Présidentielle : Laurent Wauquiez, l’arlésienne très courtisée du congrès LR

Présidentielle : Laurent Wauquiez, l’arlésienne très courtisée du congrès LR

Plusieurs candidats à l’investiture LR pour la présidentielle ont multiplié les appels du pied à l’égard de Laurent Wauquiez, qui reste plutôt discret depuis le début de la campagne. L’ancien président du parti, un temps fustigé pour ses positions très à droite, peut se féliciter de voir les uns et les autres rejoindre sa ligne politique.
Romain David

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Nulle part et partout à la fois. Relativement discret dans les médias, Laurent Wauquiez, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, est devenu au fil des semaines l’un des centres de gravité de la campagne en vue du congrès LR qui se tiendra du 1er au 4 décembre, pour désigner le candidat du parti pour la présidentielle. Très apprécié chez les militants, l’ancien président de LR est courtisé de toute part depuis qu’il a renoncé, en août dernier, à se présenter. Dernière déclaration d’amour en date : celle d’Éric Ciotti mercredi, au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, annonçant qu’il proposerait à Laurent Wauquiez de devenir son Premier ministre, s’il venait à accéder à la fonction suprême. « Je crois que la France a besoin de sa vision, il a géré admirablement la région Auvergne Rhône-Alpes », a-t-il fait valoir. Le candidat Michel Barnier aurait déjà fait une proposition similaire à Laurent Wauquiez début septembre, selon une information du Figaro. Sans réponse, toutefois, de l’intéressé.

Également dans les colonnes du Figaro, mercredi, le non-candidat assume une position de neutralité : « J’ai fait le choix de ne pas ajouter du désordre, d’œuvrer pour le rassemblement. Je suis plus utile en restant au-dessus de la mêlée qu’en donnant des consignes de vote », explique Laurent Wauquiez. De fait, depuis la déroute historique du parti qu’il présidait aux élections européennes de 2019, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, un temps voué aux gémonies par de nombreux ténors de sa famille politique, est resté dans l’ombre sans jamais complètement perdre la main. « Laurent Wauquiez est très attentif à l’évolution des débats. On sait qu’il représente une ligne devenue majoritaire. Dans le parti, c’est une référence », observe auprès de Public Sénat le sénateur Stéphane Le Rudulier, l’un des porte-parole d’Éric Ciotti.

« Nous ne sommes plus en 2019 »

À ses yeux, la proposition d’Éric Ciotti n’a rien de calculée, elle est naturelle : « Entre Éric Ciotti et Laurent Wauquiez, il n’y a jamais eu de rupture ». Ce parlementaire évoque même un « lien d’amitié » entre les deux hommes. « C’est certainement quelque chose qui différentie Éric Ciotti des autres candidats, sourit-il. Ils ont dirigé la famille des LR ensemble. Ils sont sur la même ligne. »

« Toutes les ficelles sont bonnes ! », ironise la vice-présidente du Sénat Pascale Gruny, qui est l’une des oratrices de Valérie Pécresse. « Laurent Wauquiez n’appartient à personne, mais c’est vrai qu’il passe pour faiseur de roi. N’oublions pas qu’il a récolté plus de 74 % des voix lorsqu’il a été élu à la présidence de LR. Dans ma circonscription, je me suis fait écharper par les militants parce qu’on l’avait laissé démissionner », raconte-t-elle. Elle balaye également les critiques quant au discours « trop à droite » de l’ex-patron des Républicains. « Bien moins en tout cas que d’autres. » Une référence au polémiste, et quasi-candidat à la présidentielle : Éric Zemmour, qui s’est autoproclamé héritier du RPR et menace de grignoter un électorat dont une partie a déjà succombé aux sirènes du macronisme.

« Oui, Laurent Wauquiez incarne une ligne dure, mais nous ne sommes plus en 2019 », soutient la sénatrice Céline Boulay-Espéronnier, qui est l’une des porte-parole de Xavier Bertrand. De là à dire qu’il a eu raison avant les autres ? « Je note qu’il est souvent cité dans les débats. Nous sommes aujourd’hui dans une situation où le pays a besoin de positions dures pour être remis à flot », soutient-elle. « Nous devons rester attentifs à ceux qui, chez nos électeurs, écoutent Éric Zemmour, et donc à ce que dit Éric Zemmour. »

Un tête à tête avec Xavier Bertrand

« Je me réjouis que l’on se retrouve désormais tous sur une matrice commune qui est celle à laquelle j’ai toujours cru : une droite qui assume ses valeurs, qui fait l’effort d’être de droite », se félicite Laurent Wauquiez, toujours auprès du Figaro. « Ce qui compte, c’est de voir que les idées pour lesquelles je me suis battu sont reprises par Éric Ciotti, Philippe Juvin, Michel Barnier, Valérie Pécresse et même Xavier Bertrand ». Ce qui n’a pas toujours été le cas, loin s’en faut. En décembre 2017, le président des Hauts-de-France claque la porte du parti dans la foulée de l’élection de Laurent Wauquiez à la tête de LR. Sur France 2, il fustige les ambiguïtés au second tour de la présidentielle, la déliquescence du front républicain. « C’est la raison pour laquelle je ne le soutiens pas », lâche Pascale Gruny, qui a pourtant été la suppléante de Xavier Bertrand lorsque celui-ci était encore député. « Cette interview à France 2, alors que Laurent Wauquiez était sur TF1… C’était un pied de nez aux militants, c’était choquant ». Et lorsqu’on lui fait remarquer que Valérie Pécresse, sa candidate, a aussi lâché le parti en 2019 : « Elle n’a pas tant critiqué. Et puis elle a tout de suite dit qu’elle accepterait les règles du jeu, primaire ouverte ou non », souligne la sénatrice.

Depuis, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez auraient opéré un rapprochement. Le Figaro indique qu’ils ont déjeuné en tête-à-tête la semaine dernière. Mais devant un petit groupe de parlementaires, Laurent Wauquiez a assuré que ce déjeuner n’avait pas eu lieu, à la place un entretien d’une trentaine de minutes, tels qu’il a pu en avoir avec les quatre autres candidats. « Ce sont deux personnalités qui font les Républicains. S’ils ne sont pas capables de se parler, alors ça n’est pas la peine d’aller à la présidentielle », relève Céline Boulay-Espéronnier, qui estime que les efforts faits de chaque côté ont « valeur d’exemple au nom du rassemblement ». Elle regrette toutefois que les dirigeants du parti n’aient pas davantage pris position « Je pense que la politique est d’abord une affaire d’engagement et de prise de risque. »

Un objectif caché ?

Une affaire de calculs aussi. Car une petite musique monte en interne, selon laquelle Laurent Wauquiez ne se serait pas présenté pour mieux viser le coup d’après, c’est-à-dire 2027, se laissant ainsi le temps de redorer son image auprès de l’opinion. « Ça circule énormément dans les couloirs », rapporte un élu de droite à Public Sénat. « Franchement, il a tout à fait les capacités. Il est présidentiable, c’est une évidence », admet Pascale Gruny.

Mais certains l’accusent aussi de miser sur une défaite de sa propre famille politique. « On connaît le personnage », glisse un parlementaire. « Laurent Wauquiez est assez expérimenté pour savoir qu’en cinq ans il peut s’en passer des choses, et qu’il a tout intérêt à se concentrer sur l’instant présent », balaye Stéphane Le Rudulier. Même analyse dans les rangs de Xavier Bertrand : « Ce qui se joue cette année, c’est la survie des Républicains. Si on joue le suicide de la famille politique sur des ambitions personnelles, je ne pourrai pas reprocher aux militants de nous tourner le dos », conclut Céline Boulay-Espéronnier.

>> Lire aussi : Congrès LR : Gérard Larcher veut rassembler et « soutiendra celui qui sera choisi » le 4 décembre

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