Présidentielle : les LR se risquent à nouveau au débat sur la primaire
Après le retrait de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau de la course à la candidature à droite, le débat sur l’opportunité de la primaire refait surface chez LR. Avec l’impression que les choses n’ont finalement pas beaucoup bougé depuis des mois. Un grand sondage et un congrès doivent permettre de clarifier la situation.

Présidentielle : les LR se risquent à nouveau au débat sur la primaire

Après le retrait de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau de la course à la candidature à droite, le débat sur l’opportunité de la primaire refait surface chez LR. Avec l’impression que les choses n’ont finalement pas beaucoup bougé depuis des mois. Un grand sondage et un congrès doivent permettre de clarifier la situation.
Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Avant la pause estivale, les LR avaient donné l’impression d’avancer sur le principe de la primaire. Mais depuis quelques jours, après le retrait de Bruno Retailleau et de Laurent Wauquiez, la petite musique anti-primaire a repris du galon. « Même les socialos n’en veulent plus de ce bidule ! » lâche dans les colonnes du Parisien Aurélien Pradié, secrétaire général du parti. Les anciens prennent la parole aussi. Jean-François Copé, sur Sud Radio : « La primaire est une très mauvaise réponse ». Rachida Dati, toujours dans Le Parisien : « J’appelle à fermer l’hypothèse de la primaire à droite ».

« On est vacciné de la primaire », dit Agnès Evren, porte-parole des LR

Au parti, on explique que tout est encore ouvert, à l’heure qu’il est. « C’est vrai que le contexte d’avant l’été était un peu plus porté sur ce sujet, c’est certain. Mais il faut avoir certaines précautions. Il a été très clairement décidé lors de notre dernier bureau politique, en juillet, que la question du départage entre les candidats serait tranchée par le congrès du parti, le 25 septembre, avec un vote des militants », explique à publicsenat.fr Gilles Platret, porte-parole de LR. Le maire de Chalon-sur-Saône ajoute :

C’est vrai que la question des primaires a été beaucoup agitée mais elle n’a jamais été en tant que tel décidée.

« Au moment où je vous parle, je ne sais pas s’il y aura primaire ou pas primaire », insiste Gilles Platret, qui reconnaît que « la primaire demeure toujours dans nos statuts. Donc soit elle est validée par le congrès, soit le congrès décide d’imaginer un autre mode de désignation que la primaire ».

« On est vacciné de la primaire. C’est pour ça qu’il y a un débat au sein de notre famille. On craint que les mêmes causes produisent les mêmes effets », soutient de son côté Agnès Evren, l’autre porte-parole LR, qui ajoute qu’« on comprend que les quatre candidats souhaitent la primaire. On est dans un parti démocratique où on souhaite que les candidats aient la parole. Mais il est difficile de dire oui ou non à la primaire, d’avoir une réponse péremptoire. C’est un peu tôt, on est au début du processus ». La députée européenne reconnaît que la droite « n’a aucun candidat qui s’est imposé naturellement et personne ne tue le match ». Mais « la primaire, ça peut être dangereux, ça peut être le poison de la division car ça obligerait à caricaturer les positions idéologiques. Mais si on ne peut pas faire autrement… » On a connu plus fort enthousiasme.

« Si on ne fait pas de primaire, on fait quoi ? Comment on choisit ? A la Courtepaille ? »

Pour les soutiens de Valérie Pécresse, il n’y a plus débat : il faut en passer par la case primaire. « Je ne vois pas d’autre procédure possible ni d’autre solution qu’une primaire pour départager les candidatures. Je n’entends d’ailleurs personne dans ceux qui y sont opposés nous proposer une autre méthode », affirme au Figaro Gérard Larcher, président LR du Sénat.

« Si on ne fait pas de primaire, on fait quoi ? Comment on choisit ? A la Courtepaille, au tirage au sort, les sondages ? », demande le sénateur LR des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi. Ce soutien de la présidente d’Ile-de-France rappelle que « quinze jours avant les régionales, selon les sondages, trois régions allaient être gouvernées par le RN… » Il récuse l’idée que la primaire manquerait de candidats de poids : « Pécresse et Barnier ont tous deux occupé des postes éminents, ont été ministres. Ciotti a été président de département, député, président de la CNI de LR. Ce n’est pas de la petite bière ! »

Et la primaire, machine à perdre ? Roger Karoutchi balaie la formule d’un revers de main. « Non, ce n’est pas la primaire de 2016 qui a fait perdre. François Fillon devait gagner la présidentielle haut la main. Ensuite, les affaires et leur utilisation ont fait perdre le candidat. Ce n’est pas la primaire ».

Le député LR du Vaucluse, Julien Aubert, soutient aussi la démarche. « J’invite les candidats à la primaire pour la rentrée d’Oser la France (son mouvement, ndlr), le 18 septembre. J’acte donc le fait qu’il y en ait une. Si on devait la supprimer, c’est le meilleur moyen d’avoir deux candidats au premier tour, voire trois », craint le député.

« Il faut qu’en janvier, il n’y ait qu’un seul candidat. Il y aura forcément une discussion pour arriver à un binôme »

Ces atermoiements sur la primaire font le jeu de Xavier Bertrand. « La primaire avait pu être pensée à un moment comme un outil anti-Bertrand. Cela a échoué », analyse un soutien. Le président des Hauts-de-France garde donc plus que jamais son cap. « Il n’y aura pas de changement. Il s’affirme contre la primaire depuis le début. Notre question, ce n’est pas la primaire, c’est la présidentielle », affirme le sénateur LR Jean-François Rapin, l’un des principaux soutiens de Xavier Bertrand chez les parlementaires. Il pointe le flou qui plane sur le système de départage, alors que Jean Leonetti doit bientôt rendre sa copie à la direction de LR. « Il n’y a pas de règles fixées d’entrée… On a fixé les personnes avant de choisir les moyens », note le sénateur.

Malgré la situation, qui semble quelque peu confuse, les responsables de la droite veulent rester confiants sur l’issue. « Je connais la position de Xavier Bertrand mais je garde en tête ce qu’il a redit cet été : il faut un seul candidat ou une seule candidate de droite à la présidentielle », affirme Gérard Larcher. « Il faut qu’en janvier, il n’y ait qu’un seul candidat. Si Bertrand ne s’est pas intégré à la primaire, il y aura forcément une discussion pour arriver à un binôme – dans quel sens, je n’en sais rien, ça dépendra du rapport de force – et n’avoir plus qu’un candidat en janvier », lâche Roger Karoutchi, « prêt à regarder toutes les formules ». Mais il « pense que le fait que Xavier Bertrand ne participe pas à la primaire est une erreur, car elle apporte une légitimité », dont devrait bénéficier Valérie Pécresse, le jour où il faudra se mettre autour de la table et discuter.

Jean-François Rapin pense aussi que l’un des deux se retirera. Mais pas le même. « C’est la bonne intelligence. La vraie question, c’est qui est le mieux placé pour battre Macron au second tour, Marine Le Pen ayant perdu de sa vigueur », dit le sénateur du Pas-de-Calais. Il ajoute : « Ils ont échangé probablement avant. Ils échangeront après. Et bien sûr que le bon sens l’emportera pour qu’ils puissent créer une équipe de France capable de gagner ». Pour l’heure, chacun pense être le meilleur pour mener la droite à la victoire. Comme dit un parlementaire, les choses doivent encore « décanter ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle : les LR se risquent à nouveau au débat sur la primaire
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Présidentielle : les LR se risquent à nouveau au débat sur la primaire
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le