Primaire de la gauche : entre ambitions et oublis, les candidats face à l’égalité femmes-hommes
Sylvia Pinel et Benoît Hamon apparaissent comme étant les plus offensifs pour réaliser l’égalité femmes-hommes. Certains passent sous silence la question dans leurs programmes.

Primaire de la gauche : entre ambitions et oublis, les candidats face à l’égalité femmes-hommes

Sylvia Pinel et Benoît Hamon apparaissent comme étant les plus offensifs pour réaliser l’égalité femmes-hommes. Certains passent sous silence la question dans leurs programmes.
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Parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes dans la sphère professionnelle ne figure pas parmi les points clivants de la primaire. Pourtant, tous les programmes n’attachent pas la même importance à cette question qui pourrait fédérer. Longuement développée dans les programmes de Sylvia Pinel et de Benoît Hamon, cette thématique est relativement bien présente dans les projets portés par Vincent Peillon et de Manuel Valls, et dans une moindre mesure de François de Rugy, qui se montre moins interventionniste.

Elle est en revanche quasiment absente chez Jean-Luc Bennahmias et Arnaud Montebourg. L’ancien ministre du Redressement productif tente toutefois de rectifier le tir depuis mercredi. Il a notamment organisé un déplacement au Palais de la femme à Paris sur ce thème, et a publié une tribune intitulée « Je suis féministe », dans laquelle il présente ses mesures pour rattraper des retards « qui nous font honte et qui plombent notre économie ».

L’égalité des salaires : de la concertation aux sanctions

Manuel Valls entend faire de l’égalité entre les femmes et les hommes un « impératif ». Cette promesse figure d’ailleurs en bonne place dans l’ordre de ses principales propositions (5e sur 31). Sans doute le signe que le quinquennat qui s’achève n’a pas tenu toutes ses promesses sur ce thème. Ainsi, le Premier ministre formule l’objectif ambitieux de faire disparaître « totalement » les inégalités salariales en dix ans, avec un objectif intermédiaire : la division par deux des inégalités en cinq ans. Les mesures pour y parvenir ne sont pas détaillées, si ce n’est l’annonce d’une conférence entre l’État et les partenaires sociaux.

« Je défends un projet qui n’oublie rien de ce combat », a fait savoir Arnaud Montebourg le 18 janvier, qui promet lui aussi « une vaste concertation avec les entreprises pour discuter ensemble des conditions nécessaires » dès les cent premiers jours du quinquennat, et de veiller à la mise en œuvre de la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes

La piste du renforcement des sanctions est clairement abordée par trois candidats. Dans sa « lutte déterminée contre les discriminations », Vincent Peillon affirme que le gouvernement devra proposer un « renforcement de l’arsenal juridique » et organiser un « plan ambitieux en faveur de l’égalité professionnelle ».

Pour que l’égalité salariale soit respectée, Benoît Hamon veut « renforcer » lui aussi les sanctions inscrites dans la loi. Une « brigade de lutte contre les discriminations » serait par ailleurs chargée de veiller à la bonne application de la législation. Pour « établir » cette égalité et combattre les « discriminations salariales », Sylvia Pinel propose d’étendre à toutes les entreprises les sanctions financières. « Je ne vous surprendrai pas en vous disant que notre ambition en matière de droits nouveaux concernera particulièrement la condition des femmes », avait annoncé la radicale lors de la présentation de son programme début janvier.

Introduire la parité en politique : la question de l’Assemblée

Même arme du côté des mandats. Benoît Hamon veut pénaliser « plus sévèrement » les partis qui ne respecteraient pas l’obligation de parité dans les candidatures aux législatives. Pour lui, les amendes doivent être « réellement dissuasives ».

Sylvia Pinel ne veut plus d’une égalité « seulement proclamée » et qui « échappe aux exécutifs, notamment les collectivités territoriales ». « Des mesures nouvelles doivent être prévues afin de rendre effective, et non de simple façade, la parité institutionnelle », écrit-elle dans son programme.

Sur la crise démocratique, durant le premier débat, François de Rugy avait indiqué que les deux premières priorités étaient « la proportionnelle à l’Assemblée nationale » et la « vraie parité à tous les échelons ». Son plan pluriannuel « 100% parité » doit répondre à l’objectif de « juste représentation des femmes dans tous les lieux de décision ».

La démarche de Vincent Peillon s’inscrit dans le même esprit. Pour lui, l’élection « dans les grandes régions » des députés au scrutin proportionnel « favorisera » la parité tant recherchée.

Les carrières et l’accès aux métiers : briser les stéréotypes

Avoir les mêmes chances en termes d’accès aux métiers et d’évolutions de carrière est un autre point abordé par les prétendants.

Chez Manuel Valls, là encore une proposition sous forme d’objectif mais pas de mesure : « doubler en cinq ans le nombre de femmes accédant aux carrières scientifiques et technologiques », deux filières dans lesquelles elles sont sous-représentées.

Idem chez Sylvia Pinel, qui défend un « égal accès aux métiers ». Dans les métiers scientifiques et techniques, « les stéréotypes doivent être combattus », et « l’accès des femmes doit être encouragé ».

François de Rugy insiste sur le public dans son programme : « les concours pour la haute fonction publique et les grands corps offriront autant de places aux femmes qu’aux hommes ». Il ajoute que tous les concours de la fonction publique comporteront des « clauses de parité ».

Pour lutte contre les stéréotypes, Arnaud Montebourg veut combattre les inégalités « dès les plus petites classes ». Pour l’orientation des élèves, il envisage un encouragement financier pour faire respecter la parité.

Atteindre la parité dans organes de direction

Pour Sylvia Pinel, il faut étendre la parité dans les « organes de direction », et c’est d’ailleurs là un moyen de faire converger les salaires des femmes vers ceux des hommes, selon elle.

Comme dans les sphères politiques et associatives, François de Rugy propose que « tout mode de scrutin mis en œuvre pour la désignation de représentants » garantisse « impérativement une juste représentation des deux sexes ».

Renforcer le ministère des droits des femmes

Plusieurs candidats ont par ailleurs formulé des propositions sur la gestion des droits des femmes au sein du gouvernement.

Vincent Peillon, pour qui « le combat pour le droit des femmes doit être porté au plus haut niveau de l’État », veut rétablir un ministère de plein exercice (comme de 2012 à 2014), dédié « aux droits des femmes et à l’égalité des sexes ».

Constatant la « timidité des avancées en matière d’égalité femmes-hommes, Sylvia Pinel réclame elle aussi « l’identification d’un ministère des droits des femmes et de l’égalité femmes-hommes » et la création d’une médiation publique pour combattre les discriminations.

Moins clair sur sa volonté de faire du droit des femmes un portefeuille ministériel bien distinct, Benoît Hamon veut en tout cas « doubler le budget du ministère dédié aux droits des femmes », une mesure qui serait financée par les amendes payées par les partis politiques ne respectant pas la parité.

La place du congé parental

Sur des questions plus sociétales, trois candidats abordent la question du congé parental. Manuel Valls propose de « partager le congé parental dans les couples ». Arnaud Montebourg veut « repenser » le congé paternité, en rendant obligatoire les 11 jours suivant la naissance, et en offrant la possibilité à la femme de « transférer une partie de son congé à son conjoint ».

Benoît Hamon veut aller plus loin, en « alignant le congé paternité sur le congé post-natal dont bénéficient les mères ».

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