Projet de loi immigration : « On ne peut pas dealer avec les LR », avertit Renaud Muselier

Le gouvernement pourrait renoncer au volet régularisation de son projet de loi sur l’immigration afin d’obtenir le soutien des LR, qui ont fait de cette mesure une ligne rouge. Invité de la matinale de Public Sénat, Renaud Muselier, le président de la région PACA, estime que les dissensions qui agitent son ancienne famille politique compliquent toute tentative d’accord.
Romain David

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Des parlementaires de gauche et une partie de la majorité ont voulu faire entendre une seule et même voix, à travers une tribune commune publiée par le journal Libération, dans laquelle ils appellent le gouvernement à maintenir le volet régularisation du projet de loi immigration, dont l’examen débutera au Sénat le 6 novembre. « Je ne l’aurais pas signée, mais je comprends son sens », a commenté Renaud Muselier, le président de la région PACA, qui a quitté les rangs LR pour soutenir Emmanuel Macron.

« On est sur un principe moral, défendu dans une tribune politique signée par des gens [de la majorité] avec une sensibilité de gauche, qui se marient avec des gens d’extrême gauche. Cela me pose un problème puisque, sur le plan pratique, ce sont aussi leurs pires adversaires à l’Assemblée nationale », pointe l’élu, qui était l’invité ce mercredi 13 septembre de « Bonjour chez vous », la matinale de Public Sénat.

La surenchère des LR

Cette tribune se veut un contre-feu aux menaces de la droite, très critique depuis plusieurs mois sur le projet du gouvernement, et qui menace de faire capoter la constitution d’une majorité autour du texte si l’exécutif maintient la régularisation des travailleurs sans papiers dans les secteurs en tension. Dans les colonnes du Figaro, Olivier Marleix, le chef de file des députés LR, est allé jusqu’à évoquer la possibilité d’une motion de censure, estimant qu’elle n’était « ni un totem de virilité, ni un tabou ». « Je n’ai jamais vu un parti dépenser autant d’énergie à lutter contre ses propres idées », soupire Renaud Muselier.

« Ce ne sont pas les travailleurs intégrés qui posent des problèmes de sécurité »

Pour permettre l’adoption du projet de loi, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, lui-même issu des rangs de la droite, pourrait donc renoncer à une partie du texte. « Monsieur Darmanin est un homme politique qui doit faire voter ses lois, s’il a besoin de trouver des équilibres, peut-être est-ce un moyen », explique Renaud Muselier qui assure, pour sa part, ne pas avoir de difficulté avec le versant socio-économique du texte.

« La réalité c’est que des étrangers dans ce pays travaillent, dans nos bars, nos restaurants, nos hôtelleries, nos vignes… Il n’y a pas de raison que ceux qui cotisent ne soient pas acceptés », déclare-t-il. « Nous avons des immigrés en situation irrégulière qui travaillent, qui ne demandent qu’à être intégrés et à respecter les lois françaises. Ce ne sont pas les travailleurs intégrés qui posent des problèmes de sécurité, de trafic ou de malveillance », défend encore cet ancien secrétaire d’Etat aux Affaires européennes.

« Le groupe LR à l’Assemblée est un canard sans tête »

Pour Renaud Muselier, tabler sur le soutien des LR pour faire passer le texte constitue une prise de risque dans la mesure où le groupe à l’Assemblée nationale est traversé d’importantes dissensions. « Le groupe LR à l’Assemblée est un canard sans tête. Ils ne savent pas dans quelle direction ils vont », tacle-t-il. « On ne peut pas dealer avec eux. Le chef n’est pas écouté ou ne tient pas ses troupes, que ce soit Monsieur Marleix ou Monsieur Ciotti. On l’a vu avec la réforme des retraites », rappelle-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
7min

Politique

Affaire Lyhanna : vers une commission d’enquête au Sénat sur les « dysfonctionnements de la justice » ?

La commission des lois du Sénat pourrait prochainement se doter des prérogatives d’une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna. Selon les informations recueillies par Public Sénat, la présidente de la commission, Muriel Jourda, devrait proposer dès mercredi 10 juin à ses collègues d’engager cette démarche

Le

PARIS: Conference de presse de Gerald Darmanin Gardes des Sceaux Ministre de la Justice
6min

Politique

Affaire Lyhanna : l’idée de Gérald Darmanin de redonner à la Chancellerie un pouvoir d’instruction dans les affaires individuelles, « hasardeuse et contreproductive », selon les juristes

Auditionné par la commission des lois du Sénat, sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin a évoqué l’idée de revenir sur l’interdiction pour le garde des Sceaux de donner des instructions dans les affaires individuelles. Une possibilité qui existait jusqu’en 2013, avant la réforme sur l’indépendance du parquet.

Le

Paris : Session of questions to the government at National Assembly
3min

Politique

Affaire Lyhanna : perpétuité pour les viols en série, enquêtes plus rapides…  les premières réponses de Sébastien Lecornu

Après avoir réuni plusieurs ministres ce mardi matin dans le sillage de l’affaire Lyhanna, Sébastien Lecornu veut renforcer les peines pour les violeurs en série et imposer un délai d’enquête de trois mois lorsque l’auteur d’un crime sur enfant est identifié. Deux mesures, parmi d’autres, qui seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants.

Le

Projet de loi immigration : « On ne peut pas dealer avec les LR », avertit Renaud Muselier
2min

Politique

Affaire Lyhanna : Muriel Jourda n’écarte pas « un problème structurel qui a pu conduire à ce drame épouvantable »

Après l’audition du ministre de la Justice et du ministre de l’Intérieur sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, la présidente de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda (LR) évoque la possibilité « d’un problème structurel » dans le fonctionnement du service public de la justice. Elle préconise d’attendre le passage en revue des 70 000 plaintes pour crime et délit concernant des enfants d’ici la fin du mois de juillet, pour se prononcer.

Le