Presse écrite : « Le vrai danger est l’étouffement par les Gafam »
La commission d’enquête sur la concentration des médias a auditionné, lundi 13 décembre, les représentants de la presse écrite. Comment résister aux géants du numérique sans se fondre dans un grand groupe industriel parfois mal intentionné ? Voilà comment on pourrait résumer le dilemme auquel fait face la presse écrite.

Presse écrite : « Le vrai danger est l’étouffement par les Gafam »

La commission d’enquête sur la concentration des médias a auditionné, lundi 13 décembre, les représentants de la presse écrite. Comment résister aux géants du numérique sans se fondre dans un grand groupe industriel parfois mal intentionné ? Voilà comment on pourrait résumer le dilemme auquel fait face la presse écrite.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Le vrai danger n’est pas dans la surconcentration des médias traditionnels mais dans l’étouffement par les Gafam », a estimé Alain Augé, président du Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) devant la commission d’enquête sur la concentration des médias. Lundi 13 décembre, la commission sénatoriale a auditionné les représentants syndicaux de la presse écrite.

Les intervenants ont décrit un secteur qui semble pris en tenaille entre les géants américains de la technologie et les grands groupes qui voient dans l’achat de médias un moyen de faire de l’influence.

Pour les premiers, le constat est établi depuis longtemps notamment par le prisme du sujet des droits voisins. Le droit voisin a été conçu pour aider les éditeurs de journaux et magazines, ainsi que les agences de presse, à se faire rémunérer par les grandes entreprises utilisant leurs contenus (le texte d’un article, par exemple) sur Internet. Un droit qui peine encore à être respecté malgré de récentes amendes de l’autorité de la concurrence.

Face aux Gafam, les lourdes pertes de la presse écrite

« Si je prends un total de 25 000 journalistes, on a perdu 2 milliards et demi d’euros de recettes publicitaires. En gros, on a un manque à gagner de 100 000 euros par journaliste sur une évolution depuis 10 ans », chiffre Alain Augé.

Face au Gafam, l’absence de grands groupes de médias indépendants est donc un sujet puisqu’il existe un rapport de force asymétrique avec les plateformes. « On souffre aujourd’hui de l’absence d’un grand groupe de médias indépendants, on a un paysage médiatique éclaté et beaucoup d’entreprises sont fragilisées », soulève Cécile Dubois, coprésidente du Syndicat de la presse indépendante en ligne (SPIIL).

Mais la création de grands groupes ne peut se faire à n’importe quel prix, et sûrement à celui d’une perte d’indépendance. « Le sujet qui nous inquiète le plus, c’est l’acquisition par de grands groupes, dont ce n’est pas l’activité, de journaux. C’est le cas de beaucoup de quotidiens nationaux. Cela pose un certain nombre de problèmes : ils gèrent ces médias comme des médias d’influence mais pas dans une optique de développement », expose Cécile Dubois.

Les aides à la presse aspirées pour moitié par de grands groupes

A ce titre, un des leviers principaux pour soutenir la presse apparaît dévié de son objectif premier : les aides à la presse. « Les groupes industriels ou de services qui s’offrent des médias aspirent une grosse partie des aides à la presse », rappelle la coprésidente du SPIIL. Selon la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, « 50 % des aides à la presse reviennent à des entités incluses dans des groupes plus vastes ».

Face à cette situation, il est indispensable de « limiter cette aide à l’influence », juge Cécile Dubois. Pourquoi parle-t-elle d’influence ? Parce que ces groupes, en s’achetant des médias, visent généralement cet objectif. Pour preuve : ces groupes n’investissent pas dans le développement des médias, mais se contentent de les maintenir à flot en les renflouant de temps à autre.

Lire aussi. « Il y a des moyens majeurs pour lutter contre la concentration des médias », plaide le SNJ

Dans ce contexte, les intervenants ne plaident pas pour des lois de circonstance. Sur la loi de 1986, largement évoquée au cours de ces auditions, par exemple. « Cette loi a été pensée sans envisager l’évolution numérique et de ce point de vue elle est un peu obsolète », admet la coprésidente du SPIIL. Pour autant, elle juge qu’« il ne faut pas légiférer de manière précipitée à raison du contexte immédiat ».

« Ne faites pas une loi de circonstance qui bouleverserait des équilibres déjà fragiles », appelle également Laurent Bérard-Quélin, président de la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée (FNPS). Lui, qui rappelle les enjeux du débat : « La meilleure garantie de l’indépendance et de la non-concentration c’est la rentabilité, or les éditeurs sont fragiles ».

Au cours de cette audition, il a aussi évoqué la nécessité de renforcer ou de revoir les clauses de conscience et de cession censées protéger les journalistes et leur indépendance. Une question qui, là encore, doit être posée et réfléchie sereinement.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
6min

Politique

Election présidentielle : qui sont les candidats à gauche ?

La course à la présidentielle est bien lancée à gauche. Certains, comme la France Insoumise, ont déjà leur candidat ; d’autres, comme le PS et Place publique, attendent les résultats d’une primaire ; d’autres encore, comme les Ecologistes, se divisent en interne sur la stratégie à adopter. Vous n’avez rien suivi pendant l’été ? Nous résumons ici qui sont les candidats à gauche en cette rentrée.

Le

Chateauneuf-sur-Isere: Jean-Luc Melenchon delivers a speech
6min

Politique

Présidentielle 2027 : le duel Le Pen-Mélenchon devient-il crédible ?

À huit mois de la présidentielle, un sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL place Jean-Luc Mélenchon en position de se qualifier pour le second tour dans trois scénarios sur cinq. Marine Le Pen domine toujours très largement les intentions de vote. Les politologues invitent toutefois à relativiser ces résultats, alors que le « casting » de 2027 est loin d’être arrêté.

Le

Paris : Press conference and signature during the Summit of the Coalition of the Willing
4min

Politique

« Les frappes ukrainiennes font mal parce qu’elles touchent le tissu économique russe » 

Ce lundi, les Etats membres de la "Coalition des volontaires" se réunissent à Kiev dans un contexte d'intensification de la guerre contre la Russie, quatre ans et demi après son déclenchement en 2022. Alors que l'Ukraine cherche à acquérir davantage d'armes pour frapper loin en Russie, le Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense nationale, fait un point sur l’état des forces en présence.

Le