Prisons: l’exécutif peine à éteindre une crise qu’il n’a pas vu venir
L'exécutif, accusé de ne pas avoir vu venir le ras-le-bol des surveillants de prison, peine à éteindre un mouvement social d'ampleur, où la...

Prisons: l’exécutif peine à éteindre une crise qu’il n’a pas vu venir

L'exécutif, accusé de ne pas avoir vu venir le ras-le-bol des surveillants de prison, peine à éteindre un mouvement social d'ampleur, où la...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'exécutif, accusé de ne pas avoir vu venir le ras-le-bol des surveillants de prison, peine à éteindre un mouvement social d'ampleur, où la ministre de la Justice Nicole Belloubet, plus technicienne que politique, reste pour l'heure en première ligne, malgré les critiques.

"On n'a pas assez vu venir le sujet des agressions, mais le dossier des prisons est dans notre tête depuis longtemps", se défend une source gouvernementale.

Dans le long calendrier des grandes échéances des prochains mois annoncé par le Premier ministre Edouard Philippe, à l'issue du séminaire gouvernemental du 3 janvier, le plan du gouvernement pour les prisons n'était pas évoqué.

Les difficultés de l'exécutif et de Mme Belloubet ont réveillé l'opposition, en mal de prises ces dernières semaines.

Des gardiens de prison manifestent devant le pénitencier de Nancy-Maxéville, en Meurthe-et-Moselle, le 25 janvier 2018
Des gardiens de prison manifestent devant le pénitencier de Nancy-Maxéville, en Meurthe-et-Moselle, le 25 janvier 2018
AFP

Le patron des députés PS Olivier Faure a dénoncé une "froideur technocratique" et un "retard" de l'action gouvernementale. Même tonalité chez LR, qui reproche à la garde des Sceaux de ne "pas prendre la mesure" de la "détresse" des surveillants. Quant au FN, Marine Le Pen a jugé que la ministre "devrait démissionner".

Au onzième jour d'un conflit social inédit par son ampleur depuis un quart de siècle, la Chancellerie a commencé à présenter jeudi aux syndicats pénitentiaires un nouveau "projet d'accord".

Emmanuel Macron a déclaré jeudi que lui et Edouard Philippe avaient "pleine confiance" et soutenaient "pleinement" la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Surpopulation carcérale
Surpopulation carcérale
AFP

"La ministre est à la manoeuvre et, je suis sûr, aura une solution négociée avec les organisations" syndicales, a dit le président en marge d'une visite en Auvergne.

Pour beaucoup, politiques comme syndicalistes, Mme Belloubet a manqué d'empathie et de réactivité en ne se rendant pas immédiatement à la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où un détenu jihadiste a blessé plusieurs surveillants le 11 janvier. L'étincelle du conflit.

Population carcérale d'Europe
Population carcérale d'Europe
AFP

"Elle s'y rend quatre jours après, en plein piquet de grève, et fait des annonces du niveau de la direction interrégionale des services pénitentiaires. Elle ne prend pas la mesure du mouvement et ne contribue pas à désamorcer la crise", lui reproche Floran Vadillo, ancien membre du cabinet du garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas (PS).

La série de graves agressions a mis en lumière un quotidien angoissant pour les quelque 28.000 gardiens: selon la DAP, il y a environ 4.000 agressions physiques par an de surveillants par des détenus, dans des prisons surpeuplées, avec un taux d'occupation moyen de 120%.

"C'est la première fois qu'il y a un conflit dur entre une administration et des services publics" depuis le début de la présidence d'Emmanuel Macron, mais "ce n'est pas une crise politique", a assuré mercredi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

- "Ministre disqualifiée" -

Si Matignon confirme que ses conseillers "travaillent avec la place Vendôme" et qu'Edouard Philippe suit le dossier "de près", le Premier ministre n'est intervenu que ponctuellement, comme mardi, lorsqu'il a annoncé que le gouvernement était prêt à prendre des "mesures indemnitaires spécifiques et ciblées" pour les surveillants.

La garde des Sceaux "a toute la confiance du Premier ministre pour mener les discussions", assure-t-on à Matignon, qui ne veut en aucun cas être "la chambre d'appel" du dossier. "Elle est ministre de plein droit et de plein exercice, elle connaît très bien ses dossiers et elle a toute la légitimité pour piloter ça. Ni sa légitimité ni sa compétence ne sont en cause", poursuit l'entourage du chef du gouvernement.

La ministre, à l'expérience politique réduite, est-elle laissée trop seule? "Il y a aussi la volonté de ne pas suralimenter le dossier en faisant monter d'autres ministres au créneau. Mais il y a un vrai durcissement politique désormais...", s'inquiète un député influent de la majorité .

Selon un sondage OpinionWay diffusé jeudi, le gouvernement est "le principal responsable du blocage de la situation" pour 71% des sondés, contre 27% qui considèrent que ce sont les syndicats des gardiens.

Même si le dialogue a finalement repris, ces derniers ont été très critiques. La CGT est allée jusqu'à demander "un médiateur" pour relayer une "ministre disqualifiée".

Partager cet article

Dans la même thématique

Prisons: l’exécutif peine à éteindre une crise qu’il n’a pas vu venir
5min

Politique

Départ de David Lisnard des Républicains : « La droite est rattrapée par le syndrome d’autodestruction », déplore Agnès Evren

Quatre jours après le second tour des élections municipales, la droite se projette vers la présidentielle 2027. Les adhérents des Républicains seront appelés à choisir en avril pour le mode de désignation de leur candidat à ce scrutin. Un vote qualifié de « truqué » par le maire de Cannes David Lisnard, qui a claqué la porte du parti. « Je le regrette profondément, parce qu'il fait partie des talents de notre famille politique », réagit ce jeudi 26 mars Agnès Evren, sénatrice LR de Paris, au micro de Public Sénat.

Le

Illustration of the posters for the 2026 municipal elections
6min

Politique

Personnalisation, vote utile en faveur de la gauche ?… Au lendemain des municipales, quel bilan tirer du nouveau mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille ?

Pour la première fois cette année, les électeurs de Paris, Lyon et Marseille ont voté directement pour leur maire, en plus des maires d'arrondissement. Une personnalisation du scrutin qui n’a pas eu les effets escomptés à droite pour Rachida Dati et Jean-Michel Aulas. A l’inverse, l’ampleur des victoires de la gauche à Paris et Marseille semble avoir été accentuée. Explications.

Le

Paris: Questions au gouvernement Assemblee nationale
10min

Politique

« Atmosphère de putsch » au PS, où les opposants d’Olivier Faure cherchent à le mettre en minorité

Rien ne va plus au PS, où l’après municipales se transforme en règlement de compte. Le bureau national du PS en a été le cadre, avec un renversement d’alliance sur un texte. « Il y a une crise ouverte de direction du PS, car la majorité a changé et elle n’est plus celle du premier secrétaire », soutient l’ex-sénateur David Assouline. « Ça veut dire quoi mis en minorité ? » rétorque le porte-parole du PS, Arthur Delaporte, qui rappelle que le premier secrétaire est élu « jusqu’en 2028 ».

Le