Fini le saupoudrage de mesures, place à la clarification: Emmanuel Macron a dévoilé vendredi le cadrage économique de son projet pour la présidentielle, promettant notamment 60 milliards d'euros d'économies en cinq ans.
Dans une interview aux Echos mise en ligne dès jeudi soir, le fondateur d'En Marche! a présenté le chiffrage de son projet, qui veut allier "trajectoire budgétaire vertueuse" et "invention d'un nouveau modèle de croissance".
Réaffirmant son souhait de "rest(er) dans l'épure des 3% de déficit", l'ancien ministre de l'Economie s'engage à réduire la dépense publique française de trois points de PIB en cinq ans, soit 60 milliards d'économies par rapport à la hausse spontanée de ces dépenses, un objectif en ligne avec celui que s'était fixé François Hollande en 2012.
Pour y arriver, M. Macron vise "25 milliards d'économies sur la sphère sociale", dont 15 milliards sur l'Assurance maladie et 10 milliards sur l'assurance chômage.
File d'attente à l'accueil d'une agence de Pôle Emploi le 27 août 2014 à Armentieres
AFP/Archives
Favorable à un système de "droits et devoirs", M. Macron a réaffirmé sur RMC/BFMTV son souhait que les chômeurs ne soient plus indemnisés au deuxième refus d'une offre d'emploi "décente".
L'ancien locataire de Bercy entend également réduire de 10 milliards d'euros sur cinq ans les dépenses des collectivités locales, en nouant avec elles un "pacte" et en leur donnant des "marges de manoeuvre".
Elles auront ainsi leur "mot à dire" sur l'évolution du salaire des fonctionnaires ("ce sera à elle de décider désormais pour leurs agents"), pourront "recourir plus largement à des recrutements de droit privé", devront "respecter la durée annuelle légale du temps de travail" et "pourront revenir sur la réforme des rythmes scolaires".
M. Macron a précisé vendredi matin qu'il souhaitait "dissocier les "trois fonctions publiques" (d'Etat, hospitalière et territoriale) et développer le plus possible le "paiement au mérite".
- 120.000 postes de fonctionnaires en moins -
Autres gisements d'économie: la baisse des effectifs des fonctionnaires, qui pourrait aller jusqu'à 120.000 postes (70.000 venant des collectivités et 50.000 de l'Etat). Ce chiffre est une "référence", un "ordre de grandeur" a souligné M. Macron, pour qui "ce sera aux ministres de faire des choix".
Le candidat souhaite également le retour à un seul jour de carence pour les fonctionnaires, mesure instaurée par la droite et abrogée par François Hollande en 2012. Il a laissé entrevoir une réforme du régime de retraite allant vers une plus grande "équité" entre le public et le privé.
M. Macron propose par ailleurs 50 milliards d'euros d'investissement public sur le quinquennat (dont 15 milliards consacrés à la formation et 15 autres à la transition écologique et énergétique), et 20 milliards de baisse nette des prélèvements obligatoires.
Le taux de l'impôt sur les sociétés sera ramené de 33,3% à la moyenne européenne, c'est-à-dire 25%. M. Macron, qui exclut "toute hausse de la TVA", propose par ailleurs d'exonérer de taxe d'habitation 80% des Français, une mesure qui coûtera environ dix milliards à l'Etat.
La présentation du programme complet de M. Macron doit intervenir le 2 mars, mais ce chiffrage devrait déjà contribuer à mettre en sourdine les critiques de ceux qui estimaient ces dernières semaines que M. Macron était un candidat "sans programme"... pour laisser place à des critiques sur le fond de ces mesures.
Benoît Hamon en meeting le 23 février 2017 à Arras
AFP
Interrogé sur France2, le candidat socialiste Benoît Hamon a ainsi dit ressentir "une forme de consternation" face au programme économique du "candidat de centre-droit" Emmanuel Macron.
"Emmanuel Macron, c'est en marche vers le passé thatchérien", lui a fait écho le porte-parole du Parti de gauche Eric Coquerel, affirmant que "si les gens ont détesté (Nicolas) Sarkozy et (François) Hollande, Emmanuel (Macron) c'est encore pire".
La publication de ce chiffrage intervient au lendemain de la célébration par le candidat d'En marche! et le président du MoDem François Bayrou de leur nouvelle "alliance". Dans Les Echos, M. Macron a de nouveau salué dans ce rapprochement un "tournant de la campagne", dont il doit espérer qu'il fasse oublier les polémiques de la semaine passée sur la colonisation ou le mariage pour tous.
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