Projet de loi agricole : « Où est la vision de l’agriculture ? Il n’y a aucune stratégie environnementale », tacle Stéphane Le Foll

Alors que le gouvernement présente aujourd’hui en conseil des ministres son projet de loi d’orientation agricole, Stéphane Le Foll (PS), ancien ministre de l’Agriculture, critique le gouvernement et pointe son absence de vision sur le long terme.
Henri Clavier

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Promis par le gouvernement pour apporter une réponse structurelle à la crise agricole, le projet de loi fait de la souveraineté agricole un “intérêt général majeur”, propose de simplifier les normes applicables ou encore de faciliter le renouvellement des générations d’agriculteurs. “C’est une réponse à l’actualité réelle, agricole”, avance Stéphane Le Foll, maire socialiste du Mans, qui considère, cependant, que le texte résulte de “la pression qu’exerce la FNSEA depuis le début de cette crise”.

 

Un exécutif sans vision sur l’agriculture

 

“On va mettre dans la loi qu’on veut une agriculture souveraine ? Qu’est-ce que c’est que la souveraineté alimentaire ? Est-ce que c’est le rapport entre ce que je produis et ce que j’exporte ?” s’interroge Stéphane Le Foll tout en pointant les différentes manières d’interpréter la “souveraineté alimentaire”. Pour l’ancien ministre de l’Agriculture, renforcer la production ne débouche pas nécessairement sur une souveraineté agricole et souligne la nécessité, pour une agriculture productiviste, d’importer massivement des engrais azotés. “Il n’y a pas de souveraineté sans agroécologie. L’agroécologie, c’est fait pour baisser les coûts de production”, explique Stéphane Le Foll.

Si le socialiste se réjouit de voir le gouvernement proposer un texte sur l’agriculture, Stéphane Le Foll pointe le faible engagement de l’exécutif sur le sujet depuis quatre ans. Sans remettre en cause l’utilité d’un texte sur le sujet, Stéphane Le Foll regrette que le traitement des sujets agricoles se soit limité aux lois Egalim qui selon lui sont “quatre fois la même loi”. De manière générale, le maire du Mans déplore les hésitations de l’exécutif sur l’agriculture, notamment par rapport au glyphosate dont Emmanuel Macron soutenait l’interdiction lors de son élection en 2017, avant de changer d’avis. “Où est la vision de l’agriculture ? [Il n’y a] aucune stratégie environnementale, les normes se sont empilées,  parce qu’il n’y a pas de projet qui organise la transition vers l’agroécologie”, déplore l’ancien ministre de l’agriculture. Le projet de loi du gouvernement prévoit d’assouplir les normes sur les haies et fait l’impasse sur l’utilisation des produits phytosanitaires. Le gouvernement doit aussi présenter, prochainement, la nouvelle version du plan Ecophyto, qui vise la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires après les critiques des agriculteurs concernant la trajectoire actuelle.

 

“Il faudrait un vrai débat public structuré techniquement, scientifiquement”

 

Un manque de vision sur le long terme dû à la faible qualité du débat public sur l’agriculture, estime le maire du Mans. “Il faudrait un vrai débat public structuré techniquement, scientifiquement”, avance Stéphane Le Foll qui rejette les projets de mégabassines. Pour l’ancien ministre de l’Agriculture, ce système de retenues d’eau est en partie illusoire et pourrait compromettre les réserves des nappes phréatiques, alors que le projet de loi du gouvernement prévoit de raccourcir les délais d’autorisation de construction des mégabassines.

En revanche, l’ancien ministre de François Hollande défend le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, le CETA. Stéphane Le Foll défend cet accord, rejeté par le Sénat le 21 mars, qu’il juge innovant. “Dans le CETA, que l’on avait négocié, il y avait un sujet majeur, la reconnaissance par un pays d’Amérique du Nord des indications géographiques protégées”, rapporte le maire du Mans. Cette appellation (IGP), permet de relier le produit à son origine géographique et représente alors une forme de garantie de qualité pour le consommateur. Pour Stéphane Le Foll, les opposants ont cédé à un “opportunisme lié au climat” politique. “Dans l’ambiance générale, on vote contre, c’est très politicien, mais pas stratégique”, poursuit l’ancien ministre qui met en garde le groupe LR au Sénat et son président Bruno Retailleau qui s’est opposé à la ratification du traité.

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