Protection des données personnelles : les ajouts du Sénat
Mercredi 21 mars, les sénateurs ont adopté le projet de loi relatif à la protection des données personnelles. Retour sur les principales modifications apportées par les sénateurs.

Protection des données personnelles : les ajouts du Sénat

Mercredi 21 mars, les sénateurs ont adopté le projet de loi relatif à la protection des données personnelles. Retour sur les principales modifications apportées par les sénateurs.
Public Sénat

Par Jules Duribreu

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Jusqu’à aujourd’hui, la sécurité des données des citoyens français était garantie par la Loi Informatique et Libertés qui date de 1978. Le projet de loi pour la protection des données personnelles, voté au Sénat, mercredi 21, doit renforcer les droits des citoyens et la responsabilité des entreprises. Ce projet de loi, issu de la nécessité d’adapter le droit français à un règlement européen sur le sujet, a été profondément remanié par le Sénat.

Secret des algorithmes

La commission des lois du Sénat a adopté, mercredi 14 mars, un amendement visant à rendre nulle toute décision administrative qui ne ferait mention explicite de l’usage d’algorithmes dans le processus de décision. Cet amendement vise avant tout à contraindre les administrations à se conformer à la loi numérique de 2016.

En outre, les sénateurs socialistes ont eux aussi déposé un amendement, adopté en  séance contre l’avis du gouvernement, sur le sujet. Il s’agit ici de rendre public automatiquement tout algorithme utilisé par une administration.

Chiffrement des données

Ici aussi, sur ce point, la vision du gouvernement diverge de celle du Sénat. Les sénateurs ont en effet adopté, contre l’avis du gouvernement, un amendement visant à instaurer, pour les sites traitant des données, une obligation de chiffrement des données. Le chiffrement permettant, normalement, de garantir une meilleure sécurisation des échanges, une manière d’inciter les sites à protéger la confidentialité et la sécurité des données des utilisateurs.  Les sénateurs estiment en effet que « le chiffrement de bout en bout où seules les personnes autorisées à accéder aux données ont la clef limite considérablement les risques d’intrusion. »

Transparence de traitement des données scolaires

Le Sénat, par le biais d’un amendement, déposé puis retiré en première lecture à l'Assemblée nationale, souhaite inscrire dans le Code de l'Éducation nationale le principe de la transparence du traitement des données scolaires.

Il s'agit ici pour les sénateurs de garantir une meilleure protection des élèves du premier et du second degré. « À l'heure de l'accélération de l'école du numérique, il est primordial de protéger les jeunes publics d'une utilisation frauduleuse de leurs données et d'assurer, par tous les moyens possibles, la préservation de leur vie privée. »

Publicité des décisions de justice

Le gouvernement souhaitait mettre en libre accès les décisions de justice, les sénateurs eux, souhaitent anonymiser au maximum les juges, avocats ou parties au procès, au nom de « la liberté d’appréciation des juges et de l’impartialité des juridictions. » Une initiative dénoncée par le gouvernement, dont l'amendement sur ce sujet a été rejeté, estimant « qu”il s’agit là d’un objectif impossible à atteindre, sauf à enlever des parties entières des décisions de justice avant leur diffusion au public. Elles seraient alors complètement illisibles. »

Linky : pas de refus possible

La sénatrice LR de Gironde, Florence Lassarade a décidé de déposer un amendement permettant « aux consommateurs de s’opposer expressément » à ces compteurs Linky. Ces compteurs “intelligents” sont installés massivement par Enedis qui souhaite moderniser son parc de compteurs électriques. Problème, ces compteurs sont jugés par certains comme intrusifs en termes de données personnelles, coûteux pour les consommateurs, voire dangereux en raison des ondes qu’ils émettent. Pour autant, cet amendement visant à instaurer un “droit d’opposition” pour le consommateur a été rejeté par le Sénat.

Droit de consultation de la CNIL

Le projet de loi donne droit au président de l’Assemblée nationale ou du Sénat de saisir la CNIL pour consultation « sur toute proposition de loi ou sur toute disposition d’une proposition de loi relative à la protection ou au traitement des données à caractère personnel».

Le sénateur Alain Marc a souhaité, sans succès, étendre cette faculté à 60 députés ou 60 sénateurs. « Il s'agit ainsi de mettre en place une initiative de saisine parlementaire de la CNIL, fondamentale au renforcement de la participation citoyenne à la vie publique. »

Objets connectés

Les sénateurs, avec cet amendement, se saisissent de la problématique des objets connectés. Ces derniers sont souvent décriés pour leur manque de sécurité, notamment en matière de données personnelles. En ce sens, l’amendement adopté en séance prévoit un dispositif de labellisation pour les objets connectés. « Cette labellisation, qui sera mise en œuvre par la CNIL, constitue une assurance pour les usagers que les objets répondent à des exigences élevées en matière de sécurité et de confidentialité de leurs données personnelles. »

Données personnelles dans la Santé

Le Sénat s’est également penché sur l'encadrement des données de santé qui souffrent jusqu'ici d’un relatif vide juridique. Les données de santé sont désormais comprises comme étant les « données à caractère personnel relatives à la santé physique ou mentale d’une personne physique, y compris la prestation de services de soins de santé, qui révèlent des informations sur l’état de santé de cette personne ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le