Sébastien Lecornu, « personnalité de l’année »
Le prix de la « personnalité de l’année » revient à Sébastien Lecornu. Macroniste de la première heure, il est l’un des rares à avoir traversé sans encombre les remaniements successifs depuis 2022. Entré en politique très jeune, assistant parlementaire à 19 ans, conseiller ministériel à 22 ans, il devient en 2015 le plus jeune président de département, dans l’Eure, après avoir été maire de Vernon. À 31 ans, il entre au gouvernement et enchaîne les portefeuilles : Écologie, Collectivités territoriales, Outre-mer, puis Armées.
Son arrivée à Matignon, à l’automne, n’avait pourtant rien d’évident. Son premier gouvernement n’avait tenu que quelques heures. Mais Sébastien Lecornu s’est imposé comme un Premier ministre de crise, parvenant à franchir l’obstacle budgétaire, au prix de compromis assumés avec les socialistes. C’était d’ailleurs l’objectif assumé d’Emmanuel Macron en le nommant : doter la France d’un budget, coûte que coûte.
Olivier Rietman et Fabien Gay : « Les sénateurs de l’année »
Un duo inattendu, récompensé pour six mois de travaux menés tambour battant. Trente-trois dirigeants de grands groupes, de TotalEnergies à LVMH, en passant par Sanofi, Michelin ou Lactalis, ont été auditionnés. À l’arrivée, un chiffre qui a marqué les esprits : 211 milliards d’euros par an d’aides publiques aux entreprises. La commission, lancée à l’initiative du groupe communiste à l’hiver dernier, faisait suite aux annonces de suppressions d’emplois chez Michelin ou Auchan, malgré les soutiens publics perçus. Une commission d’enquête qui a remis la question de la contrepartie des aides au cœur du débat politique, à l’heure où les finances de l’État sont sous forte tension. Un travail qui a valu aux deux sénateurs cette récompense, dans ce que Yaël Braun-Pivet qualifiait l’an dernier de « festival de Cannes de la vie politique ».
« Révélation de l’année » : Sarah Knafo
À 32 ans, Sarah Knafo décroche le prix de la révélation. Eurodéputée Reconquête!, candidate à la mairie de Paris, ancienne auditrice à la Cour des comptes, elle s’est imposée comme l’un des visages montants de l’extrême droite. Proche d’Éric Zemmour, dont elle est la compagne, elle incarne une nouvelle génération politique, médiatiquement aguerrie et solidement diplômée.
Amélie de Montchalin, « ministre de l’année »
Le jury a désigné Amélie de Montchalin « ministre de l’année », récompensant son rôle central aux Comptes publics dans une période budgétaire particulièrement tendue. À 40 ans, cette fidèle du chef de l’État s’apprête à devenir première présidente de la Cour des comptes, une première pour une femme depuis la création de l’institution en 1807. Une nomination qui fait polémique.
Revenue au gouvernement pour piloter le délicat dossier budgétaire, elle a été de toutes les batailles parlementaires : projet de loi de finances, PLFSS, loi de finances de fin de gestion, parfois jusqu’à trois textes dans la même journée. Quatre portefeuilles ministériels en huit ans, Affaires européennes, Fonction publique, Transition écologique, Comptes publics, Emmanuel Macron lui confie maintenant la plus haute juridiction financière.
« Député de l’année » : Olivier Faure (PS)
Député et premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure est distingué pour avoir incarné la ligne du compromis dans une Assemblée sans majorité. « Gouverner, ce n’est pas commenter », résume-t-il en substance, défendant une stratégie de négociation souvent critiquée, mais assumée.
S’il a dénoncé le recours final au 49.3 sur le budget de l’État, après avoir obtenu de Sébastien Lecornu l’engagement initial d’y renoncer, Olivier Faure a néanmoins joué un rôle central dans la tempête budgétaire. Un mariage de raison s’est noué entre le chef des socialistes et le Premier ministre : deux trajectoires opposées, mais une même volonté de faire converger les positions pour éviter le blocage.
Hugo Biollay, « élu local de l’année »
À 24 ans, Hugo Biollay est récompensé comme « élu local de l’année ». Maire de Vinzieux, en Ardèche, depuis 2020, il avait été élu à seulement 18 ans, devenant l’un des plus jeunes édiles de France. Engagé dans la revitalisation de sa commune, il brigue aujourd’hui un deuxième mandat. Fort de l’expérience acquise, il incarne, selon le jury, une jeunesse engagée et ancrée dans le terrain.
« Européen de l’année » : Thierry Breton
Thierry Breton reçoit le prix de l’ »Européen de l’année » dans un contexte géopolitique tendu. Fin décembre, Washington a annoncé l’interdiction de séjour sur le territoire américain de cinq personnalités européennes, parmi lesquelles l’ancien commissaire européen au marché intérieur. Artisan du Digital Services Act (DSA), le cadre juridique destiné à réguler l’espace numérique européen, Thierry Breton s’est attiré l’hostilité des géants américains de la tech. Cette décision intervient alors que la Commission européenne a infligé une amende de 120 millions d’euros à la plateforme X, ravivant les tensions entre Bruxelles et Washington.
Les autres lauréats
Personnalité inspirante : Hong Wang, mathématicienne
Le jury du Trombinoscope est composé de journalistes et éditorialistes politiques, parmi lesquels Christophe Barbier (BFMTV), Perrine Tarneaud (Public Sénat), Emmanuel Kessler (LCP), Ludovic Vigogne (La Tribune), Nathalie Mauret (Groupe Ebra), Yves Thréard (Le Figaro), Brigitte Boucher (Franceinfo) et Monique Canto-Sperber, directrice de recherche émérite au CNRS.