Primaire de la gauche : les différentes copies des candidats pour l’éducation
Ecole primaire, nouveaux recrutements, lutte contre l’échec scolaire, universités : tour d’horizon des programmes des candidats en matière d’éducation.

Primaire de la gauche : les différentes copies des candidats pour l’éducation

Ecole primaire, nouveaux recrutements, lutte contre l’échec scolaire, universités : tour d’horizon des programmes des candidats en matière d’éducation.
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L’éducation. Elle se fait parfois discrète, derrière les programmes économiques et les grandes questions sociales. Pourtant tous les candidats insistent sur son importance. Pour Arnaud Montebourg, investir dans l’éducation est la promesse d’une « nation plus prospère ». Manuel Valls, qui veut bâtir la « Nation éducative », affirme que « tout commence à l’école ». Les deux anciens ministres de l’Éducation nationale, Vincent Peillon et Benoît Hamon, considèrent respectivement qu’elle est le moyen de « préparer l’avenir » et qu’elle doit être synonyme « d’égalité des chances ». Pour François de Rugy, elle est « à la source du projet républicain ». Dans la pure tradition radicale, Sylvia Pinel défend l’idée d’un «creuset où se forge l’unité de notre société ».

Prendre en main les élèves en difficulté

La lutte contre le décrochage scolaire se retrouve dans plusieurs programmes, sous des formes différentes. Arnaud Montebourg annonçait le 9 janvier dans Libération sa volonté de mobiliser les « jeunes retraités de l’Éducation nationale » pour épauler les enfants en difficulté. Benoît Hamon envisage lui la mise en place d’un « service public du soutien scolaire ». Cet accompagnement en dehors des classes serait pris en charge par des enseignants en poste, en échange d’augmentations de salaire. Vincent Peillon fait lui aussi le vœu de « poursuivre » la « lutte contre le décrochage ». Dans son chapitre sur l’éducation, Jean-Luc Bennahmias fait de lutte contre l’échec scolaire sa « priorité », en souhaitant un personnel éducatif plus nombreux « dans certains quartiers en difficulté ».

Différenciation sur la question des moyens

La question de la hausse des effectifs est moins consensuelle. Pour un certain nombre de candidats, l’acquisition des savoirs fondamentaux et la lutte contre l’échec scolaire passe par davantage de moyens, notamment humains. Benoît Hamon promet de recruter 37.000 à 40.000 enseignants supplémentaires, pour alléger les classes, prendre en charge leur formation continue et assurer les remplacements. Vincent Peillon comme Arnaud Montebourg plaident pour une généralisation du dispositif « plus de maîtres que de classes », instauré en 2012 pour favoriser les travaux en petits groupes. L’ancien ministre du Redressement productif chiffre cette mesure à 4,4 milliards euros de dépenses annuelles supplémentaires, l’une des plus chères de son programme. De son côté, la radicale Sylvia Pinel note que le recrutement des 60 000 enseignants débuté sous François Hollande n’est pas « encore atteint » et « doit être poursuivi avec détermination ».

Un statut et la formation des enseignants renforcée

Manuel Valls salue le « travail accompli depuis 2012 », notamment sur la question de la création de 60 000 postes dans l’Éducation nationale. Pour lui, « l’acte II de la refondation de l’école » passe par « reconnaissance plus grande des enseignants, y compris en termes de rémunération ». La question de la hausse des salaires est abordée par quasiment l’ensemble des candidats. Jean-Luc Bennahmias compare la France à ses voisins européens et appelle à une revalorisation. La bonification sera plus élevée dans les zones d’éducation prioritaires, promettent Benoît Hamon et Arnaud Montebourg. Ce dernier et Vincent Peillon défendent l’idée d’un meilleur accompagnement des carrières, notamment les débuts.

Benoît Hamon se distingue par sa proposition sur la formation continue des enseignants. Chaque année, les enseignants, selon leurs besoins et leur ancienneté, pourraient se voir accorder trois à dix jours de formation par année. 15 000 (sur les 40 000) postes seraient créés pour compenser ces absences. Manuel Valls se montre offensif sur ce terrain. Militant pour « une formation continue qui en mérite enfin le nom » : un stage obligatoire de trois journées par an, accompagnées d’une semaine de « remise à niveau » tous les trois ou cinq ans.

Sur la formation initiale, afin de développer « un corps enseignant à l’image de la société », François de Rugy envisage même de « prérecruter » les futurs professeurs des écoles dès la fin de la classe de terminale.

L’école primaire, mère des batailles

L’école primaire et l’acquisition des savoirs fondamentaux durant ses cinq années de scolarité a également fait l’objet de propositions de candidats. Benoît Hamon concentre la moitié de ses créations de poste dans le deuxième cycle (CP à CE2) dans le but de limiter le nombre maximal d’élèves par classe à 25, et à 20 dans les réseaux d’éducation prioritaire, les outremers et les territoires ruraux. Sur la même classe d’âge, Arnaud Montebourg rêve de la création d’un « maître des savoirs fondamentaux », un enseignant unique qui suivrait les élèves du CP au CE2. Vincent Peillon, presque trois ans après avoir été à la tête du ministère, propose d’ « amplifier le rééquilibrage des investissements en faveur du primaire » qu’il considère comme étant « moins doté ». Sylvia Pinel plaide quant à elle pour un « renforcement vigoureux de l’acquisition des fondamentaux à la sortie du primaire ».

La réduction du nombre d’élèves dans les classes est aussi soulevée par Sylvia Pinel, sans préciser quels cycles seraient concernés, ni sans évoquer d’autre ajustement sur le nombre de postes que l’objectif de 60.000 postes supplémentaires durant le quinquennat de François Hollande.

La scolarisation de la petite enfance

La scolarité est actuellement obligatoire à partir de 6 ans. Benoît Hamon et Sylvia Pinel veulent abaisser cet âge à 3 ans. Le premier réfléchit même à débuter l’instruction dès deux ans, dans les réseaux d’éducation prioritaires (REP), en développant en parallèle la « création d’un service public de la petite enfance », une proposition identique à celle de Manuel Valls. L’ancien Premier ministre et Vincent Peillon entendent poursuivre la politique de scolarisation des enfants de moins de trois ans relancée pendant le quinquennat de François Hollande.

Des propositions en faveur de la mixité sociale

Le thème de la mixité sociale à l’école et au collège figure en bonne position dans les programmes de Vincent Peillon, Manuel Valls et Benoît Hamon. L’ancien ministre de l’Éducation nationale veut « élargir les secteurs de recrutement à plusieurs collèges » et « demander à l’enseignement privé, par contractualisation, de prendre sa part dans le développement de la mixité scolaire ». Dans son « acte II de la refondation de l’école », Manuel Valls dénonce « l’école à deux vitesses » et la « ségrégation sociale qui gangrène notre école », mais fait savoir que la mixité ne pourra pas « s’imposer d’en haut ». Celle-ci ne pourrait s’obtenir qu’au terme de discussions entre les différents acteurs (collectivités, élus, familles, ministère, établissements privés). C’est également l’ouverture d’un dialogue que Benoît Hamon veut engager avec le privé. Le candidat, qui veut mettre fin aux phénomènes de « reproduction sociale »,  veut surtout redessiner avec les collectivités territoriales la carte scolaire, afin de faire émerger des découpages de bassins de recrutement beaucoup plus mixtes socialement. En parallèle, les familles pourraient soumettre plusieurs vœux d’affectation, à l’État ensuite de trancher.

Les filières professionnelles et professionnalisantes

C’est une idée chère à Arnaud Montebourg, qui a fait de l’économie le cœur de son programme :  il faut « valoriser l'apprentissage et les métiers manuels ». Sylvia Pinel utilise les mêmes mots (à une inversion près) : pour y parvenir, l’idée serait selon elle d’améliorer la communication sur ces filières et sur les dispositifs d’aide. Jean-Luc Bennahmias croit lui aussi à l’aternance, qui « prépare de façon indispensable à la vie professionnelle », et souhaite renforcer les liens entre l’Éducation nationale et le monde de l’entreprise, et en baissant les charges sociales sur les apprentis. Benoît Hamon devrait également préciser dans les jours à venir ses propositions pour l’enseignement professionnel. S’il était élu, il a déjà promis que son premier déplacement serait réservé à un lycée professionnel.

Universités : nouveaux moyens et lutte contre l’échec en L1

« Nous devons consacrer un milliard d’euros par an à nos universités » : Manuel Valls ambitionne de faire de l’enseignement supérieur français l’un des premiers campus du monde. En novembre à l’université de Cergy-Pontoise, il a annoncé un milliard d’euros supplémentaires par an pour les universités. Vincent Peillon réclame aussi une « action vigoureuse », un « plan de rattrapage » : pour le supérieur : 8000 enseignants seraient recrutés sur les cinq années du quinquennat. Consacrer davantage de moyens est aussi la solution avancée par Benoît Hamon, qui cherche encore le niveau d’augmentation des salaires et des effectifs des enseignants-chercheurs.

La lutte contre l’échec entre la première et la deuxième année de l’université fait aussi partie de ses préoccupations. Pour la fin de son mandat, il se donne l’objectif suivant : les amphithéâtres de 800 ou 1000 étudiants, au terme de son mandat, ce sera « fini ». Jean-Luc Bennahmias défend dans le même esprit un accueil « nécessaire » et « réel » des étudiants en première année.

Enfin, François de Rugy promet une autonomie pédagogique des universités, ainsi qu’une décentralisation des investissements.

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