French President  holds security meeting
French Interior Minister Gerald Darmanin holds a press conference following a security council at the Elysee Palace in Paris, France,16 October 2023.//04SIPA_1.804/Credit:YOAN VALAT-POOL/SIPA/2310170838

Projet de loi immigration : Gérald Darmanin multiplie les gestes vers Les Républicains

L’examen du projet de loi immigration débutera le 6 novembre au Sénat. En quête de majorité et dans le contexte de l’attentat d’Arras, Gérald Darmanin présente son texte comme une réponse au terrorisme et durcit ses positions pour séduire la droite.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Quelques jours après l’attentat d’Arras, l’exécutif passe à la vitesse supérieure pour faire adopter son projet de loi immigration, désormais présenté comme une solution pour renforcer la lutte contre le terrorisme en France. Après son examen au Sénat prévu pour le 6 novembre, le gouvernement a annoncé mardi que le texte serait présenté à l’Assemblée nationale en décembre et non plus au début de l’année 2024.

Au lendemain de l’attaque, le ministre de l’Intérieur faisait part des obstacles législatifs qui avaient selon lui empêché l’expulsion du terroriste d’Arras, pourtant fiché S. Le 16 octobre, lors d’un point presse, Gérald Darmanin affirmait par ailleurs que : « Le texte immigration tel que nous l’avons proposé et adopté par la commission des lois du Sénat, nous aurait permis d’obtenir la levée des protections du terroriste d’Arras ». C’est désormais sur ce terrain que le ministre joue pour trouver une majorité permettant l’adoption de son texte, quitte à le durcir pour attirer des voix de la droite.

Expulsion pour « non-respect des valeurs républicaines »

Le 17 octobre, le ministère de l’Intérieur a fait savoir que Gérald Darmanin « réfléchit à une disposition » permettant le retrait du titre de séjour pour motif d’adhésion « à une idéologie jihadiste radicale ». La loi sur les titres de séjour prévoit aujourd’hui leur retrait en cas de « menace pour l’ordre public » ou de commission de délits graves.

Le futur projet de loi prévoit une possibilité de retrait du titre pour non-respect des principes de la République : « La liberté personnelle, la liberté d’expression et de conscience, l’égalité entre les femmes et les hommes, la dignité de la personne humaine, la devise et les symboles de la République ». Le ministre de l’Intérieur souhaite ainsi ajouter aux motifs de retrait celui de l’adhésion au jihadisme. Concrètement, Beauvau donne l’exemple du cas de quelqu’un qui aurait « dans son téléphone une photo de décapitation de l’Etat islamique ».

Allongement de la durée des rétentions administratives

Le ministre envisage également de repousser la durée maximale de rétention administrative des étrangers en situation irrégulière, s’ils sont « fichés S ou délinquants ». Actuellement, le placement en centre de rétention administrative (CRA) ne peut excéder 3 mois, elle passerait à 18 mois avec la proposition de Gérald Darmanin.

Transformation de l’aide médicale d’État

Le 7 octobre, dans les colonnes du Parisien, Gérald Darmanin annonçait être favorable à la transformation de l’aide médicale d’Etat (AME), dispositif destiné à permettre un accès gratuit aux soins qui bénéficie aujourd’hui à 410 000 étrangers sans papiers, en aide médicale d’urgence.

En mars dernier, lors de l’examen du projet de loi immigration en commission des lois, la droite sénatoriale proposait déjà la transformation de cette aide. Dans son rapport, elle invite à la recentrer « sur la prise en charge de la prophylaxie et du traitement des maladies graves et des douleurs aiguës, des soins liés à la grossesse, des vaccinations réglementaires et des examens de médecine préventive ».

Pour le moment, cette transformation de l’AME ne fait pas consensus au sein de l’exécutif. Le 10 octobre, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran assumait « un vrai désaccord » avec le ministre de l’Intérieur sur le sujet. Deux jours avant, Elisabeth Borne annonçait le lancement d’une mission de réflexion sur l’AME, pour évaluer si des adaptations du dispositif sont nécessaires.

Un recul sur les titres de séjour « métiers en tension » ?

Véritable ligne rouge pour Les Républicains, l’article 3 du projet de loi immigration prévoit la création d’un titre de séjour pour les travailleurs sans-papiers dans les “métiers en tension”, qui peinent à trouver de la main d’œuvre.

Face aux contestations de la droite, la majorité affirmait jusqu’à présent le maintien de cette mesure, mais elle est en train de revoir sa copie. « Là-dessus, je pense qu’il y a un compromis intelligent à trouver », affirmait déjà Emmanuel Macron lors d’un entretien sur France 2 et TF1 le 24 septembre dernier.

Le ministère de l’Intérieur, cité par l’AFP, annonce que le sujet pourrait faire l’objet d’une circulaire ultérieure. L’article 3 serait alors largement amoindri et viserait à « faire sauter le verrou de l’employeur » qui doit aujourd’hui donner son autorisation pour permettre la régularisation d’un employé.

Insuffisant pour Eric Ciotti

Invité dans la matinale de CNEWS et Europe 1 ce mercredi 18 octobre, le président des Républicains Éric Ciotti ne semble pour autant pas satisfait de cette main tendue de l’exécutif. Il accuse le ministre de l’Intérieur d’une forme d’instrumentalisation de l’attentat d’Arras pour trouver une majorité : « Il y a une forme d’indécence à utiliser cette tragédie pour pousser un texte dont on connaît les failles, les limites et les imperfections. »

Pour marquer son désaccord avec le texte du gouvernement, le patron de la droite annonce par ailleurs que Les Républicains soumettront leur propre proposition de loi constitutionnelle sur l’immigration à l’Assemblée nationale le 7 décembre prochain, lors de leur niche parlementaire. La proposition est également inscrite à l’ordre du jour du Sénat, pour le 12 décembre. Avec l’accélération du calendrier des débats du projet de loi, la fin d’année risque d’être tendue entre Les Républicains et la majorité.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le