour pouvoir figurer dans la liste des candidats qui sera publiée au Journal officiel le mardi suivant, soit le 8 mars », explique Jean-Philippe Derosier.

A l’inverse, une personne qui a fait publiquement acte de candidature et même si elle a les 500 parrainages, peut également décider de renoncer au 4 mars.

Emmanuel Macron n’a donc pas besoin de déclarer officiellement sa candidature, même si c’est peu probable. S’il remplit les conditions nécessaires, dont l’obligation d’avoir un compte de campagne, un simple courrier au Conseil constitutionnel suffit.

Quelles conséquences pour les comptes de campagne et le temps de parole ?

Il est régulièrement reproché au Président de faire une campagne qui ne dit pas son nom avec les moyens de l’Etat. Pour autant, la date de déclaration de candidature officielle d’Emmanuel Macron n’aura pas d’incidence sur ses comptes de campagne. Conformément à une décision du Conseil constitutionnel rendue en 2013, « la date à laquelle le candidat a déclaré sa candidature n’est pas de nature à priver de leur éventuel caractère électoral les dépenses intervenues antérieurement à cette déclaration ».

« Les dépenses relatives aux manifestations auxquelles le Président participe doivent figurer au compte de campagne dès lors qu’elles revêtent un caractère manifestement électoral. Lors du contrôle du compte, la CNCCFP (Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques) est en mesure de réintégrer ainsi des dépenses qui auraient dû y figurer mais qui auraient été omises », souligne Jean-Philippe Derosier.

Enfin, en ce qui concerne le temps de parole du président sortant, le président du CSA, Roch-Olivier Maistre rappelait les règles récemment devant les sénateurs. « Le CSA fait la distinction entre d’un côté, la fonction régalienne du chef de l’Etat, et le chef de l’Etat qui descend dans le débat politique national, (dont le temps de parole) est comptabilisé. A partir du mois de janvier, qu’il soit déclaré ou pas (à la présidentielle), il pourra être considéré comme candidat présumé. Son temps de parole sera comptabilisé au même titre que les candidats d’ores et déjà déclarés », avait-il expliqué.

Après la période d’équité entre les candidats du 8 au 27 mars, c’est la règle de la stricte égalité qui s’appliquera à partir du 28 mars, soit quinze jours avant le premier tour.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le