Prison de haute sécurité en Guyane : « La comparaison avec le bagne était insultante », estime Gérald Darmanin

10 jours après avoir annoncé dans la presse, la construction d’une prison de haute sécurité en Guyane, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin est venu détailler son projet devant la commission des lois du Sénat.
Simon Barbarit

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« Vous avez fait un certain nombre d’annonces dans les médias qui méritent, sinon des explications, au moins des précisions », a exposé la présidente LR de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda, en introduction de l’audition du ministre de la Justice, Gérald Darmanin.

Parmi ces annonces, la sénatrice a fait référence à celle d’une nouvelle prison en Guyane dotée d’un quartier de haute sécurité faite, il y a 10 jours, dans le Journal du Dimanche. Situé à Saint-Laurent-du-Maroni, ville de 50 000 habitants à la frontière du Suriname, ce centre pénitentiaire de 500 places a prévu une soixantaine de cellules de haute sécurité pour les narcotrafiquants ainsi qu’une quinzaine réservée pour les détenus « islamistes et radicalisés ».

« Je suis heureux de tenir la promesse du président Hollande »

L’annonce avait ému les élus locaux (lire notre article). La sénatrice socialiste, Audrey Linkenheld a demandé au ministre d’expliquer devant la commission ce projet. « En Guyane, la création d’un établissement pénitentiaire a été décidée fin 2016 par le président Hollande. Si vous êtes allé sur place, vous avez vu qu’il n’a pas beaucoup avancé et qu’il n’était pas budgétisé. Je suis heureux de tenir la promesse du président Hollande », a d’abord répondu Gérald Darmanin, précisant que la construction de cet établissement allait coûter 450 millions d’euros.

Le garde des Sceaux a néanmoins souligné que « la construction est loin d’être faite » car le permis de construire n’est pas encore signé dans ce lieu où il n’y a pas encore d’électricité. Alors que deux établissements ont déjà été choisis pour accueillir les narcotrafiquants les plus dangereux, Vendin-le-Vieil dans le Nord-Pas-de-Calais et Condé-sur-Sarthe dans l’Orne, « en Guyane et aux Antilles, il y a 58 personnes considérées comme très dangereuses et éligibles à la prison de Haute sécurité », a-t-il précisé estimant « qu’il n’était pas anormal » de considérer, comme dans l’Orne et le Pas de Calais, qu’il y ait un régime carcéral spécifique pour les narcotrafiquants très dangereux » dans cette région. « La comparaison avec le bagne était insultante pour la République et l’administration pénitentiaire », a-t-il jugé avant d’ajouter : « La criminalité locale donnera largement de quoi remplir ces places de détention spécifiques ».

« Il s’agit ni plus ni moins que de la réouverture du bagne ! Une forteresse isolée dans la jungle amazonienne », s’était indigné le sénateur de Guyane (RDPI) Georges Patient, dans un communiqué de presse posté sur X, après l’annonce du ministre.

« Plusieurs dizaines de Mohammed Amra que nous ne connaissons pas »

Gérald Darmanin a assumé sa volonté de changer « la catégorisation » des détenus qui se fait actuellement selon le statut et non la dangerosité. Cette catégorisation « est une des responsables de l’affaire Amra », pour le ministre. On n’a pas su qui était Monsieur Amra. Nous n’avons pas su adapter le régime carcéral à un narcotrafiquant extrêmement dangereux qui aurait, il n’a pas encore été jugé, fait assassiner deux agents pénitentiaires […] Il y a sans doute plusieurs dizaines de Mohammed Amra que nous ne connaissons pas encore dans les maisons d’arrêt en France ».

Ce rôle de « profilage » des détenus sera l’une des missions du futur parquet national anticriminalité organisée qui entrera en vigueur le 5 janvier 2026 conformément à la loi organique d’origine sénatoriale, adoptée par le Parlement.

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