Primaire écologiste : entre Jadot et Rousseau, deux visions de la « radicalité »
Confronté à Sandrine Rousseau pour le second tour de la primaire écolo, Yannick Jadot revendique aussi une forme de « radicalité », qui a permis à l’universitaire de percer chez les sympathisants. Alors que le second tour s’annonce serré, le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, se « rallie » à la « radicalité pragmatique » de Yannick Jadot.

Primaire écologiste : entre Jadot et Rousseau, deux visions de la « radicalité »

Confronté à Sandrine Rousseau pour le second tour de la primaire écolo, Yannick Jadot revendique aussi une forme de « radicalité », qui a permis à l’universitaire de percer chez les sympathisants. Alors que le second tour s’annonce serré, le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, se « rallie » à la « radicalité pragmatique » de Yannick Jadot.
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Au lendemain du premier tour de la primaire écologiste, les deux finalistes peuvent, au premier abord, afficher une certaine satisfaction. Yannick Jadot (27,70 % des voix), qu’on présentait comme le favori, arrive bien en tête. Sandrine Rousseau (25,14 %) a su pour sa part faire mentir les pronostics en passant devant le maire de Grenoble, Eric Piolle, et en se qualifiant pour le second tour, prévu du 25 au 28 septembre. « L’élection a montré qu’elle déjouait tous les sondages. Personne n’attendait ce résultat, moi le premier », reconnaît le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard.

« Bien sûr que Sandrine peut l’emporter »

Mais pour l’ancien candidat de 2017, qui s’était retiré au profit de Benoît Hamon, le résultat peut en réalité sembler inquiétant. « Le second tour sera serré » prévient un responsable d’Europe Ecologie-Les Verts. « Tout est possible » dit un autre. La vice-présidente de l’université de Lille, qui a fait de l’écoféminisme et d’une forme de radicalité assumée des axes forts de sa campagne éclaire, peut même espérer l’emporter. Les électeurs d’Eric Piolle (22,29 %) pourraient apprécier son côté iconoclaste. Tout comme ceux de Delphine Batho (22,32 %), qui a fait campagne sur la « décroissance ». « Bien sûr que Sandrine peut l’emporter, elle a fait une très belle campagne, elle a suscité un espoir », confirme un dirigeant écolo.

Les militants et sympathisants écologistes, sensibles à une forme de radicalité, pourraient à nouveau faire perdre celui qu’on présente, peut-être un peu vite, comme le favori. Etre le candidat de la raison et de gouvernement n’est jamais trop porteur chez les écolos. Nicolas Hulot en sait quelque chose.

Conscient du rapport de force qui se joue, on ne sera pas surpris d’entendre Yannick Jadot, comme ce matin sur France Inter, se revendiquer d’une forme de radicalité. Et de donner des gages : « J’ai annoncé la fin de l’élevage industriel, […] la fin des subventions aux énergies fossiles, le fait de conditionner l’argent public aux entreprises à des négociations salariales, à l’égalité femme/homme. C’est ça la radicalité aujourd’hui, c’est d’être en mesure de transformer ce pays, ce n’est pas de témoigner, ni d’influencer », lâche l’eurodéputé, attaquant en creux Sandrine Rousseau. Il rêve même de « construire un grand rassemblement et pas pour déconstruire mes concurrents ou mes concurrentes ».

« Yannick Jadot a raison de revendiquer la radicalité pour l’écologie »

Cinquante nuances de radicalité, la primaire écolo ? « Yannick Jadot a raison de revendiquer la radicalité pour l’écologie. Cela n’a pas de sens de dire qu’il n’est pas assez radical. Ses 30 ans de combat pour l’écologie sont dans l’action. Il a dit "moi ma radicalité, c’est d’amener l’écologie à l’Elysée" », le défend le député écologiste (ex-LREM) Matthieu Orphelin, soutien de Yannick Jadot.

« Le scrutin est ouvert. Mais la question, c’est de gagner ces élections. Et forcément avec des alliés. Et pour moi, Jadot reste le candidat le plus à même de fédérer à gauche, car il y aura besoin d’union de la gauche », soutient le sénateur écologiste Joël Labbé. « Les élections, ça se gagne, qu’on le veuille ou non », insiste le sénateur, « et la lecture que je fais des propos de Jadot, c’est ça, c’est une radicalité pragmatique ».

« Yannick Jadot exprime une radicalité pragmatique »

Au sein du petit groupe écologiste du Sénat, l’eurodéputé bénéficie d’une majorité de soutien. Cela se confirme avec son président, Guillaume Gontard. Il soutenait jusqu’ici Eric Piolle. « La question de la radicalité, pour le coup, Yannick Jadot l’a bien exprimée. Il l’a exprimée sur une radicalité pragmatique » affirme aussi à publicsenat.fr le sénateur de l’Isère, « le débat sera sur comment mieux porter le projet écologiste pour qu’il soit mieux accepté par le plus grand nombre. C’est ça aussi faire de la politique ». Guillaume Gontard ajoute :

Que le ou la meilleure gagne, mais c’est vrai que je me rallie plutôt à l’orientation que porte Yannick Jadot. (Guillaume Gontard)

« Sandrine Rousseau n’est pas moins légitime pour gagner », ajoute le président de groupe, mais il souligne « la différence entre avoir le rôle de militant et l’application à la réalité, le passage au pouvoir. Et c’est Yannick Jadot qui l’incarne le plus », tout comme « la capacité à rassembler d’autres forces de gauche ». Il reconnaît que les résultats du premier tour peuvent néanmoins impacter le discours du candidat : « Yannick Jadot doit aussi prendre en compte le signal envoyé par les électeurs. Ça ne veut pas dire changer son discours, mais l’adapter et peut-être revoir des choses en termes de priorité ».

Dans un jeu de miroirs, Sandrine Rousseau revendique, elle, à l’inverse, sérieux et réalisme. Manière de répondre aux attaques. « Aujourd’hui, l’écologie réaliste, c’est celle qui transforme nos modes de production, qui sort du productivisme, qui sort de la société de consommation et d’une société qui abîme la nature et les humains. Et l’écologie de gouvernement, ça fait 20 ans qu’on la voit. Et finalement, elle ne transforme pas notre pays », tacle sur France Inter la candidate, qui défend « une ligne claire et ambitieuse, pour modifier nos politiques publiques et sortir du consumérisme et d’une sorte de surexploitation de tout, des ressources naturelles, comme des êtres humains ».

« Il ne faudrait pas être dans un débat sur les mous contre les plus radicaux »

L’ancien secrétaire national d’Europe Ecologie les Verts, David Cormand, qui a soutenu Eric Piolle, refuse de choisir entre les deux et de les opposer. « Il serait injuste de dire que Sandrine Rousseau serait la seule à pouvoir porter l’écoféminisme, de même de dire que Yannick Jadot serait le seul à pouvoir porter une écologie de l’accession au pouvoir. Ce serait les caricaturer l’un et l’autre », s’agace David Cormand, invité de la matinale de Public Sénat ce lundi. « L’écologie politique, depuis toujours, est fondamentalement radicale », insiste l’eurodéputé. Regardez :

Primaire écolo : David Cormand fait valoir l'unité de sa famille politique
00:56

« Il ne faudrait pas être dans un débat sur les mous contre les plus radicaux. Il y a de la radicalité dans les deux propositions », tempère aussi la sénatrice Sophie Taillé-Polian, coordonnatrice nationale de Génération.s, qui note plus « une différence de posture : être plus tourné vers la construction d’une majorité avec d’autres forces politiques ou rassembler celles et ceux qui en sont éloignés ».

« Le fait d’assumer d’être des écologistes est déjà en soi une forme de radicalité »

Même son de cloche du côté de la secrétaire nationale adjointe d’Europe Ecologie-Les Verts, Sandra Regol. L’écologie serait par nature radicale. « Il me semble que le fait d’assumer d’être des écologistes est déjà en soi une forme de radicalité », affirme à publicsenat.fr la numéro 2 d’EELV. « La campagne de Sandrine a beaucoup tourné autour de la radicalité car c’est un engagement qu’elle a pris autour de gens qui l’ont suivi mais je ne sais pas si c’est sur cette thématique que se fera le choix des électeurs. Ils voteront sur la personne qui leur semblera la mieux représenter le projet écologiste », soutient Sandra Régol. Elle ajoute : « Ils partagent les grands objectifs. En revanche, ils n’ont pas la même façon de l’incarner et n’ont pas les mêmes marqueurs ».

Pour Sandra Regol, « ce n’est pas non plus un secret que les écologistes se sont distingués, dans leur exercice du pouvoir, ces dernières années, par la radicalité de leurs actions, plus que par la radicalité de leur mot. Et c’est ça qu’il faut comprendre dans les mots de Yannick ».

Le nom qui sortira du chapeau écolo ne sera pas sans conséquence pour la gauche. C’est l’autre enjeu de la primaire. Un Yannick Jadot pourrait se retrouver à batailler en partie sur le même terrain que la socialiste Anne Hidalgo, laissant de l’espace à Jean-Luc Mélenchon. A l’inverse, Sandrine Rousseau concurrencerait le leader Insoumis, et laisserait plus d’espace à la maire de Paris… Du côté du gouvernement, une secrétaire d’Etat a encore une autre lecture : « La vraie question, c’est est-ce que Jadot, c’est le tremplin d’Hidalgo ? Et Rousseau, celui de Mélenchon ? ». Une hypothèse qui impliquerait le retrait du candidat écolo. Mais cinq ans après celui d’un certain Yannick Jadot, il semble très difficile pour le ou la candidate écolo de ne pas cette fois aller au bout.

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