Jean-Luc Mélenchon rate, à quelques centaines de milliers de voix près encore, la 2ème place du podium
Comme en 2017, le candidat de la France Insoumise s’arrête à la porte du second tour de l’élection présidentielle en recueillant 21,9 % des voix. Un plafond de verre pour le député des Bouches du Rhône dont la dynamique n’avait pourtant cessé de croître ces dernières semaines.

Jean-Luc Mélenchon rate, à quelques centaines de milliers de voix près encore, la 2ème place du podium

Comme en 2017, le candidat de la France Insoumise s’arrête à la porte du second tour de l’élection présidentielle en recueillant 21,9 % des voix. Un plafond de verre pour le député des Bouches du Rhône dont la dynamique n’avait pourtant cessé de croître ces dernières semaines.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Il est le troisième homme de l’élection présidentielle. Avec 21,9 % des voix, le candidat de la France Insoumise était loin et en même temps si proche du second tour : moins de 400 000 voix, 200 000 de moins qu’en 2017. Dimanche soir, au QG de soirée électorale au Cirque d’Hiver à Paris, Jean-Luc Mélenchon visiblement très ému, a demandé à ses électeurs de ne pas « s’adonner à la colère » face aux résultats décevants du premier tour.

Il y a un an, celui qui aime se comparer à une « tortue sagace » n’était pas au mieux dans les enquêtes d’opinion et plafonnait autour de 10 %. « Les sondages, on les regarde, mais avec un œil très critique […] Les méthodologies varient d’un sondage à un autre. Et ils se sont plantés quand même souvent », balayait Sophia Chikirou en juillet dernier.

Interrogée par publicsenat.fr, la conseillère en communication de Jean-Luc Mélenchon mettait d’ailleurs la mauvaise passe de son candidat sur le compte de la « haine médiatique » à son égard. Nous ne sommes plus en 2017. Lorsque le candidat LFI avait apaisé sa relation avec les médias. On se souvient d’un Jean-Luc Mélenchon très à l’aise sur le canapé de Karine Lemarchand dans l’émission « Ambition intime » expliquant que ses fameuses colères étaient étudiées.

Les polémiques

Pour 2022, l’ancien sénateur est parti très tôt en campagne. Il déclare sa candidature en novembre 2020, tuant dans l’œuf l’hypothèse d’une candidature commune à gauche, bien peu envisageable à ce stade de toute façon. S’estimant lésé au sein des divers accords pour les régionales et départementales, voire carrément mis de côté par les écologistes, le député des Bouches-du-Rhône avait flingué « les écologistes qui ont un avenir aussi longtemps qu’on ne les voit pas à l’œuvre », dans une interview au Monde.

Les images de la fameuse perquisition au siège de son parti en 2018, lors de laquelle il avait lâché « la République, c’est moi ! » lui collent à la peau. Condamné à trois mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Bobigny pour rébellion, il crée une nouvelle polémique quelques mois plus tard sur France Inter par des sous-entendus complotistes. « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012 (auteur jihadiste des tueries de Toulouse et de Montauban, notamment dans une école juive), ça a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs Elysées (en 2017, un jihadiste assassine le policier Xavier Jugelé). Avant, on avait eu Papy Voise (Paul Voise, un retraité agressé chez lui à Orléans en avril 2002), dont plus personne n’a jamais entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance », déclare l’ancien socialiste, s’attirant l’indignation de l’ensemble de la classe politique.

Du côté des communistes, son ancien allié en 2017, la rupture avec est bel et bien consommée. Le Premier secrétaire du PCF, Fabien Roussel s’est déclaré officiellement candidat et se montre déterminé. « Quand on se présente à une élection, on y va pour gagner », lance le député du Nord aux journées parlementaires communistes. Il n’aura de cesse par la suite d’étriller son concurrent Insoumis à longueur d’interviews. Au lendemain de la défaite, le numéro deux de LFI Adrien Quatennens a reconnu qu’il avait manqué les voix du communiste Fabien Roussel pour passer au second tour.

L’union de la gauche, Jean-Luc Mélenchon fait mine d’en avoir cure. Il lui préfère « l’union populaire »

Dès l’été 2021, il dévoile les propositions de son programme « l’avenir en commun » : VIe République, planification écologique, souveraineté sanitaire et industrielle… Mais ses mesures sont éclipsées par la sortie du livre d’Éric Zemmour. Le polémiste se mue progressivement en candidat. Il ne trouve d’ailleurs face à lui que le chef des Insoumis pour croiser le fer lors des débats très suivis sur les chaînes du groupe Bolloré.

Jean-Luc Mélenchon revient au cœur du jeu à gauche à quatre mois du scrutin. Car s’il est toujours crédité de 10 % dans les sondages, c’est quand même le double de ces concurrents. Anne Hidalgo qui peine plus que tous à faire décoller sa campagne crée la surprise en proposant au 20H de TF1 d’organiser une primaire afin de désigner une candidature commune.

L’idée fait flop. Et Jean-Luc Mélenchon préfère finir « son plat de spaghettis » plutôt que de décrocher son téléphone. La victoire de Christiane Taubira à la primaire populaire ne l’ébranle pas non plus.

La fin des restrictions sanitaires coïncide avec les premiers meetings de campagne. Et en la matière le député sait y faire pour livrer aux médias une véritable démonstration de force. Après 2012 et 2017, il organise une troisième marche pour la VIe République. 100 000 personnes répondent présents, d’après la France Insoumise. On commence à y croire.

Vers un report des électeurs LFI sur Marine Le Pen ?

La perspective d’une inflation galopante, l’augmentation des prix de l’énergie placent le pouvoir d’achat parmi les préoccupations premières des Français. Il atteint la barre des 15 % d’intentions de vote mais reste à 5 points de Marine Le Pen dans un sondage OpinionWay-Kéa Partners pour « Les Echos », fin mars.

Comme la candidate RN, Jean-Luc Mélenchon est à peine pénalisé par le rappel de ses positions pro-russes lors de l’invasion de l’Ukraine. Mais Marine Le Pen profite de l’effondrement de son concurrent d’extrême droite, Éric Zemmour. D’autant qu’elle joue, en partie, sur les plats de bandes de Jean-Luc Mélenchon. 66 % des propositions économiques de Marine Le Pen ont une forte connotation sociale, relève une étude du Cevipof. Ce qui laisse envisager un report des voix des électeurs de Jean-Luc Mélenchon sur Marine Le Pen comme l’avait relevé une autre étude du centre de recherche de Sciences Po fin mars. Le candidat Insoumis avait fait savoir qu’il consulterait les 310.000 personnes qui l’ont soutenu en ligne avant de donner une consigne de vote.

Dimanche soir, le député de la France Insoumise a répété plusieurs fois à ses militants présents : « Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen. »

 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
9min

Politique

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le