Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en quête d’un compromis politique pour doter la France d’un budget tout en évitant la censure, s’est engagé vendredi à proposer une nouvelle version du projet de loi de finances, « meilleure » que le texte initialement présenté à l’automne, et susceptible de « rassembler » une majorité dans un contexte de forte fracturation politique. Alors que l’exécutif a suspendu l’examen du budget à l’Assemblée nationale, actant l’impasse des discussions parlementaires, Sébastien Lecornu indique que les mesures portées par cette nouvelle mouture sont pour partie issues « des échanges sérieux » des derniers jours avec des groupes parlementaires du bloc central, mais aussi de l’opposition, en l’occurrence les socialistes.
Il a en revanche fustigé « la stratégie cynique et délibérée » de La France insoumise et du Rassemblement national au cours des dernières semaines : « Le RN et LFI ont bloqué, chacun à leur manière, le travail parlementaire et rendu méthodiquement le texte incohérent et donc invotable », a-t-il épinglé.
Le Premier ministre n’a rien dit du véhicule que le gouvernement compte utiliser pour faire adopter ce texte, n’ayant plus que deux options sur la table : le recours au 49-3 ou l’utilisation des ordonnances budgétaires, un mécanisme inédit sous la Ve République.
Renforcer le pouvoir d’achat
Parmi les mesures phares présentées ce vendredi : une hausse de la prime d’activité de 50 euros en moyenne pour plus de trois millions de ménages à revenus modestes. « Le budget initial envisageait de réduire la portée de la prime d’activité, il faut le reconnaître c’était une erreur. Nous allons revenir sur cette économie et aller plus loin », a concédé Sébastien Lecornu, faisant suite à une demande des socialistes.
Pas d’augmentation d’impôts
Il n’y aura « aucune augmentation de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte », promet également le locataire de Matignon, évoquant une révision des barèmes de l’impôt sur le revenu « pour éviter que l’inflation ne se transforme en augmentation masquée de l’impôt ». La hausse de la fiscalité faisait notamment partie des lignes rouges des Républicains.
Le Premier ministre a par ailleurs acté l’abandon de la réforme de l’abattement de l’impôt sur le revenu pour les retraités. Il renonce également aux mesures d’économie sur les allocations pour les personnes en situation de handicap ou pour les allocations sur le logement. Le gouvernement proposera par ailleurs une réforme des allocations de solidarité, par la création d’une allocation sociale unifiée, une demande récurrente au sein de la classe politique.
La nouvelle copie budgétaire portera également plusieurs mesures à destination de la jeunesse : notamment le maintien à niveau des bourses étudiantes et la généralisation du repas universitaire à 1 euro d’ici le mois de mai.
Ajusté l’effort demandé aux collectivités
En ce qui concerne les collectivités territoriales, Sébastien Lecornu a estimé qu’elles « devront également participer à l’effort collectif mais dans des propositions acceptables ». « Le gouvernement n’acceptera pas la baisse de la dotation de fonctionnement des communes à hauteur de 20 %, votée par le Rassemblement national cette semaine », a-t-il martelé. Le Fonds vert, destiné à soutenir la transition écologique dans les territoires, sera abondé de 200 millions d’euros.
Enfin, le Premier ministre a annoncé le maintien du dispositif MaPrimeRénov’, là encore à la demande du PS. « C’est un dispositif utile, efficace. Mais nous lutterons davantage contre les abus et les détournements encore trop nombreux », a-t-il averti.
Ce projet de budget permettrait de réduire le déficit à 5 % du PIB, et « peut-être moins » si la croissance reste « soutenue », a assuré le chef du gouvernement, qui n’a pourtant présenté aucune mesure d’économies significative.