Projet de loi sur les polices municipales : « Il faut faire attention que ce qui a été ajouté est bien constitutionnel », prévient Laurent Nunez

L’extension de la liste des délits constatés par les policiers municipaux et les gardes champêtres s’apprête à être votée ce mardi 10 février au Sénat. Au cœur de ce texte, la possibilité pour les agents de verbaliser un certain nombre de délits pris sur le fait. Le Sénat a étendu le nombre d’infractions de neuf à une quinzaine, telles que l’occupation illicite de halls d’immeuble ou le port d’armes blanches. Le ministre de l’Intérieur, qui se félicite de débats « très constructifs », espère cependant que certains amendements votés par le Sénat, n'engendrent pas une censure du Conseil constitutionnel.
Guillaume Cros

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, plus de 28 000 agents sont sollicités par plus de 3 000 collectivités, une hausse de 45 % entre 2012 et 2023. Ils sont au centre de la réforme des polices municipales et des gardes champêtres, qui est soumise au vote ce mardi 10 février par les sénateurs. Elle élargit le champ des compétences de ces agents avec la création d’une amende forfaitaire délictuelle (AFD) pour seize infractions. Ils pourront désormais interpeller des individus pour occupation illicite de halls d’immeuble, outrage sexiste et sexuel, vente à la sauvette ou encore usage de stupéfiants.

Gare à la censure

Le projet de loi est à l’initiative du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez qui s’est félicité des « débats très constructifs dans un esprit consensuel » sur le plateau de Public Sénat ce mardi. Amendé en commission des lois, le texte est largement soutenu par la majorité sénatoriale et les groupes du bloc central. Les sénateurs y avaient ajouté des nouveaux délits : la conduite sans permis ou sans assurance, le port d’armes blanches, la pénétration sur une aire de compétition sportive et l’introduction de boissons alcoolisées dans une enceinte sportive.

Ces amendements, ils sont approuvés en partie par le gouvernement. « Cette liste nous convient », déclare Laurent Nunez chez Public Sénat, avant de faire preuve de prudence. « Il y a eu des précédents textes concernant la police municipale qui ont été retoqués par le Conseil constitutionnel. Ça serait dommage d’avoir une censure », met en garde le patron de la place Beauvau.  

A titre d’exemple, les policiers municipaux et les gardes champêtres n’auront pas le droit de verbaliser des individus récidivistes. « Il faut donc qu’ils aient accès à un certain nombre d’informations auprès des policiers nationaux et des gendarmes », développe Laurent Nunez. Hormis ce « calage technique », il considère que « la plupart des ajouts n’ont pas soulevé de difficultés » et attend avec hâte le passage du texte à l’Assemblée nationale. 

La crainte d’une sécurité à deux vitesses

Une réforme vivement critiquée par la gauche sénatoriale qui dénonce le risque d’un désengagement de l’Etat. Cécile Cukierman, la présidente du groupe communiste, s’inquiétait d’un « glissement progressif des compétences régaliennes vers les collectivités ». En réponse, le ministre de l’Intérieur rétorque que les édiles exerceront pleinement leur compétence : « Ce n’est pas l’Etat qui se décharge, ce sont les polices municipales qui jouent leur rôle ».

En outre, il rappelle que le projet de loi laisse aux communes leur libre-arbitre pour solliciter leurs agents sur ces nouveaux délits. Un risque d’une sécurité à deux vitesses au gré des décisions municipales ? « En soi, c’est déjà le cas dans le déploiement du nombre de policiers municipaux qui revient au maire », conclut Laurent Nunez. Ce dernier ne croit pas à une détérioration des rapports entre les policiers municipaux et les citoyens avec l’acquisition de ces prérogatives à but répressif.  

Partager cet article

Dans la même thématique

Projet de loi sur les polices municipales : « Il faut faire attention que ce qui a été ajouté est bien constitutionnel », prévient Laurent Nunez
5min

Politique

Guerre en Iran : l’Europe victime collatérale ?

Avec la guerre en Iran, l’Europe encaisse le choc d’un conflit qu’elle n’a pas voulu mais qu’elle subit. Si les 27 sont globalement prudents dans leur réaction aux frappes américano-israéliennes, ils montrent des hésitations dans leur réponse. Une chose est sûre : les prix du pétrole et du gaz flambent et les Européens cherchent le moyen de limiter les dégâts de ce choc énergétique. Alors, comment l’Union européenne peut-elle relever le défi de cette nouvelle crise ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D) et Isabel Wiseler-Lima (Luxembourg, PPE).

Le

Second round legislative election-Dijon
11min

Politique

Municipales : les points chauds à suivre dimanche pour le premier tour

De Paris, que la gauche tente de conserver face à la droite de Rachida Dati, à Lyon, où les écologistes sont menacés par Jean-Michel Aulas, en passant par Le Havre, où Edouard Philippe joue son avenir, ou encore Nice, où Eric Ciotti et Christian Estrosi se mènent une guerre fratricide, tour d’horizons des principales villes à suivre pour le premier tour des municipales.

Le

Élections municipales 2026 : l’incertitude de l’ampleur du rebond de la participation
5min

Politique

Élections municipales 2026 : l’incertitude sur l’ampleur de la participation

Après une forte abstention lors des dernières élections municipales de 2020, le scrutin de dimanche devrait être marqué par un rebond logique de la participation. L’ampleur du retour des électeurs dans les urnes fait partie des grandes inconnues. Certains instituts rappellent que le déclin de la mobilisation est devenu structurel depuis les années 90.

Le