Quand la famille LR lave son linge sale au détour du budget
Accusations de reniement, voire de trahison, d'un côté, critiques sur des postures caricaturales de l'autre: la joute budgétaire...

Quand la famille LR lave son linge sale au détour du budget

Accusations de reniement, voire de trahison, d'un côté, critiques sur des postures caricaturales de l'autre: la joute budgétaire...
Public Sénat

Par Isabelle CORTES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Accusations de reniement, voire de trahison, d'un côté, critiques sur des postures caricaturales de l'autre: la joute budgétaire engagée au Parlement multiplie les illustrations de fracture entre les députés LR d'"opposition" et les deux ministres de Bercy ralliés à Emmanuel Macron.

"Monsieur le ministre, on vous croyait gaulliste social, vous voilà macroniste libéral", "monsieur Macron, si vous m'entendez, rendez nous Gérald Darmanin", a lancé mercredi Daniel Fasquelle, candidat à la présidence de LR et député du Pas-de-Calais, critiquant mercredi un budget "injuste" qui "oppose les Français".

"Libéral, c'est une insulte?", a demandé le ministre des Comptes publics, toujours membre de LR, en attendant le résultat de sa procédure d'exclusion pour avoir rallié Emmanuel Macron.

Alors que les orateurs LR, à commencer par le président de la commission des Finances Eric Woerth, n'ont cessé de déplorer des économies insuffisantes, Gérald Darmanin les a interpellés: "À part la suppression massive des emplois publics (...), où sont vos propositions d'économie?", "je n'entends que des demandes de dépenses".

Des députés LR ont notamment proposé la suppression totale de l'ISF et de remonter le plafond du quotient familial.

Et "j'ai un scoop pour vous, monsieur le président de la commission des Finances: nous avons un cœur et nous aimons autant que vous les enfants, les oiseaux, les arbres et les logements décents", a ironisé cet ancien élu du Nord.

"Tout ce que vous réclamiez pendant des années, Eric Woerth, nous le faisons... alors soutenez-nous!", a exhorté le ministre de l'Economie désormais LREM Bruno Le Maire début octobre lors des questions au gouvernement, évoquant le remplacement de l'ISF par un impôt sur la fortune immobilière, les baisses de la fiscalité du capital ou de l'impôt sur les sociétés.

La nouvelle donne macroniste réveille aussi des rancoeurs tenaces et des inimitiés personnelles.

A l'unisson des chefs de file LR, Isabelle Valentin a dénoncé mardi lors des questions au gouvernement un "matraquage fiscal", aux dépens selon elle des "retraités, classes moyennes, familles, collectivités".

- Un budget "savonnette" -

Mais "si nous appliquions votre projet, qui prévoyait une augmentation de 2 points du taux de TVA" et auquel "tous les candidats à la primaire n'étaient pas favorables", "tous les retraités (...) verraient leur fiscalité augmenter de 300 euros", a riposté Gérald Darmanin, en allusion au programme de François Fillon.

Et d'ajouter: "Je suis sûr que Laurent Wauquiez, à qui vous avez succédé sur les bancs de cet hémicycle, vous en a parlé". "Elle a été élue au suffrage universel, sans jamais, elle, trahir ni ses amis ni ses idées!", a riposté Daniel Fasquelle.

A Damien Abad, un ancien membre de son équipe de campagne pour la primaire qui assurait l'aimer bien "au fond" mais l'exhortait à "revenir à (sa) proposition originelle" de supprimer complètement l'ISF, Bruno Le Maire a répondu vendredi: "Moi aussi, je vous aime bien".

"Il y a la vie politique et la vie tout court, et la seconde est plus importante que la première", a ensuite glissé le ministre.

D'autres règlements de compte avaient émaillé les échanges en commission.

Face au réquisitoire d'Eric Woerth, Bruno Le Maire avait lancé à cet ancien ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy que "la dernière fois que nous avons respecté nos engagements de déficit public, c'était sous Dominique de Villepin" à Matignon.

Glacial, il avait rappelé à ce "cher Eric" que les ministres des Finances européens avaient été "un peu ébahis de voir débarquer un président de la République" français en 2008, pour leur dire que "tous ces engagements européens n'avaient aucune importance".

Les députés LREM apprécient cette partition contre LR du "couple assez solide Darmanin-Le Maire", selon la formule de l'un d'eux. "Pour LR, notre budget est une savonnette, ils sont très perturbés", voire "perdus", et derrière "la technique" de quelques "cadors" comme Gilles Carrez, "à un niveau politique ils racontent n'importe quoi", juge un élu de la majorité.

Partager cet article

Dans la même thématique

Service National Universel
7min

Politique

SÉRIE D’ÉTÉ - Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? Le Service national universel (SNU), enterré avant d’avoir été généralisé

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce premier épisode : le Service national universel (SNU), un programme d’engagement au service de la nation, à l’attention des jeunes, et directement inspiré du service militaire.

Le

Documentaire Paris le mystère du palais disparu de Stéphane Jacques
5min

Politique

Paris, le mystère d’un palais disparu

Les promeneurs, touristes ou Parisiens qui déambulent sur le parvis de Notre-Dame, s’imaginent-ils qu’à quelques pas de là se dressait au Moyen Âge, l’une des plus somptueuses résidences d’Europe ? Et surtout, comment, six siècles plus tard, le tout premier palais de nos rois, bâti sur l’île de la Cité, au beau milieu de la capitale, a-t-il pu devenir ce fantôme de l’Histoire ? Dans son documentaire Le mystère du palais disparu, Stéphane Jacques retrace l’enquête menée par un trio de scientifiques spécialistes de la reconstitution numérique.

Le

Quand la famille LR lave son linge sale au détour du budget
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Illustrations – Reseaux Sociaux – France
5min

Politique

Ingérences électorales : faut-il sanctionner les réseaux sociaux ? 

Après trois opérations de désinformation en quelques jours ciblant des candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle, Sébastien Lecornu a rappelé que la lutte contre les ingérences était une priorité. La gauche appelle le gouvernement à en faire plus et à sanctionner les réseaux sociaux participant à la diffusion.

Le