Primaire : tension entre les camps Valls et Hamon sur la laïcité
Manuel Valls reproche à Benoît Hamon « des risques d’accommodement » face à l’islam radical. Benoît Hamon dénonce des accusations « très graves », son directeur de campagne « des tentatives désespérées d’essayer de faire peur ».

Primaire : tension entre les camps Valls et Hamon sur la laïcité

Manuel Valls reproche à Benoît Hamon « des risques d’accommodement » face à l’islam radical. Benoît Hamon dénonce des accusations « très graves », son directeur de campagne « des tentatives désespérées d’essayer de faire peur ».
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Les fins de campagne sont toujours plus tendues. C’est un classique de la vie politique. Mais le ton de la primaire de la Belle alliance populaire devient particulièrement piquant… Manuel Valls, en position délicate pour le second tour face à Benoît Hamon, attaque son concurrent sur la question de la laïcité. « Il ne peut pas y avoir dans notre République un interdit vis-à-vis de femmes dans des lieux publics ou dans l'espace public », a-t-il affirmé sur France Info, en référence aux propos de Benoît Hamon au sujet d’un café interdit aux femmes à Sevran. Selon Manuel Valls « il y a des ambiguïtés, des risques d'accommodement » de la part de Benoît Hamon.

« Il ne peut pas y avoir d'ambiguïté, il ne peut y avoir aucune ambiguïté quand il s'agit du combat pour les femmes », a insisté Manuel Valls ce mardi après une visite d'une « maison des femmes » à Saint-Denis. « Il ne peut pas y avoir d'ambiguïté quand il y a aujourd'hui des espaces publics ou des lieux publics qui sont interdits aux femmes ».

« Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste »

Ses lieutenants embrayent. Cette fois, l’attaque est encore plus directe. « Benoît Hamon est en résonance avec une frange islamo-gauchiste et fait un appel du pied électoral. C’est une stratégie d’attrape-tout. Pour obtenir un vote, tout est valable » affirme le député Malek Boutih sur 20minutes.fr… Sous couvert d’anonymat, un ministre y va carrément à la sulfateuse dans Libération : « Hamon est le candidat des Frères musulmans ».

L’équipe Hamon jure ne pas vouloir rentrer dans ce jeu des attaques… tout en y répondant. Sur RFI, le candidat a refusé « d'être dans ce terrain de la spectacularisation de la vie politique pour rester dans la sobriété ». Mais Benoît Hamon précise : « On me fait le procès de quoi ? D'être élu de banlieue, d'être confronté à la réalité de ce communautarisme que je combats, autrement que par des mots ». Sur Europe 1, il a ensuite dénoncé des accusations « très graves ».

« Niveau du caniveau »

Depuis le 11e étage de la tour Montparnasse, qui abrite le QG de Benoît Hamon, son directeur de campagne, Mathieu Hanotin, a pu continuer la mise au point. La conférence de presse n’a été annoncée qu’un peu plus tôt dans la matinée… Pour le député de Seine-Saint-Denis, les attaques de Manuel Valls ne « sont pas à la hauteur ». « Ce sont des tentatives désespérées d’essayer de faire peur. Elles ne marcheront pas car elles ne sont fondées sur rien » lance Mathieu Hanotin. Quant à l’attaque sur les Frères musulmans, « c’est du niveau du caniveau » (voir la vidéo).

Sur le fond des accusations, le directeur de campagne se fait clair, du moins davantage que ne l’avait été le candidat : « Quand on interdit à des femmes de rentrer, c’est un scandale ». Mathieu Hanotin souligne juste que Benoît Hamon « a reconnu une erreur, c’est d’avoir fait les choses dans le mauvais sens dans l’interview ».

« Manuel Valls doit être en train de perdre ses nerfs »

Face aux attaques, le député retourne l’accusation et sous-entend que Manuel Valls et ses soutiens visent les musulmans. « On ne souhaite pas de faire passer un message qui consiste à dire que les problèmes de discrimination et de violence faites aux femmes seraient l’apanage des musulmans dans notre pays. Ça, ce serait autre chose. (…) Quand on oriente un certain nombre de questions, on a un peu le sentiment que c’est ça qui est derrière. Nous ne voulons absolument pas rentrer là-dedans » lance le directeur de campagne, qui parle de « stigmatisation de 5 millions de nos compatriotes musulmans »…

En plein conférence de presse, le porte-parole de Benoît Hamon, Alexis Bachelay, coupe son directeur de campagne pour évoquer un Tweet de Gilles Boyer, ancien directeur de campagne d’Alain Juppé. « A propos de la polémique sur la laïcité, il dit que ça lui rappelle quelque chose. Je pense que ça lui rappelle « Ali Juppé » », en référence aux attaques dont avait fait l’objet le maire de Bordeaux. Quelques minutes après, Alexis Bachelay n’en démord pas : « Au bout d’un moment, ça commence à bien faire. Dans l’équipe de Manuel Valls, il y a des éléments de langage pour salir Benoît Hamon, quand ils disent qu’il n’a pas voté l’état d’urgence ». Il ajoute : « Ils ont une campagne structurée de mensonges autour de la laïcité, de sujets sensibles ». Pour Alexis Bachelay, « c’est une forme de perte de contrôle, de panique, comme chez Juppé (dans l’entre-deux tour de la primaire de droite, ndlr). Manuel Valls doit être en train de perdre ses nerfs »…

Rassemblement ?

La tournure que prend la campagne pourrait compliquer sérieusement le rassemblement du second tour. D’autant que Manuel Valls n’a pas voulu dire clairement ce matin s’il se rangera derrière Hamon, en cas de défaite. « Je n’imagine pas que l’ex-premier ministre ne respecte pas sa parole » lance Mathieu Hanotin.

Le directeur de campagne croit malgré tout au rassemblement, comme les sénateur PS (voir notre article). Voire à la reprise d’autres propositions. « La philosophie de Benoît Hamon, c’est de ne jamais être à l’abris d’une bonne idée… » dit-il, tout en dénonçant « la ligne libérale autoritaire de Manuel Valls ». Pas sûr que ça favorise le rassemblement.

Au moins un point rassemble les camarades socialistes : qu’on ne retrouve pas le même imbroglio dimanche pour le second tour, lors de l’annonce des résultats. « Est-ce que la sincérité du scrutin a été altérée ? Non. Il n’y a pas eu fraude. Est-ce que ce cafouillage est acceptable ? Non » prévient Mathieu Hanotin, qui assure avoir eu des « garanties » de la haute autorité. « J’ai eu une discussion avec Didier Guillaume (directeur de campagne de Manuel Valls, ndlr), j’ai compris qu’ils avaient les mêmes exigences » ajoute-t-il. Les deux camps se parlent toujours. Le début du rassemblement sûrement.

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