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Projet de loi immigration : Éric Ciotti au chevet d’une droite sénatoriale de plus en plus agacée par les critiques des députés LR

Le président des LR, Éric Ciotti, était au Sénat mardi matin pour appeler les parlementaires de son parti à « l’unité ». Les critiques des députés LR sur le projet de loi immigration adopté mi-novembre par la majorité sénatoriale de droite et du centre ont nourri un vif agacement au Palais du Luxembourg. Au point que certains hésiteraient même à rompre leur rattachement au parti.
Romain David

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Trop, c’est trop. Le ton monte du côté des sénateurs Les Républicains où les critiques de leurs collègues députés sur le projet de loi immigration, en particulier celles d’Aurélien Pradié, ont de plus en plus de mal à passer. Selon une information de Politico, une dizaine d’élus de droite au Palais du Luxembourg menaceraient de rompre leur rattachement à LR si la direction ne prend pas des mesures contre le turbulent député, ce qui ne serait pas sans conséquence sur le financement du parti. « Le rattachement financier est un moyen de pression, ou du moins de discussions. Moi-même j’ai hésité », souffle à Public Sénat l’un des poids lourds de la droite sénatoriale. « Il est certain que quand un parti va mal… », soupire le sénateur Roger Karoutchi qui évoque surtout une forme de négligence administrative de la part de certains élus. « Le papier de rattachement a été oublié sur le coin d’un bureau. Mais je suis certain qu’à l’arrivée, ils ne seront pas plus de trois ou quatre à manquer à l’appel », nuance-t-il.

Les critiques des députés sur le travail des sénateurs

Un peu moins d’un an après l’épisode des retraites, au cours duquel Aurélien Pradié a fait monter les enchères avec l’exécutif sur le dispositif carrières longues – pour finir par faire capoter l’accord que le gouvernement espérait décrocher avec les députés LR -, l’élu du Lot tire désormais à boulets rouges sur le projet de loi immigration. En particulier sur la copie adoptée par le Sénat le 14 novembre et la réécriture de l’article 3, sur la régularisation des travailleurs sans papiers dans les secteurs en tension. « Une reculade » selon l’ancien vice-président des LR, malgré les nombreux durcissements apportés par la Chambre haute. « Je ne suis pas sénateur, je suis député et la position que je porte d’intransigeance sur le sujet de l’immigration, c’est une position que beaucoup de députés Républicains vont porter dans les jours qui viennent », a-t-il taclé sur franceinfo.

Notons que le président du groupe à l’Assemblée, Olivier Marleix, a également rappelé qu’il était opposé à toute mesure de régularisation, laissant ainsi entendre qu’il n’entendait pas se satisfaire du projet de loi tel que retouché par la Chambre haute.

Dans une tribune publiée ce dimanche, 17 députés LR ont toutefois apporté un soutien tacite aux travaux du Palais du Luxembourg, se disant à prêts à voter un texte proche de la version du Sénat. Ce mercredi, les députés du groupe Les Républicains ont fini par approuver à l’unanimité une motion par laquelle ils s’engagent à rejeter tout texte sur l’immigration qui serait « dégradé » par rapport à la copie sénatoriale.

Le nerf de la guerre

Il n’empêche, les propos tenus par les uns et les autres continuent de faire grincer des dents dans les couloirs du Palais du Luxembourg, où la réécriture de l’article 3 a fait l’objet d’intenses tractations entre le gouvernement, les LR et les centristes qui, sur cette question, ne défendaient pas la même position que leurs partenaires de droite. Les sénateurs LR attendent d’Éric Ciotti, le président du parti, qu’il siffle la fin de la récréation, et fasse notamment rentrer Aurélien Pradié dans le rang. À cette fin, la question financière est une manière de presser la direction.

Dans le cadre du financement de la vie politique, les sénateurs doivent informer chaque année le bureau du Sénat de leur parti de rattachement. Le temps presse : les derniers retardataires ont jusqu’au jeudi 30 septembre pour se mettre en règle. Or, ce rattachement détermine en partie le montant de la dotation publique attribuée chaque année à LR.

Le financement public des partis politiques dépend pour moitié du score réalisé aux législatives. Pour prétendre à un financement, un parti qui a présenté des candidats doit avoir obtenu au moins 1 % des voix dans 50 circonscriptions différentes. L’autre moitié des fonds attribués par l’Etat est calculée en fonction du nombre total de parlementaires élus. L’enjeu est de première importance pour LR, car si le nombre de ses députés n’a cessé de se réduire comme peau de chagrin depuis une dizaine d’années – ne comptant plus que 62 élus dans la législature actuelle -, le parti de la rue de Vaugirard conserve toujours la main sur le Sénat avec 133 sièges. À raison d’une dotation de 37 400 euros par tête, le groupe LR du Sénat représente donc une manne financière de près de 5 millions d’euros.

« Vider notre sac nous a fait du bien »

Mardi, le patron des LR a fait le déplacement jusqu’au Palais du Luxembourg pour assister à la réunion de groupe des élus LR et tenter d’apaiser les esprits. « Cette réunion était pour que l’on puisse s’expliquer. Les sénateurs ont fait un excellent travail sur le texte immigration. Ils n’ont pas supporté qu’un certain nombre de députés remettent en cause leur travail. Il était important qu’Éric Ciotti vienne s’expliquer pour reconnaître le travail exceptionnel des sénateurs ! », a détaillé Bruno Retailleau au micro de Public Sénat. Un élu ose même parler de « psychothérapie » : « Vider notre sac nous a fait du bien. Nous sommes de bons petits soldats, on encaisse mais au bout d’un moment, stop ! »

Mardi, le patron des LR a fait le déplacement jusqu’au Palais du Luxembourg pour assister à la réunion de groupe des élus LR et tenter d’apaiser les esprits. « Cette réunion était pour que l’on puisse s’expliquer. Les sénateurs ont fait un excellent travail sur le texte immigration. Ils n’ont pas supporté qu’un certain nombre de députés remettent en cause leur travail. Il était important qu’Éric Ciotti vienne s’expliquer pour reconnaitre le travail exceptionnel des sénateurs ! », a détaillé Bruno Retailleau au micro de Public Sénat. Un élu ose même parler de « psychothérapie » : « Vider notre sac nous a fait du bien. Nous sommes de bons petits soldats, on encaisse mais au bout d’un moment, stop ! »

Neuf sénateurs ont pris la parole devant le député des Alpes-Maritimes, notamment pour brocarder le travail de sape d’Aurélien Pradié. Parmi lesquels Dominique de Legge, Jacqueline Eustache-Brinio ou encore Laurent Burgoa. Contacté par Public Sénat, ce dernier n’a pas voulu revenir sur la teneur de son intervention. « Je suis sénateur, et moins bavard que Monsieur Pradié », balaye-t-il. « Aujourd’hui, la situation de LR ne nous permet plus de tolérer ce genre de comportement. Il y a toujours eu des courants au sein de notre parti, mais là les choses vont bien au-delà », s’agace Jacqueline Eustache-Brinio. « Aurélien Pradié n’existe qu’en disant du mal de sa famille politique. Il est toujours dans les coups, n’apporte rien de constructif. Et nous savons tous comment il a été élu : grâce à des accords avec la gauche ! », tempête une autre parlementaire.

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