Profits des sociétés d’autoroutes : « Le Sénat avait vu juste »
Les chiffres d’affaires des quatre principales sociétés d'autoroutes s'envolent et donnent raison aux prévisions de la commission d'enquête du Sénat de 2020. Presque vingt ans après la privatisation des autoroutes françaises, les actionnaires encaissent des surprofits colossaux. Dans un contexte d'économies drastiques, des sommes pareilles font tâche.
Les dividendes versés aux actionnaires des quatre principales sociétés d’autoroutes devraient atteindre 76 milliards d’euros d’ici à 2036. C’est environ cinq fois le prix auquel l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, avait vendu ces parcelles publiques pour éponger les dettes de l’Etat en 2006. Présentée à l’époque comme “une bonne affaire pour l’Etat”, la privatisation, sans modification des contrats originels, apparaît aujourd’hui comme un raté politique.
Rapporteur du texte il y a cinq, le centriste annonce que le rapport sénatorial “avait vu juste”, les résultats 2024 confirment à l’euro près les calculs précédemment établis. Ainsi, le texte rappelait que l’objectif de rentabilité interne acté lors du rachat était fixé à 8%. Selon lui, ce seuil serait atteint en 2023 pour Vinci et fin 2024 pour Eiffage. C’est effectivement le cas.
Concrètement, cela signifie qu’à partir de ces dates les actionnaires ont engrangé, et c’est encore en cours, des surprofits. Ces derniers devraient même atteindre les 32 milliards d’euros, 20 pour Vinci, 12 pour Eiffage, à la fin des contrats. Une échéance prévue entre 2031 et 2036.
Le président de l’association des maires de France, David Lisnard, juge cette situation inacceptable, dans une interview pour Le Point. “Après investissement, les sociétés d’autoroutes conservent une marge énorme, alors que des centaines de milliers de kilomètres de route sont en ruine.”
Le sénateur de l’Essonne, Vincent Delahaye, renchérit et interroge ces superprofits à l’heure où le gouvernement cherche 40 milliards d’euros pour éponger la dette publique française.
Ce sont ces sommes colossales qui sont en jeu et dont il convient de discuter la répartition et l’affectation rapidement. D’autant plus dans la période actuelle, où l’on prend enfin conscience de l’état catastrophique de nos finances publiques.
Vincent Delahaye, sénateur de l'Essonne (UDI)
Pour rappel, cette privatisation avait été actée pour faire face à la dette publique, à l’époque de 63% du PIB. Elle est de 113% aujourd’hui.
Vincent Delahaye rappelle les principales recommandations énoncées il y a cinq ans à l’issue de la commission d’enquête : “ne plus prolonger des contrats qui ne sont pas adaptés à des concessions de services publics”, et “la nécessité de préparer dès maintenant la fin des contrats qui s’étalera de 2031 à 2036.”
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