Depuis les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans dans le Jura, Sébastien Lecornu a clos un dossier en souffrance depuis 3 ans. La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui définit la feuille de route énergétique de la France jusqu’en 2035.
« La PPE3 fixe un cap clair : accroître la production énergétique décarbonée notamment électrique et réduire la consommation d’énergies fossiles », indique le document de présentation de la PPE. La PPE3 prévoit ainsi une relance du nucléaire, avec la mise en service de six réacteurs nucléaires EPR et huit supplémentaires en option. Une rupture par rapport à la précédente PPE (2019-2024), qui prévoyait de fermer 14 réacteurs. Le gouvernement vise « une optimisation » du parc existant dès 2030 et une production de 380 à 420 terawatt-heure (TWh) contre 320 en 2023.
Concernant les énergies renouvelables, la PPE mise sur une accélération de l’éolien en mer. Les filières de l’éolien terrestre et du solaire subissent, elles, la stagnation de la demande d’électricité, avec des objectifs en baisse par rapport à ce que prévoyait la version de la PPE soumise à la consultation du public en mars dernier.
Le secteur du renouvelable est néanmoins soulagé de l’absence de moratoire sur ces énergies comme l’avait voté l’Assemblée en juin 2025 sous l’impulsion du RN (Lire notre article)
La PPE a pour axe central d’accroître la production énergétique et de réduire la consommation d’énergies fossiles. « En 2023, nous consommions près de 60 % d’énergie finale fossile. Notre objectif est de n’en consommer plus que 40 % en 2030 », souligne le document, cité plus haut.
« Stratégie de pollution du débat »
La PPE qui va être publiée dans un décret au Journal officiel vendredi matin, a donné lieu à de fortes critiques de la part de la droite et de l’extrême droite. Sur X, la présidente du groupe RN de l’Assemblée, Marine Le Pen a, une nouvelle fois, chiffré la PPE à 300 milliards d’euros. « Mais c’est sans aucun doute bien davantage », a-t-elle ajouté avant de mettre « au défi » défi Sébastien Lecornu « de démontrer devant le Parlement le contraire ». L’été dernier, le RN avait mis la pression sur le gouvernement, menaçant François Bayrou d’une censure si le Premier ministre ne reprenait pas ses propositions dans la PPE. Une menace que le parti de Jordan Bardella n’a pas mise à exécution, jusque-là.
Dans le détail, le chiffre de 300 milliards avancé depuis plusieurs mois par la formation d’extrême droite correspondrait à des investissements dans les réseaux, qu’elle chiffre à environ 200 milliards d’euros et le soutien aux énergies renouvelables et au biométhane estimé à environ 100 milliards.
« Les élus du RN ont bien réussi leur stratégie de pollution du débat. Ils sont parvenus à imposer ce chiffre de 300 milliards. Et on doit passer notre temps à le débunker alors que, pour ma part, je préférerais qu’on m’interroge sur le processus d’élaboration du plan d’électrification du pays, un levier clé pour la décarbonation, la souveraineté énergétique et économique et la résilience géopolitique », s’agace Andreas Rüdinger, chercheur au programme énergie-climat de IDDRI, (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales).
En ce qui concerne les 200 milliards avancés par le RN censés correspondre à des investissements dans les réseaux, Andreas Rüdinger rappelle qu’il s’agit en fait « d’adapter les réseaux existants au changement climatique, à l’électrification, aux nouvelles capacités électriques que ce soit nucléaire, renouvelable ou l’éolien offshore ».
« Le RN va se mettre à dos tout le secteur industriel qui attend l’électrification »
Nicolas Goldberg, responsable du pôle énergie de Terra Nova, confirme. « Oui, déclarer qu’on va mettre 200 milliards pour l’investissement des réseaux, c’est malhonnête. Si l’on est en faveur de l’électrification du pays, il faut de toute façon, renouveler les réseaux à moins d’avoir une vision obscurantiste, pro-énergie fossile. C’est là où on a du mal à comprendre la stratégie du Rassemblement national, car il va se mettre à dos tout le secteur industriel qui attend l’électrification, ça représente beaucoup d’emplois. Et d’ailleurs, je remarque aussi que le RN ne prend pas en compte, dans son calcul, les 6 nouveaux EPR qui, avec le coût de financement, avoisineront les 100 milliards ».
« Cette transition énergétique ne se fait pas dans le vide non plus. Elle a pour but de réduire l’importation des énergies fossiles. Il faut faire un calcul systémique en comparant le coût de cette transition aux économies faites sur l’achat d’énergies fossiles. Les projets locaux d’électrification créent aussi de l’emploi et la croissance, des recettes pour l’Etat », ajoute Andreas Rüdinger.
Reste les 100 milliards d’euros de soutien aux renouvelables chiffrés par le RN. « Ce sont des chiffres issus du Comité de gestion des charges de service public de l’électricité (CGCSPE). Cet organisme fait des rapports réguliers sur les charges de la contribution du service public au soutien de l’électricité. Dans ses rapports, il chiffre le surcoût de soutien au renouvelable avec plusieurs scénarios en fonction d’un prix du marché bas, moyen ou haut. Le RN reprend le scénario avec les prix du marché bas, et donc un coût de compensation plus élevé pour l’Etat », analyse Andreas Rüdinger.
Contrairement à Matignon qui a évalué le coût de la PPE, en fonction de plusieurs scénarios de prix de l’énergie. S’ils sont bas, cela coûtera à l’État de l’ordre de 115 milliards d’euros sur 45 ans. S’ils sont hauts, le gain sera alors de 35 milliards pour les finances publiques.