Privatisation d’ADP: les « Sages » statuent sur le projet de référendum
Le Conseil constitutionnel statue jeudi après-midi sur la conformité du référendum d'initiative partagée (RIP) déclenché par des parlementaires...

Privatisation d’ADP: les « Sages » statuent sur le projet de référendum

Le Conseil constitutionnel statue jeudi après-midi sur la conformité du référendum d'initiative partagée (RIP) déclenché par des parlementaires...
Public Sénat

Par Pierre ROCHICCIOLI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le Conseil constitutionnel statue jeudi après-midi sur la conformité du référendum d'initiative partagée (RIP) déclenché par des parlementaires contre la privatisation d'Aéroports de Paris, passage obligé dans le long processus avant la possible consultation de la population d'ici à plusieurs mois.

Quelque 250 députés et sénateurs de droite et de gauche (de LFI à LR, avec le soutien du RN) ont enclenché il y a un mois la procédure du référendum d'initiative partagée (RIP), introduite dans la Constitution en 2008 mais jamais utilisée, pour s'opposer à la privatisation controversée du groupe aéroportuaire. Celle-ci est inscrite dans la loi Pacte pour la croissance et la transformation des entreprises adoptée définitivement par le Parlement le 11 avril.

Ces élus ont déposé le 10 avril une proposition de loi référendaire qui prévoit dans son article unique que "l'aménagement, l'exploitation et le développement des aérodromes de Paris" - Roissy et Le Bourget -, "revêtent les caractères d'un service public national".

Le Conseil constitutionnel doit vérifier la conformité de la proposition aux règles d'organisation du référendum prévues par la Constitution.

Le texte déposé doit être "à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement" (185 sur 925), traiter d'un sujet portant notamment sur "la politique économique, sociale ou environnementale de la Nation et aux services publics qui y concourent" et être en conformité avec la Constitution.

Le capital du groupe Aéroport de Paris
La répartition des actionnaires du groupe ADP (Aéroport de Paris) au 31 décembre 2018
AFP

Il ne doit pas en outre "avoir pour objet ou conséquence l'abrogation d'une loi promulguée depuis moins d'un an".

Selon plusieurs constitutionnalistes interrogés par l'AFP, le RIP remplit bien les conditions énoncées et devrait être validé par le Conseil constitutionnel.

- Parcours d'obstacles -

Mais, si les "Sages" donnent leur feu vert, le parcours d'obstacles ne sera pas terminé. Il faut en effet la signature, par voie électronique, d'au moins 10% du corps électoral, soit 4,5 millions de personnes. Le recueil de ces soutiens citoyens est ouvert durant neuf mois.

Le Conseil constitutionnel intervient ensuite une seconde fois pour valider ces soutiens. Enfin, si la proposition de loi n'a pas été examinée au moins une fois par chacune des deux assemblées parlementaires dans un délai de six mois, le président de la République la soumet au référendum.

Cette décision doit intervenir alors que le président Emmanuel Macron a déclaré fin avril, en réponse à la crise des "gilets jaunes" qui réclament eux la mise en place d'une référendum d'initiative citoyenne (RIC), vouloir "aller plus loin sur le référendum d'initiative partagée" et abaisser le seuil de signatures à un million de citoyens.

Parallèlement à cette procédure référendaire, le Conseil constitutionnel a été saisi en avril de quatre autres recours contre le projet de loi Pacte et le projet de privatisation d'Aéroports de Paris (ADP) déposés par les députés de gauche de l'Assemblée (de LFI au PS), le groupe PS du Sénat et les groupes LR de l'Assemblée et du Sénat. Les "Sages" doivent les examiner dans le mois suivant leur dépôt.

Enfin, un collectif de la société civile regroupant des syndicats, associations, ONG et personnalités, s'est associé lundi aux recours parlementaires en utilisant la procédure dite de "la porte étroite" avec le dépôt au Conseil constitutionnel d'une contribution officieuse, appelée mémoire, qui permet à des "citoyens" de faire entendre leur voix.

Mise en ligne le 20 mars, une pétition contre la privatisation d'ADP a réuni à ce jour 34.000 signataires parmi lesquels l'association de lutte contre la corruption Anticor, les syndicats CGT-ADP, FO et UNSA, l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage et l'ancien président du Sénat Jean-Pierre Bel.

Aéroports de Paris (ADP), dont la loi Pacte doit ouvrir la voie à la vente totale ou partielle des 50,63% des parts détenues par l'Etat, est un leader mondial de la conception, de la construction et de l'exploitation d'aéroports. ADP pèse 17,4 milliards d'euros et s'est développé à l'international depuis 2012.

Partager cet article

Dans la même thématique

Privatisation d’ADP: les « Sages » statuent sur le projet de référendum
3min

Politique

Taxer les riches : « C’est totalement indécent cet accaparement de la richesse par quelques-uns au détriment du reste de la population », dénonce cette eurodéputée

Faut-il taxer davantage les plus fortunés ? Après avoir agité le débat en France, le sujet s’invite désormais dans les couloirs du Parlement Européen. Si imposer davantage les plus riches et des multinationales permettrait de renforcer le budget de l’Union, à quel prix et par quels moyens ? Caroline de Camaret et Alexandre Poussart reçoivent les eurodéputés Marina Mesure et Yvan Vergoustraete pour en débattre, dans l’émission Ici l’Europe diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

Privatisation d’ADP: les « Sages » statuent sur le projet de référendum
5min

Politique

Budget 2026 : le Sénat vote l’accélération de la suppression de la CVAE

Lors des débats budgétaires, la majorité sénatoriale a poursuivi sa politique de réduction des impôts, en accélérant la trajectoire de suppression de la CVAE, un impôt de production. La gauche dénonce une « irresponsabilité » budgétaire supplémentaire, qui diminue les recettes de l’Etat d’1 milliard en 2026 et de 3 milliards en 2028.

Le

Privatisation d’ADP: les « Sages » statuent sur le projet de référendum
4min

Politique

Centres-villes : « Je suis inquiet de voir que tous les commerces disparaissent. Que va devenir notre ville ? » L’appel d’un retraité aux sénateurs.

Jean-Claude Ducarois, 81 ans, retraité à Pont-de-Buislès, livre ses préoccupations. Dans sa commune du Finistère, le dernier commerce alimentaire, une petite supérette, a fermé ses portes quelques semaines seulement après la station-service. Comment inverser la tendance, et que peuvent les élus ? Quentin Calmet pose la question aux sénateurs invités de l’émission Dialogue citoyen.

Le

Mirecourt: French president Emmanuel Macron
6min

Politique

Macron veut interdire les portables au lycée : mesure qui « va dans le bon sens » ou « peine perdue » ?

Le chef de l’Etat a annoncé que les téléphones portables allaient « sans doute » être interdits dès la rentrée prochaine dans les lycées. C’est « faisable », soutient le sénateur Renaissance Martin Lévrier. « Il est incorrigible. C’est une annonce par jour pour exister », raille le sénateur LR Max Brisson, opposé à l’interdiction au lycée. « Une annonce un peu surréaliste » qui élude les vrais problèmes, dénonce la sénatrice PS Colombe Brossel.

Le