Vinci Autoroutes augmentation du prix des peages
Credits : SYSPEO/SIPA

Profits des sociétés d’autoroutes : « Le Sénat avait vu juste »

Les chiffres d’affaires des quatre principales sociétés d'autoroutes s'envolent et donnent raison aux prévisions de la commission d'enquête du Sénat de 2020.  Presque vingt ans après la privatisation des autoroutes françaises, les actionnaires encaissent des surprofits colossaux. Dans un contexte d'économies drastiques, des sommes pareilles font tâche. 
Clémentine Louise

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Les dividendes versés aux actionnaires des quatre principales sociétés d’autoroutes devraient atteindre 76 milliards d’euros d’ici à 2036. C’est environ cinq fois le prix auquel l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, avait vendu ces parcelles publiques pour éponger les dettes de l’Etat en 2006. Présentée à l’époque comme “une bonne affaire pour l’Etat”, la privatisation, sans modification des contrats originels, apparaît aujourd’hui comme un raté politique.
Et pourtant, il y a cinq ans déjà, une commission d’enquête du Sénat alertait sur la hausse spectaculaire à venir du chiffre d’affaires des quatre principaux concessionnaires. “Le Gouvernement reste malheureusement immobile, malgré les promesses, sur un sujet sur lequel bouger serait pourtant populaire”, rapporte Vincent Delhaye dans un communiqué du 25 avril 2025.
Rapporteur du texte il y a cinq, le centriste annonce que le rapport sénatorial “avait vu juste”, les résultats 2024 confirment à l’euro près les calculs précédemment établis. Ainsi, le texte rappelait que l’objectif de rentabilité interne acté lors du rachat était fixé à 8%. Selon lui, ce seuil serait atteint en 2023 pour Vinci et fin 2024 pour Eiffage. C’est effectivement le cas.
Concrètement, cela signifie qu’à partir de ces dates les actionnaires ont engrangé, et c’est encore en cours, des surprofits. Ces derniers devraient même atteindre les 32 milliards d’euros, 20 pour Vinci, 12 pour Eiffage, à la fin des contrats. Une échéance prévue entre 2031 et 2036.
Le président de l’association des maires de France, David Lisnard, juge cette situation inacceptable, dans une interview pour Le Point.  “Après investissement, les sociétés d’autoroutes conservent une marge énorme, alors que des centaines de milliers de kilomètres de route sont en ruine.”
Le sénateur de l’Essonne, Vincent Delahaye, renchérit et interroge ces superprofits à l’heure où le gouvernement cherche 40 milliards d’euros pour éponger la dette publique française.

 Ce sont ces sommes colossales qui sont en jeu et dont il convient de discuter la répartition et l’affectation rapidement. D’autant plus dans la période actuelle, où l’on prend enfin conscience de l’état catastrophique de nos finances publiques. 

Vincent Delahaye, sénateur de l'Essonne (UDI)
Pour rappel, cette privatisation avait été actée pour faire face à la dette publique, à l’époque de 63% du PIB. Elle est de 113% aujourd’hui.
Vincent Delahaye rappelle les principales recommandations énoncées il y a cinq ans à l’issue de la commission d’enquête : “ne plus prolonger des contrats qui ne sont pas adaptés à des concessions de services publics”, et “la nécessité de préparer dès maintenant la fin des contrats qui s’étalera de 2031 à 2036.”

Partager cet article

Dans la même thématique

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le

Montants, modalités : comment est fixé la rémunération des ministres ?
6min

Politique

Montants, modalités : comment est fixée la rémunération des ministres ?

Sébastien Lecornu envisage de réduire l’indemnité mensuelle des membres du gouvernement, à titre d’exemplarité, dans une période où le budget 2027 va nécessiter des ajustements budgétaires forcément impopulaires. On fait le point sur les règles actuelles qui déterminent les montants perçus par les ministres.

Le

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le