Prisons: les blocages se poursuivent, Belloubet sous le feu des critiques
Les blocages de prisons se poursuivaient mercredi matin partout en France, au dixième jour d'un mouvement massif des surveillants qui ne faiblit...

Prisons: les blocages se poursuivent, Belloubet sous le feu des critiques

Les blocages de prisons se poursuivaient mercredi matin partout en France, au dixième jour d'un mouvement massif des surveillants qui ne faiblit...
Public Sénat

Par Alexandre HIELARD avec les bureaux en régions

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les blocages de prisons se poursuivaient mercredi matin partout en France, au dixième jour d'un mouvement massif des surveillants qui ne faiblit pas et qui place la ministre de la Justice Nicole Belloubet sous le feu des critiques.

Face à cette mobilisation, les forces de l'ordre ont dû intervenir à Fresnes (Val-de-Marne) pour dégager les accès de la prison et permettre le transfert de Jawad Bendaoud à Paris où il doit être jugé pour avoir logé deux djihadistes du 13-Novembre.

Au lendemain de l'échec de négociations, le bras de fer continuait plus que jamais entre des syndicats déterminés à poursuivre ce mouvement sans précédent depuis vingt-cinq ans et la garde des Sceaux, en première ligne sur ce conflit qui s'enlise.

Les forces de l'ordre tentent de dégager l'accès à la prison de Marseille, le 24 janvier 2018
Les forces de l'ordre tentent de dégager l'accès à la prison de Marseille, le 24 janvier 2018
AFP

Les trois syndicats Ufap-Unsa, CGT et FO ont quitté mardi la table des négociations avec la Chancellerie, jugeant insuffisantes les propositions du gouvernement.

"La porte est ouverte pour reprendre le dialogue", indiquait-on mercredi matin au ministère de la Justice. Mais aucune rencontre n'était prévue avec les organisations syndicales alors que les opérations de blocage avaient repris partout en France.

Mercredi matin, 119 des 188 prisons françaises étaient ainsi "perturbées à des degrés divers" à 09H30 et "les agents refusent en particulier de prendre leur service dans 15 établissements", selon un bilan de la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP).

Face à l'impasse, les critiques se concentrent sur la ministre Nicole Belloubet, confrontée à son premier test politique d'envergure.

Après avoir claqué la porte des négociations, la CGT-Pénitentiaire (minoritaire) a assuré mercredi que la garde des Sceaux n'était "plus crédible sur ce dossier" et réclamait la nomination d'un médiateur.

La ministre a également fait l'objet d'un feu roulant venant des Républicains.

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur Renaud Muselier est allé jusqu'à exiger sa "démission", estimant qu'elle faisait preuve d'une "incompétence crasse" sur la chaîne Public Sénat.

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, s'adresse à la presse après une réunion avec les syndicats de surveillants de prison au ministère de la Justice, le 22 janvier 2018 à Paris
La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, s'adresse à la presse après une réunion avec les syndicats de surveillants de prison au ministère de la Justice, le 22 janvier 2018 à Paris
AFP

Le vice-président du parti, Damien Abad, a, lui, estimé sur Sud Radio que "la ministre, malheureusement, sur ce dossier-là, s'est +démonétisée+, et que donc la question doit être réglée au plus haut niveau".

- Chancellerie ou Matignon ? -

Tout en prenant la défense de la ministre, le patron des députés LREM Richard Ferrand a estimé que le dialogue devait reprendre "place Vendôme (au ministère de la Justice, ndlr) ou à l'Hôtel Matignon, où ce sera utile ou nécessaire".

"C'est la première fois qu'il y a un conflit dur entre une administration et des services publics" depuis le début de la présidence d'Emmanuel Macron mais "ce n'est pas une crise politique", a-t-il tenté de minimiser sur CNews.

Les surveillants de prison ont déclenché lundi 11 janvier leur mobilisation après l'agression de trois d'entre eux par un détenu jihadiste à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Les 28.000 gardiens de prison réclament de meilleures mesures de sécurité, notamment face aux détenus jihadistes ou radicalisés, des effectifs supplémentaires et une revalorisation indemnitaire.

Devant les prisons, la mobilisation ne faiblit pas. "C'est une situation similaire à ces deux derniers jours", avec, en particulier, "des tensions sur l'Île-de-France", a-t-on souligné à la DAP.

Pas moins de 17 unités de forces de l'ordre (soit 1.360 gendarmes mobiles et CRS) sont mobilisées à travers le pays pour maintenir l'ordre aux abords des prisons, a-t-on appris de sources sécuritaires.

Elles sont notamment intervenues mercredi pour évacuer des piquets de grève à Fleury-Mérogis (Essonne), plus grand centre pénitentiaire d'Europe, aux Baumettes à Marseille, Nanterre et Uzerche (Corrèze).

Dans les Hauts-de-France, "le mouvement se poursuit et se durcit sur l'ensemble des (17) établissements" de la région, a déclaré à l'AFP le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire, Alain Jégo.

Le mouvement était également très suivi dans le Sud-Est, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Centre-Val de Loire et en Nouvelle-Aquitaine. Dans cette dernière région comme partout en France, de nombreux surveillants se sont déclarés en congé maladie.

alh-burs-sva/jt

Partager cet article

Dans la même thématique

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le

Macron Sénat 3 ok
14min

Politique

[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffements, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après sa réélection historique en 2022, Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, l’obligeant à composer avec les LR pour obtenir des majorités. Le Sénat y trouvera son intérêt et un pouvoir d’influence. Après la dissolution manquée en 2024, la droite entre au gouvernement et fait partie de la majorité. L’opposant d’hier se retrouve aux côtés des macronistes, tout en gardant ses distances.

Le

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le