Quand Crépy-en-Valois était « sous cloche » avant l’heure
Deux semaines avant sa généralisation en France, la petite ville de Crépy-en-Valois (Oise) connaissait en "avant-première" une ébauche de vie...

Quand Crépy-en-Valois était « sous cloche » avant l’heure

Deux semaines avant sa généralisation en France, la petite ville de Crépy-en-Valois (Oise) connaissait en "avant-première" une ébauche de vie...
Public Sénat

Par Zoé LEROY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Deux semaines avant sa généralisation en France, la petite ville de Crépy-en-Valois (Oise) connaissait en "avant-première" une ébauche de vie confinée à la suite du décès d'un enseignant, première victime française du coronavirus. "On nous prenait pour des pestiférés", se souviennent aujourd'hui des habitants.

Tout commence avec le décès de ce professeur de technologie au collège Jean-de-La-Fontaine, Dominique V., 60 ans, dans la nuit du 25 au 26 février à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Il ne revenait pas d'une zone à risque et les autorités ne savent pas comment il a été contaminé : une enquête a été ouverte pour retrouver le "patient zéro", à l'origine de la contamination.

Les écoles ont été fermées, mais plus généralement les rassemblements ont été interdits dans le département du 29 février au 14 mars
Les écoles ont été fermées, mais plus généralement les rassemblements ont été interdits dans le département du 29 février au 14 mars
AFP/Archives

Mais pour tenter d'enrayer l'avancée du virus, le premier arrêté de Louis Le Franc, préfet de l'Oise, tombe rapidement : "Rassemblements interdits dans le département du 29 février au 14 mars". Lui-même est placé à l'isolement "par précaution".

Les manifestations sont interdites tout comme certains marchés. Et dans neuf communes "cluster" du département, dont Crépy-en-Valois, les établissements scolaires ferment et les habitants sont invités à limiter leurs déplacements.

"Il nous était demandé de contenir au maximum cette pandémie pour qu'elle ne déborde pas des limites de l'Oise", se souvient aujourd'hui le préfet. D'emblée, "cela a permis de marquer les esprits, de faire comprendre à la population qu'il fallait traiter ce sujet avec fermeté".

Le marché de Crépy-en-Valois le 1er mars 2020
Le marché de Crépy-en-Valois le 1er mars 2020
AFP/Archives

"Ce fut le choc, mais c'était compréhensible... Si on avait laissé la pandémie éclater, combien de morts on aurait aujourd'hui ?", questionne Jean-Luc, un habitant de Crépy-en-Valois.

Quand "la propagation du virus" a dépassé les limites de l'Oise et que "les arrêtés ministériels sont venus se substituer aux arrêtés préfectoraux", les habitants avaient déjà "pris le pli de ces mesures coercitives", pense le préfet.

- "Persona non grata" -

Jeudi, 190 habitants de l'Oise étaient décédés du coronavirus dans les établissements hospitaliers et 82 dans les Ehpad, selon la préfecture. Pour Crépy-en-Valois, le maire, Bruno Fortier, refuse de donner les chiffres.

Dans cette commune de 15.000 habitants, face à la forte hausse des décès début mars, les pompes funèbres et l'église décident d'organiser les enterrements directement au cimetière en comité restreint.

Un bénitier vide, le 2 mars en l'église de Crépy-en-Valois, l'une des conséquences des mesures de lutte contre la propagation du nouveau coronavirus
Un bénitier vide, le 2 mars en l'église de Crépy-en-Valois, l'une des conséquences des mesures de lutte contre la propagation du nouveau coronavirus
AFP/Archives

"Les familles qui perdaient un proche de la maladie, étaient déjà en détresse, mais en plus elles ont dû subir les jugements extérieurs portés sur le défunt, considéré comme un pestiféré", s'attriste Guillaume Deveaux, prêtre à Crépy-en-Valois.

"Chez nous, tout a commencé quinze jours avant... Nous étions en première ligne et nous en sommes très marqués", témoigne le maire, lui-même guéri du coronavirus. "Nous étions considérés comme des pestiférés : des employeurs parisiens ont dit à leurs salariés Crépynois, +Tu habites à Crépy, ne viens plus travailler+, cela a été terrible."

"Les gens étaient vraiment agacés d'être mis de côté, mes apprentis ont même été refusés dans leur centre de formation", rapporte Xavier, gérant d'une pâtisserie dans le centre-ville.

"Les entreprises de l'Oise étaient persona non grata en dehors du département, dans le domaine du bâtiment, certaines ont eu des marchés reportés... Les personnes considéraient que les gens de l'Oise étaient potentiellement tous porteurs du virus", confirme le préfet. "Dès lors que le sujet a pris une dimension nationale, l'Oise a été fondue dans la masse, mais il y a eu ce premier coup de lame très violent."

Maintenant, "nous sommes tous dans la même barque, condamnés à la même chose", relativise le maire qui a engagé une désinfection des lieux publics.

L'Ehpad de Crépy-en-Valois, le 2 mars 2020
L'Ehpad de Crépy-en-Valois, le 2 mars 2020
AFP/Archives

Il souligne aussi un "léger mieux" ces derniers jours à l’hôpital et dans les Ehpad de la ville où la situation est pour l'heure "stabilisée".

Mais "les habitants continuent d'avoir peur, ils sont masqués, gantés, ils attendent que le client précédent sorte pour entrer...", témoigne Arnaud, un boucher.

"J'ai été amené à gérer des crises compliquées dans ma carrière, mais jamais aussi longue et sans avoir la perspective d'une sortie du tunnel", conclut le préfet.

Partager cet article

Dans la même thématique

Session of questions to the government at the National Assembly
2min

Politique

Budget : Sébastien Lecornu a choisi le recours au 49.3

Après un week-end de réflexion, le Premier ministre va annoncer en Conseil des ministres le recours au 49.3 pour faire passer le budget 2026. Après avoir concédé de nombreux gestes en direction des socialistes, Sébastien Lecornu a obtenu de leur part un accord de non-censure. Le chef du gouvernement revient donc sur son engagement de ne pas avoir recours à cet article, mais évite la voie plus brutale des ordonnances.

Le

Formal opening session of the Court of Cassation
5min

Politique

Budget des collectivités : le gouvernement tend la main au Sénat en proposant un effort contenu aux alentours de 2 milliards d’euros

Dans la dernière ligne droite du marathon budgétaire 2026, le gouvernement ne souhaite pas prolonger plus que nécessaire la navette parlementaire en cas de recours à l’article 49.3. Pour que les sénateurs ne reviennent pas sur la copie qui serait validée par l’Assemblée, le gouvernement a limité l’effort demandé aux collectivités « un marqueur du Sénat ».

Le

Quand Crépy-en-Valois était « sous cloche » avant l’heure
3min

Politique

Municipales à Paris : « Je regrette qu'on ne soit pas unis derrière la candidature de Rachida Dati », expose Aurore Bergé

À quelques semaines des élections municipales 2026, les rangs macronistes avancent en ordre dispersé à Paris. Aurore Bergé, ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, soutient Rachida Dati. « C’est elle qui peut gagner », estime la responsable sur Public Sénat ce lundi. Une position contraire à celle de son parti, Renaissance, qui s’est allié au candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel.

Le