Présidentielle: Valls-Macron, un contrat de méfiance
Cadeau embarrassant, voire empoisonné, le soutien de Manuel Valls et de certains de ses partisans, qui pourrait acter l'implosion du PS, a été...

Présidentielle: Valls-Macron, un contrat de méfiance

Cadeau embarrassant, voire empoisonné, le soutien de Manuel Valls et de certains de ses partisans, qui pourrait acter l'implosion du PS, a été...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Cadeau embarrassant, voire empoisonné, le soutien de Manuel Valls et de certains de ses partisans, qui pourrait acter l'implosion du PS, a été accueilli avec méfiance dans le camp d'Emmanuel Macron qui s'évertue à rappeler que l'ancien Premier ministre ne pèse qu'"une voix" de plus.

Dès mardi, veille de l'annonce de M. Valls, il fallait désamorcer la bombe, s'assurer que la main tendue de l'ancien Premier ministre socialiste reste "un non-événement, dont la portée soit nulle", dixit un proche d'Emmanuel Macron.

En convoquant une conférence de presse destinée à "rappeler les règles" pour exercer le pouvoir sous l'étiquette En Marche!, selon la même source, M. Macron avait multiplié les messages d'avertissement à Manuel Valls, sans toutefois le nommer et sans, jure-t-on de sources concordantes, avoir la certitude que celui-ci appellerait à voter pour lui.

"L'agenda caché des politiciens je m'en méfie", avait dit l'ancien ministre de l’Économie. "Je ne trie pas les soutiens, pas plus qu'on ne trie les bulletins de vote. Mais un soutien vaut une voix", avait-il insisté.

Des déclarations révélant l'embarras suscité par l'appui de M. Valls, "un soutien compliqué à expliquer", même si "on ne va pas commencer à faire un bras d'honneur à ceux qui nous rejoignent", admet un autre proche de M. Macron.

Vers une explosion du Parti socialiste ?
Vers une explosion du Parti socialiste ?
AFP

"Compliqué" à plusieurs titres. D'abord en raison de l'animosité personnelle, de notoriété publique, entre l'ancien locataire de Matignon et celui qui fut son ministre de l’Économie.

"Manuel Valls est la raison principale du départ d'Emmanuel Macron du gouvernement" en août 2016, rappelle un député socialiste soutien de Benoît Hamon.

"J'ai vu Valls à l'oeuvre dans sa stratégie d'empêchement du président de la République, mais concernant Macron, c'est un véritable harcèlement qu'il a mené durant six mois, en enterrant sa deuxième loi par exemple (loi Nouvelles opportunités économiques)", poursuit-il.

"Macron l'énerve, il y a de l'animosité mais pas de détestation", tempère-t-on dans le camp du candidat d'En Marche!, en soulignant plutôt "la haine sans commune mesure que voue Valls à Hamon", le candidat socialiste.

Compliqué, encore, car il a fallu déminer le terrain concernant la place dévolue à M. Valls.

"Dans le mouvement, les gens se sont demandé s'il y avait un accord particulier", explique un membre du premier cercle, alors que le candidat lui-même avait martelé mardi qu'il n'y aurait "aucun accord d'appareil, aucun accord avec des groupes".

- "Pas d'onde de choc" -

"Il faut en finir avec une classe politique trop largement composée d'hommes de plus de 50 ans et dont trop peu ont connu le monde du travail", avait-il ajouté.

"Parce que c'est la règle" édictée au préalable, M. Valls ne bénéficiera donc d'aucun traitement de faveur, et aux législative de juin, "il y aura un candidat En Marche! dans la circonscription d'Evry", où est élu l'ancien Premier ministre, précise un proche de M. Macron.

Entre-temps, durant la campagne présidentielle, "il ne se passera rien", en assure un autre : pas d'estrade commune, de gestes de soutien ou de mots doux. "Rien !"

Compliqué enfin de jongler avec les interprétations de cette annonce. Dépositaire du bilan de François Hollande, Manuel Valls deviendrait-il une sorte de "mistigri", selon l'expression d'un élu soutien de M. Macron ?

"Bonne nouvelle pour Hamon, désormais libéré du bilan gouvernemental dont Valls vient de charger Macron, le candidat de la continuité", s'est empressé de tweeter le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts David Cormand.

François Fillon s'est lui aussi engouffré dans cette brèche jeudi, en rebaptisant M. Macron "Emmanuel Hollande", raillant la filiation avec le président sortant, "symbolisée encore hier par le ralliement de Manuel Valls".

"Mais cela se borne à cet usage politicien assez médiocre, il n'y a pas vraiment d'onde de choc", positive un membre de l'équipe de campagne de M. Macron.

"Ce que l'on constate, c'est que dans le mouvement, cela a suscité très peu d'émotion au final", ajoute-t-il, soulignant que l'enjeu restait de "gérer finement la diversité des soutiens" qui s'accumulent ces derniers temps.

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle: Valls-Macron, un contrat de méfiance
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Présidentielle: Valls-Macron, un contrat de méfiance
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le