Quand la famille LR lave son linge sale au détour du budget
Accusations de reniement, voire de trahison, d'un côté, critiques sur des postures caricaturales de l'autre: la joute budgétaire...

Quand la famille LR lave son linge sale au détour du budget

Accusations de reniement, voire de trahison, d'un côté, critiques sur des postures caricaturales de l'autre: la joute budgétaire...
Public Sénat

Par Isabelle CORTES

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Accusations de reniement, voire de trahison, d'un côté, critiques sur des postures caricaturales de l'autre: la joute budgétaire engagée au Parlement multiplie les illustrations de fracture entre les députés LR d'"opposition" et les deux ministres de Bercy ralliés à Emmanuel Macron.

"Monsieur le ministre, on vous croyait gaulliste social, vous voilà macroniste libéral", "monsieur Macron, si vous m'entendez, rendez nous Gérald Darmanin", a lancé mercredi Daniel Fasquelle, candidat à la présidence de LR et député du Pas-de-Calais, critiquant mercredi un budget "injuste" qui "oppose les Français".

"Libéral, c'est une insulte?", a demandé le ministre des Comptes publics, toujours membre de LR, en attendant le résultat de sa procédure d'exclusion pour avoir rallié Emmanuel Macron.

Alors que les orateurs LR, à commencer par le président de la commission des Finances Eric Woerth, n'ont cessé de déplorer des économies insuffisantes, Gérald Darmanin les a interpellés: "À part la suppression massive des emplois publics (...), où sont vos propositions d'économie?", "je n'entends que des demandes de dépenses".

Des députés LR ont notamment proposé la suppression totale de l'ISF et de remonter le plafond du quotient familial.

Et "j'ai un scoop pour vous, monsieur le président de la commission des Finances: nous avons un cœur et nous aimons autant que vous les enfants, les oiseaux, les arbres et les logements décents", a ironisé cet ancien élu du Nord.

"Tout ce que vous réclamiez pendant des années, Eric Woerth, nous le faisons... alors soutenez-nous!", a exhorté le ministre de l'Economie désormais LREM Bruno Le Maire début octobre lors des questions au gouvernement, évoquant le remplacement de l'ISF par un impôt sur la fortune immobilière, les baisses de la fiscalité du capital ou de l'impôt sur les sociétés.

La nouvelle donne macroniste réveille aussi des rancoeurs tenaces et des inimitiés personnelles.

A l'unisson des chefs de file LR, Isabelle Valentin a dénoncé mardi lors des questions au gouvernement un "matraquage fiscal", aux dépens selon elle des "retraités, classes moyennes, familles, collectivités".

- Un budget "savonnette" -

Mais "si nous appliquions votre projet, qui prévoyait une augmentation de 2 points du taux de TVA" et auquel "tous les candidats à la primaire n'étaient pas favorables", "tous les retraités (...) verraient leur fiscalité augmenter de 300 euros", a riposté Gérald Darmanin, en allusion au programme de François Fillon.

Et d'ajouter: "Je suis sûr que Laurent Wauquiez, à qui vous avez succédé sur les bancs de cet hémicycle, vous en a parlé". "Elle a été élue au suffrage universel, sans jamais, elle, trahir ni ses amis ni ses idées!", a riposté Daniel Fasquelle.

A Damien Abad, un ancien membre de son équipe de campagne pour la primaire qui assurait l'aimer bien "au fond" mais l'exhortait à "revenir à (sa) proposition originelle" de supprimer complètement l'ISF, Bruno Le Maire a répondu vendredi: "Moi aussi, je vous aime bien".

"Il y a la vie politique et la vie tout court, et la seconde est plus importante que la première", a ensuite glissé le ministre.

D'autres règlements de compte avaient émaillé les échanges en commission.

Face au réquisitoire d'Eric Woerth, Bruno Le Maire avait lancé à cet ancien ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy que "la dernière fois que nous avons respecté nos engagements de déficit public, c'était sous Dominique de Villepin" à Matignon.

Glacial, il avait rappelé à ce "cher Eric" que les ministres des Finances européens avaient été "un peu ébahis de voir débarquer un président de la République" français en 2008, pour leur dire que "tous ces engagements européens n'avaient aucune importance".

Les députés LREM apprécient cette partition contre LR du "couple assez solide Darmanin-Le Maire", selon la formule de l'un d'eux. "Pour LR, notre budget est une savonnette, ils sont très perturbés", voire "perdus", et derrière "la technique" de quelques "cadors" comme Gilles Carrez, "à un niveau politique ils racontent n'importe quoi", juge un élu de la majorité.

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