Que peut annoncer Macron pour sortir de la crise?
Emmanuel Macron devrait annoncer en début de semaine des mesures sociales fortes et concrètes pour sortir enfin de la crise des "gilets jaunes",...

Que peut annoncer Macron pour sortir de la crise?

Emmanuel Macron devrait annoncer en début de semaine des mesures sociales fortes et concrètes pour sortir enfin de la crise des "gilets jaunes",...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

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Emmanuel Macron devrait annoncer en début de semaine des mesures sociales fortes et concrètes pour sortir enfin de la crise des "gilets jaunes", sans pour autant enterrer son ambition réformatrice.

Un cap plus social?

Emmanuel Macron a jusqu'à présent affirmé qu'il entendait "changer de méthode" mais pas de "cap" économique. Des "macronistes historiques" militent pourtant pour un "tournant social" face aux "orthodoxes" budgétaires de Matignon et Bercy. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a ainsi appelé dimanche à un "nouveau contrat social indispensable", qui doit définir "le partage social" et "l'Etat providence du XXIe siècle".

"Il faut réformer mais aussi accompagner les gens vulnérables. On doit leur faire sentir que les efforts sont partagés", réclame l'économiste Philippe Aghion, qui a travaillé sur le volet économique du programme présidentiel. "Il faut accélérer les réformes qui vont améliorer le quotidien des Français", a insisté dimanche le député LREM Matthieu Orphelin, en citant les retraites ou la précarité énergétique.

Mais le chef du groupe LREM à l'Assemblée Gilles Le Gendre a mis en garde contre l'idée de "faire n'importe quoi" au nom de la justice sociale car "la principale mesure de justice sociale et de pouvoir d'achat, c'est de pouvoir faire en sorte que les Français retrouvent du boulot. Le meilleur pouvoir d'achat c'est le salaire".

Avec quelles mesures?

Le président français Emmanuel Macron au sommet du G20 à Buenos Aires, le 1er décembre 2018.
AFP/Archives

Parmi les pistes évoquées figurent un coup de pouce au minimum vieillesse ainsi qu'une prime mobilité pour ceux qui utilisent la voiture pour se rendre à leur travail. Est également évoqué l'avancement de la "désocialisation" (exonération de charges sociales) des heures supplémentaires, prévue en principe pour septembre 2019.

Mais il n'y aura pas de "coup de pouce" supplémentaire au Smic, au-delà de la hausse de 1,8% attendue en janvier, car cela détruirait des emplois, a averti dimanche la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Les ministres de Bercy Bruno Le Maire et Gérald Darmanin proposent d'encourager les entreprises à verser à leurs salariés une prime exceptionnelle de fin d'année, qui serait exonérée d'impôt.

Revenir sur des réformes?

L'Elysée estime que le mouvement des "gilets jaunes" n'est pas anti-réformes et qu'une bonne partie de ses aspirations correspond à ce qu'Emmanuel Macron avait promis durant la campagne.

Emmanuel Macron a fixé mercredi sa ligne rouge en affirmant ne pas vouloir "détricoter" des réformes décidées depuis 18 mois, en premier lieu la suppression de l'ISF, chiffon rouge pour les "gilets jaunes" et les oppositions de gauche. Elle pourrait être évaluée plus rapidement qu'initialement prévu à l'aune du retour des exilés fiscaux ou de l'utilisation des plus de trois milliards d'euros rendus aux ménages les plus aisés.

Quid des prochaines réformes?

"L'agenda est caduc. Comment faire la révision constitutionnelle, la PMA, dans ces conditions? Il faut tout reconstruire dans l'ordre", avertit un pilier de la majorité. "Je ne vois pas comment il pourra faire passer les réformes", s'inquiète un autre conseiller, alors qu'Emmanuel Macron veut lancer début 2019 des chantiers majeurs, comme la réforme des retraites et celle de la fonction publique.

Laisser filer le déficit?

Toute nouvelle mesure sociale, cumulée à l'abandon des hausses de taxes sur le carburant, creusera le déficit budgétaire au-delà des 2,8% visés par le gouvernement en 2019. "Parfois en très peu de mots on dépense beaucoup d'argent public. Et souvent on peine à voir les ressources qu'il conviendrait de mettre en face" alors qu'il faut "éviter que la dette n'explose", a averti jeudi Edouard Philippe.

Attendre la concertation?

Plutôt que de faire de nombreuses annonces, le chef de l'Etat pourrait attendre les propositions des concertations qui doivent se dérouler jusqu'au 1er mars dans toute la France, avec les syndicats, les élus locaux et les "gilets jaunes".

Emmanuel Macron pourrait en préciser les modalités, encore très floues alors que doivent démarrer ce qu'Edouard Philippe a appelé des "Etats généraux" de la fiscalité.

Quelles réponses politiques?

Cible principale des "gilets jaunes", Emmanuel Macron est appelé à changer de style, ce qu'il a déjà esquissé avec une série de mea culpa ces derniers mois, mais sans effet sur sa popularité, à un niveau historiquement faible dans les sondages.

Certains responsables politiques plaident pour un remaniement avant les européennes, notamment en changeant de Premier ministre, Edouard Philippe étant jugé affaibli par la crise. "La Macronie a commencé à dire que la crise était de la faute du Premier ministre qui ne voulait rien lâcher. La bonne entente entre eux deux est terminée", affirme une source proche de la majorité.

En revanche, une dissolution, réclamée par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, semble exclue.

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