Quelle retraite demain? Les propositions des principaux candidats
Départ à la retraite à 60, 62 ou 65 ans, création d'un régime universel, fin des régimes spéciaux: décryptage des différentes...

Quelle retraite demain? Les propositions des principaux candidats

Départ à la retraite à 60, 62 ou 65 ans, création d'un régime universel, fin des régimes spéciaux: décryptage des différentes...
Public Sénat

Par Estelle EMONET

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Départ à la retraite à 60, 62 ou 65 ans, création d'un régime universel, fin des régimes spéciaux: décryptage des différentes propositions des candidats à l'Elysée pour les retraites.

Où en est le régime des retraites?

Pour la première fois depuis douze ans, la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, qui couvre les salariés du privé, est dans le vert.

Pour le futur, le Conseil d'orientation des retraites (COR) prévoit une réduction du déficit du système (tous régimes et Fonds de solidarité vieillesse inclus) à -0,2% du PIB à l'horizon 2020 (soit -4 milliards d'euros environ). A partir du milieu des années 2020, il deviendrait même excédentaire.

Cependant, cet équilibre est extrêmement dépendant de la croissance et en cas d'activité faible, "les régimes resteraient de manière persistante en besoin de financement".

Faut-il reculer l'âge de la retraite ?

Aujourd’hui un salarié du privé peut partir à la retraite à 62 ans s'il a cotisé 41,5 ans (une durée progressivement allongée à 43 ans pour la génération 1973).

Voulu par le candidat LR François Fillon, le report de 62 à 65 ans de l'âge minimum de départ à la retraite améliorerait la situation financière du système à court et moyen termes, mais aurait moins d’effets à long terme, selon les études du COR: en travaillant plus longtemps, le montant des pensions est plus élevé.

En revanche, l’allongement de la durée de cotisation a un effet à plus long terme.

Autre difficulté, beaucoup de seniors ne sont plus en emploi au moment du départ à la retraite. Si le relèvement d'âge de départ augmente le taux d'emploi des seniors, il augmente aussi celui de chômage.

En 2015, le taux d'emploi des 55-64 ans était de 48,7% et chutait à 27,6% pour les 60-64 ans, selon la Dares, tandis que le taux de chômage des seniors (50 ans ou plus) avoisine les 7%.

Quid du retour à 60 ans ?

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen promettent un retour de la retraite à 60 ans. Les candidats de La France insoumise et du Front national proposent aussi de ramener la durée de cotisation à 40 annuités pour une retraite pleine.

Selon M. Mélenchon, pour financer cette réforme, "il suffit que les femmes soient payées comme les hommes". Cela entraînerait une augmentation des cotisations sociales qui équilibrerait le régime.

Trois facteurs font craindre un risque de "déséquilibre démographique": l'allongement de l'espérance de vie, donc du temps passé à la retraite, une entrée dans la vie active de plus en plus tardive et un chômage élevé, synonymes de baisse des recettes.

De son côté, Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste, maintient l'âge de départ à 62 ans et prévoit un don de trimestres validés entre conjoints, pour "favoriser la retraite à taux plein du conjoint qui n'a pas suffisamment de trimestres".

Un régime universel par points, comment ça marche ?

C'est l'idée d'Emmanuel Macron. Un euro cotisé ouvrira les mêmes droits, "quels que soient votre secteur, votre catégorie ou votre statut", a promis le candidat d'En marche!.

Inspiré du système suédois, ce dispositif consiste à accumuler des points au fil de sa carrière qui seront convertis en euros, en fonction de l'âge de départ: plus on partira tard, plus la pension sera élevée, et la pénibilité sera prise en compte.

La valeur du point sera calculée en fonction de l'espérance de vie et de la croissance, et ne sera connue par le retraité qu'au moment de son départ.

En modifiant le prix d'achat d'un point en fonction de la conjoncture économique et démographique, le régime pourra "s'auto-équilibrer".

Reste la délicate phase de transition, envisagée sur une dizaine d'années, et les interrogations sur son adéquation avec les divers régimes complémentaires gérés par les partenaires sociaux (les fonctionnaires ne bénéficiant pas de régime complémentaire).

Ces questions, comme celle d'un âge maximum pour faire valoir ses droits, ne sont pas tranchées, assure-t-on du côté de l'équipe d'Emmanuel Macron.

Quel avenir pour les régimes dits spéciaux ?

Le régime des fonctionnaires et les régimes spéciaux (SNCF, RATP, entreprises électriques et gazières, clercs de notaire, marins...) sont régulièrement sur la sellette. Emmanuel Macron comme François Fillon veulent progressivement unifier les différents systèmes.

Depuis 2003, les réformes successives ont déjà largement amorcé l'harmonisation (âge, durée d'assurance, décote, surcote). Reste que pour les fonctionnaires, le calcul est effectué sur les six derniers mois de traitement (sans les primes qui représentent une part substantielle de leur rémunération), contre les 25 meilleures années pour les salariés du privé.

Partager cet article

Dans la même thématique

Quelle retraite demain? Les propositions des principaux candidats
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Quelle retraite demain? Les propositions des principaux candidats
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le