Primes, normes, décentralisation : ce qu’il faut retenir du discours de Sébastien Lecornu devant les maires

En clôture du Congrès de l’Association des maires de France (AMF), le Premier ministre a fait part de sa volonté de simplifier les normes qui pèse sur les élus locaux. Il a confirmé son engagement en faveur d’un grand acte de décentralisation avec le dépôt d’un projet de loi avant Noël mais sans s’engager sur une baisse de l’effort demandé aux collectivités dans le budget, au grand dam des élus.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

A quelques mois des élections municipales, en clôture du 107e Congrès de l’Association des maires de France (AMF) le Premier ministre s’est montré prudent et plutôt avare en promesses face à des élus qui s’alarment pour leurs finances, dans un contexte politique et budgétaire incertain, et qui doutent de l’aboutissement d’un grand acte de décentralisation. « Je ne suis pas un Premier ministre complètement comme les autres, par la précarité de la situation politique, par la crise que nous devons gérer avec les membres du gouvernement et les parlementaires », a indiqué Sébastien Lecornu.

« Mega décret » de simplification

« Entre le grand soir et les grandes annonces non suivies d’effet », le Premier ministre a toutefois annoncé un chantier de simplification des normes certes « pavées de bonnes intentions » comme l’obligation annuelle de vidanges des piscines municipales « mais complètement déconnectées de toute forme de réalité », selon lui. C’est pourquoi, un « mega décret » sera pris d’ici Noël pour simplifier une centaine de mesures, et « élaguer beaucoup de normes ».

Concernant le grand acte de décentralisation cher au Premier ministre qui a reçu il y a 15 jours la contribution du Sénat en la matière, « un projet de loi portant décentralisation et simplification » sera présenté en Conseil des ministres, là aussi, avant Noël. « Il y a un chemin au Sénat et à l’Assemblée nationale pour entamer cette réforme de l’Etat que nous appelons tous de nos vœux », a-t-il assuré ;

Une annonce qui n’a pas rassuré les élus. Le vice-président socialiste de l’AMF, André Laignel a qualifié le discours du premier ministre « de très profond mais dans le sens du vide » et le calendrier du projet de loi sur la décentralisation « complètement irréaliste ».

André Laignel déplore aussi l’absence de « mesure concrète concernant la loi de finances » dans lequel l’effort demandé aux collectivités est de 4,7 milliards. 8 milliards selon les calculs du comité des finances locales de l’AMF.

« Entre un budget non acceptable et l’absence de budget, le chemin de responsabilité est entre les deux »

Sébastien Lecornu a pourtant bien entendu « l’inquiétude » des collectivités sur le projet de budget mais n’y a pas répondu. « J’ai donné mandat au président Larcher, aux commissions compétentes au Sénat, aux ministres de trouver « le meilleur équilibre entre rétablissement de nos finances publiques et ne pas manquer à la parole de l’Etat ». Il en a profité pour alerter sur les conséquences pour les collectivités, d’une absence de budget. « Zéro péréquation, aucune dotation d’investissement… Entre un budget non acceptable pour les collectivités locales et de l’autre côté l’absence de budget, le chemin de responsabilité est entre les deux ».

En ce qui concerne le risque juridique pris par les élus, Sébastien Lecornu a annoncé étudier l’idée d’une prime « régalienne » de 500 euros pour chacun des maires afin de « sécuriser » les actes qu’ils prennent. « On ne peut pas demander aux maires, agents de l’État, de prendre sans cesse plus de risques sans voir ce risque reconnu. Et donc j’ai demandé aux ministres de travailler à un principe de prime régalienne […] qui pourrait représenter 500 euros par an pour chaque maire, quelle que soit la taille de la commune », a-t-il esquissé.

La conclusion du Premier ministre n’a pas non plus été très réjouissante. « Est-ce qu’on est encore capable de sauver la démocratie représentative ? […] Je ne vois pas beaucoup de bonnes nouvelles, de progrès social, issus du désordre politique, ni beaucoup d’avancées pour les collectivités locales. La France ne peut pas se permettre un déclin sur fond de désordre politique. On sent tous très bien que quelque chose de grave peut advenir ».

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le

Primes, normes, décentralisation : ce qu’il faut retenir du discours de Sébastien Lecornu devant les maires
5min

Politique

« J’ai bien peur du cauchemar » : Sébastien Lecornu pointe le contre-budget du RN et dénonce l’effort de « 18,4 milliards d’euros en 2031 » demandé aux collectivités

« Ces deux mandats macronistes nous lèguent 1300 milliards d’euros de dette supplémentaire », soit « plus de 400 millions d’euros par jour », a dénoncé la nouvelle présidente du groupe RN/UDR du Sénat, Edwige Diaz. Le premier ministre a pointé en retour l’effort demandé aux collectivités par le Rassemblement national. La sénatrice RN a démenti les chiffres, pourtant bien inscrits dans le contre-budget du RN.

Le