Prix de la grande distribution : passe d’armes entre Stéphane Travert et Michel-Edouard Leclerc
Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe éponyme, se sont affrontés avec virulence au sujet de l’augmentation des prix qui pourrait découler du relèvement à 10% du seuil de revente à perte, prévu par le projet de loi Agriculture et Alimentation.

Prix de la grande distribution : passe d’armes entre Stéphane Travert et Michel-Edouard Leclerc

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe éponyme, se sont affrontés avec virulence au sujet de l’augmentation des prix qui pourrait découler du relèvement à 10% du seuil de revente à perte, prévu par le projet de loi Agriculture et Alimentation.
Public Sénat

Par Alice Bardo

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« Les salopards qui veulent me transformer en anti-agriculteurs, je les renvoie à leurs cases, qu’ils soient ministres ou syndicalistes ». La charge est violente, elle vient de Michel-Edouard Leclerc. Le PDG des magasins éponymes n’a visiblement pas apprécié les propos tenus la veille, par le ministre de l’Agriculture. Invité de l’Audition publique, diffusée sur Public Sénat et LCP, Stéphane Travert avait accusé le patron du géant de la grande distribution « de prendre en otage les consommateurs » en affirmant que les prix allaient augmenter du fait du relèvement à 10% du seuil de revente à perte, prévu dans le projet de loi Agriculture et Alimentation (voir l'article Yann Quercia ici).

Cette mesure ne toucherait que les produits alimentaires, afin « que les marges sur les produits agricoles soient diminuées, pour faire en sorte que, demain, nos agriculteurs soient mieux rémunérés » explique le ministre. Il se veut rassurant auprès des consommateurs, martelant à l’envi que, pour autant, « les prix ne vont pas du tout augmenter ».

« La défense du pouvoir d’achat, c’est dans son ADN »

Pas de quoi convaincre le PDG du groupe Leclerc, qui assure que le relèvement à 10% du seuil de revente à perte « va coûter 1 milliard aux consommateurs ». « Tout à fait possible » de l’avis de Michel Raison, rapporteur du projet de loi Agriculture et Alimentation, qui précise que « d’une manière ou d’une autre, il va redonner cette somme aux consommateurs ». « La défense du pouvoir d’achat, c’est dans son ADN », abonde Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques.

« Ils se font enfumer »

Mais Michel-Edouard Leclerc a plus d’un argument en poche. Au-delà de l’impact négatif qu’il prédit sur le pouvoir d’achat des consommateurs – « à l’heure de la baisse du pouvoir d’achat, on nous demande de vendre plus cher » - il s’érige en défenseur des agriculteurs : « Ceux qui croient qu’augmenter les prix sur les grandes marques c’est pour aider les agriculteurs, ils se font enfumer ».

« Quelle garantie qu’en augmentant le prix du Perrier, ça va augmenter la marge des produits agricoles et retourner à l’éleveur du Finistère ? » interroge le patron du groupe Leclerc. Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques, avoue également ne pas comprendre comment le relèvement du seuil de revente à perte va permettre de dégager un revenu supplémentaire pour le producteur. Un constat que partage Michel Raison, pour qui la seule et unique solution serait de baisser les charges qui pèsent sur les agriculteurs.

« Vent de communication »

Le PDG des magasins Leclerc assure toutefois vouloir « prendre sa part de responsabilité en achetant plus cher au producteur ». « Nous sommes le canal par lequel les consommateurs vont acheter plus cher des produits de qualité, se vante-t-il. « Il se contredit : il dit qu’il ne veut pas que les prix augmentent mais il augmente les prix sur les produits agricoles » rétorque Michel Raison, pas dupe du « vent de communication ».

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, rappelle, quant à elle, qu’il faudrait « 1 euro par mois et par consommateur pour que les agriculteurs gagnent leur vie. » « C’est vrai que ce serait epsilonesque », confirme la sénatrice LR. De quoi contenter producteurs, consommateurs et distributeurs. Reste à trouver par quelle méthode y arriver.

Partager cet article

Dans la même thématique

Prix de la grande distribution : passe d’armes entre Stéphane Travert et Michel-Edouard Leclerc
4min

Politique

ArcelorMittal : « C’est un enjeu de souveraineté nationale qui doit dépasser les clivages partisans », alerte Sophie Binet

Adoptée de justesse à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à nationaliser les actifs stratégiques d’ArcelorMittal en France est examinée ce mercredi 25 février au Sénat, où elle devrait être rejetée. Inscrite dans la niche parlementaire des communiste, le texte relance un débat politique majeur sur la souveraineté industrielle, l’avenir de la sidérurgie française et le rôle de l’État face aux restructurations du groupe.

Le

Prix de la grande distribution : passe d’armes entre Stéphane Travert et Michel-Edouard Leclerc
6min

Politique

Nouvelle-Calédonie : le projet de loi constitutionnelle passe l’étape du Sénat

Mardi après-midi, le Sénat a adopté le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie, grâce aux voix de la majorité sénatoriale de droite et du centre. Le texte prévoit notamment la création d’un État calédonien inscrit dans la Constitution française. Mais ce scrutin est une victoire en trompe-l’œil pour le gouvernement qui va peiner à réunir la majorité des 3/5ème du Parlement réuni en Congrès, nécessaire pour approuver la révision constitutionnelle.

Le