Après Luc Carvounas et Emmanuel Maurel, Stéphane Le Foll et Olivier Faure se sont à leur tour lancés mardi dans la bataille pour prendre la tête du PS, faisant ressurgir le spectre de la guerre des ego dans un parti aux abois.
Le député de la Sarthe et ancien porte-parole du gouvernement, âgé de 57 ans, a fait part de sa décision dans une interview au Maine Libre.
"J'ai donc décidé de relever le défi, ou plutôt les défis qui sont face à nous, en présentant un projet devant les militants", a déclaré M. Le Foll, à quelques semaines de la clôture des candidatures pour le poste de premier secrétaire, le 27 janvier.
Le président du groupe PS à l'Assemblée s'est pour sa part déclaré mardi soir au cours d'une réunion rassemblant plusieurs dizaines de socialistes issus de l'ancienne majorité du PS à Solférino. Il devrait faire part publiquement de sa candidature dans Le Monde mercredi, selon un de ses partisans.
Deux hommes étaient déjà sur les rangs, le député Luc Carvounas, ancien lieutenant de Manuel Valls, et le député européen Emmanuel Maurel, représentant de l'aile gauche du parti.
L'annonce de M. Le Foll a été diversement accueillie par ses camarades. Si l'ancien ministre du Travail François Rebsamen a salué une "bonne nouvelle pour les socialistes", le trésorier du parti Jean-François Debat s'est montré beaucoup moins enthousiaste.
"La refondation du Parti socialiste et de la gauche ne passera pas par des parcours individuels, mais par le retour du collectif et un vrai renouvellement. On ne bâtira pas l’avenir sur le passé. Chacun de ceux qui +y pensent+ devraient y songer avant de +se lancer+ seuls...", a ironisé sur Twitter ce membre de la direction collégiale du PS.
- + Concours de beauté + -
"Il faut se rassembler, ce n'est pas un concours de beauté", a intimé sur RFI le coordinateur du PS Rachid Temal, appelant à ce que "la majorité sortante (...) n'ait qu'un seul candidat".
Mais en l'absence d'un poids lourd qui emporte la décision, comme Bernard Cazeneuve ou Najat Vallaud-Belkacem, la perspective d'une candidature unitaire de l'ancienne motion A (soutenue par Jean-Christophe Cambadelis et majoritaire au congrès de Poitiers en 2015) semble de plus en plus illusoire.
M. Temal lui-même n'exclut pas d'être candidat, tout comme le conseiller régional et ami de François Hollande Julien Dray.
Si Stéphane Le Foll peut se targuer d'une plus grande notoriété que ses concurrents, sa candidature est loin de faire l'unanimité, y compris parmi les "Hollandais". "Stéphane Le Foll ne peut pas incarner le renouveau du PS", tranche un ancien député. "Il a été dix ans le directeur de cabinet de François Hollande, il défend sans discernement le quinquennat, je ne pense pas qu'aujourd'hui il puisse incarner ce à quoi aspire les militants du PS", argumente-t-il.
Autre grief: Stéphane Le Foll fait partie des quelques députés PS qui n'ont pas eu à affronter de candidat LREM lors des législatives. "Il a été épargné par le roi en vertu d'un accord dont on ne connaît pas les fondements. Il est difficile de demander à des troupes de suivre un général qui n'a pas combattu", raille cette source.
Devançant ces critiques, M. Le Foll se revendique dans Le Maine libre "dans l'opposition" au chef de l'Etat, et rappelle qu'il a voté "contre le budget". Interviewé par RMC et BFMTV, il s'est par ailleurs dit opposé à la circulaire Collomb sur le recensement des migrants et à la baisse du nombre de parlementaires.
"Il existe une autre voie que celle de l'injustice sociale", a déclaré le chef de file des députés PS Olivier Faure
AFP/Archives
Pour beaucoup de responsables du PS, Olivier Faure est aujourd'hui celui qui peut le mieux prétendre à rassembler les siens, même s'il a comme M. Le Foll longtemps collaboré avec François Hollande lorsqu'il était premier secrétaire. "La bonne personne c'est Faure. Il a su conserver la distance nécessaire par rapport au quinquennat (...) En se présentant, Stéphane Le Foll s'expose à faire perdre une deuxième fois François Hollande", dit un de ses partisans.
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