Dans l’antre des ministères : quand les cabinets prennent le pouvoir
Gravitent autour du nouveau président de nombreux conseillers, pour la plupart énarques et passés par le privé. Mais qui sont ces hommes de l’ombre qui entretiennent une relation étroite avec l’Élysée ? Alors que le président publiait récemment un décret pour réduire le nombre de collaborateur par cabinet, qu’en est-il de ce troisième pouvoir des conseillers qui concurrence celui des élus et de l’administration ? Le Prince peut-il vraiment se passer de ses énarques ? Éclairage au cœur du pouvoir sur le plateau d’Un Monde en docs.

Dans l’antre des ministères : quand les cabinets prennent le pouvoir

Gravitent autour du nouveau président de nombreux conseillers, pour la plupart énarques et passés par le privé. Mais qui sont ces hommes de l’ombre qui entretiennent une relation étroite avec l’Élysée ? Alors que le président publiait récemment un décret pour réduire le nombre de collaborateur par cabinet, qu’en est-il de ce troisième pouvoir des conseillers qui concurrence celui des élus et de l’administration ? Le Prince peut-il vraiment se passer de ses énarques ? Éclairage au cœur du pouvoir sur le plateau d’Un Monde en docs.
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Le « Trio » exécutif

Au regard des liens qu’ils nouent avec les hautes sphères du pouvoir, les cabinets ministériels sont des acteurs à part entière de la vie politique. Entre mythe et réalité, quelle est cette classe dirigeante qui trône au centre du pouvoir ? Sur quels critères est constituée cette caste souvent qualifiée de calibrée et formatée car sortie des mêmes écoles ? Pierre Jacquemain, ancien conseiller de la ministre du travail, Myriam El Khomri, explique au sujet du gouvernement fraîchement constitué d’Emmanuel Macron que « sont nommés des gens qui ont des compétences à des postes de ministres ou de conseillers mais cela, non pas pour pouvoir inventer ou innover des programmes mais parce qu’ils ont des compétences de gestion. L’architecture présentée aujourd’hui par Emmanuel Macron est très gestionnaire [...] C’est un schéma de pensée qui a été appris dans les grandes écoles du type l’ENA et c’est pour cela qu’on les met aux postes des plus hautes responsabilités ».
À Marion L’Hour, coauteur avec Frédéric Says de Dans l’enfer de Bercy d’appuyer l’assertion de Bruno Le Maire selon laquelle « la France […] est une monarchie technocratique ». Cette journaliste à France Inter affirme qu’ « effectivement, [les conseillers] sont très poussés par l’administration. En tout cas, c’est le cas de Bercy où chaque direction a son poulain pour entrer dans le cabinet ». La raison ? « Les ministres tournent très vite donc ils ont besoin de s’appuyer sur des gens compétents qui forcément viennent de l’administration […] et ils ne sont pas  forcément nommés sur leur compétence […] ».

En plus du caractère gestionnaire de ces cellules grises, il semble que les cabinets du pouvoir exécutif jouent un rôle de contrôle, vraie « cellule » de l’Élysée. Cette idée pose alors la question de la légitimité démocratique à savoir : qui gouverne vraiment ? Les ministres sont-ils réduits à n’être que de simples pantins face non seulement à l’influence des conseillers mais plus encore, à l’autorité de l’administration ? Pierre Jacquemain revient sur son expérience au sein du ministère du travail dont il a claqué la porte en 2016. Il évoque une administration omniprésente qui conduit à une « dépolitisation » des cabinets ministériels. Concernant les cabinets du nouveau gouvernement, « ils ont été façonnés avant même que les ministres n’aient été nommés », nous dit-il. Ainsi, tout porte à croire que loin d’être neutres et impartiaux, les conseillers sont engagés dans un rapport triangulaire avec le ministre et le chef de l’administration.

Bercy beaucoup !

L’anecdote que révèle Marion L’Hour témoigne d’ailleurs de l’autorité de l’administration : « la loi Macron c’est l’exemple type de ces mesures qui ont été transmises par l’administration. C’est-à-dire qu’Arnaud Montebourg l’a trouvée dans « les tiroirs de l’administration ». Il a commencé à la mettre en œuvre et il l’a passée ensuite à Emmanuel Macron qui ne l’a pas beaucoup changée. Il a lui-même appliqué ce que lui demandait son administration ».

Alors quid de la volonté d’Emmanuel Macron de réduire le nombre de conseillers de cabinets ? Vœu pieu ou probité ?  Pour Pierre Jacquemain, diminuer l’effectif des cabinets est illusoire s’il ne s’accompagne pas d’un renouvellement des conseillers. Cet ancien conseiller évoque « une forme d’hypocrisie à vouloir nous faire croire qu’on va redonner du pouvoir aux ministres en réduisant la capacité du nombre des collaborateurs au sein des cabinets ministériels. Si on réduit le nombre de collaborateurs, qu’en est-il des profils qui seront auprès des ministres ? Si c’est pour remettre l’administration au cœur du dispositif pour mieux conseiller le ministre car c’est l’administration et seule l’administration qui a les compétences pour accompagner un ministre, effectivement, on va continuer à dépolitiser la fonction ministérielle. Et je crains que ça ne soit le projet d’Emmanuel Macron qui souhaite avoir un regard sur l’ensemble de ses ministères ». Idée vaine donc pour Pierre Jacquemain. Pour autant, Stéphanie Von Euw, auteur de Dans les entrailles du pouvoir reste séduite par l’une des propositions du président de voir se simplifier le processus décisionnel. Pour cette ancienne chef de cabinets, le fait qu’Emmanuel Macron veuille un seul conseiller technique entre l’Élysée et Matignon permettrait de simplifier considérablement les échanges entre les différents acteurs politiques, et limiter les traditionnelles guerres de pouvoirs entre cabinets.

Le nouveau locataire de l’Élysée arrivera-t-il à tempérer la toute-puissance de l’administration et des cabinets pour accroître le poids du politique ? Une promesse politique à suivre…

 

Retrouvez l’émission Un Monde en Docs consacrée aux conseillers politiques le samedi 3 juin à 22h et le dimanche 4 juin à 9h sur Public Sénat. 

 

À lire pour prolonger l'émission: 

  • Dans les entrailles du pouvoir,  Stéphanie VON EUW, 2014, ed. Du Moment

  • Dans l'enfer de Bercy, Marion L'HOUR et Frédéric SAYS, 2017, ed. JC Lattès

  • Le règne des entourgaes. Cabinets et conseillers de l'exécutif, Jean-Michel EYMERI-DOUZANS, Xavier BIOY et Stéphane MOUTON, 2015, ed. Sciences Po les Presses. 

  • L'Élysée off, Stéphanie MARTEAU et Aziz ZEMOURI, 2016, ed. Fayard

  • Ils ont tué la gauche, Pierre JACQUEMAIN, 2016, ed. Fayard

 

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