Radicalisation : un rapport pour mieux impliquer les maires
Dans un contexte de menace terroriste sans précédent, les sénateurs Jean-Marie Bockel (UDI) et Luc Carvounas (PS) présentent leur rapport sur « Les collectivités territoriales et la prévention de la radicalisation ». Ils recommandent d’impliquer plus étroitement les acteurs locaux pour prévenir la radicalisation.

Radicalisation : un rapport pour mieux impliquer les maires

Dans un contexte de menace terroriste sans précédent, les sénateurs Jean-Marie Bockel (UDI) et Luc Carvounas (PS) présentent leur rapport sur « Les collectivités territoriales et la prévention de la radicalisation ». Ils recommandent d’impliquer plus étroitement les acteurs locaux pour prévenir la radicalisation.
Public Sénat

Par Alice Bardo

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« On ne va pas partir dans une polémique, on s’en fiche des fichés S ! Ce qui compte c’est que les collectivités aient les informations qui les intéressent », lance Jean-Marie Bockel. Avec Luc Carvounas et les autres membres de la délégation aux collectivités territoriales ayant participé à la rédaction du rapport sur « Les collectivités territoriales et la prévention de la radicalisation », ils placent les communes en « première ligne » de la prévention de la radicalisation et considèrent les maires comme des « acteurs de terrain » incontournables. Une plus grande implication des collectivités qui nécessite une coopération entre les différents acteurs, dans un « climat de confiance ». Cela passe en outre par le « secret partagé », et notamment l’accès des maires au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT) et la communication d’informations nominatives.

Les élus locaux « connaissent mieux les populations »

Si les rapporteurs veulent revaloriser le rôle des collectivités en matière de lutte contre la radicalisation, c’est en raison de leurs compétences, à savoir les pouvoirs de police du maire et les attributions des communes en matière éducative, de sport, ou encore de culture et d’aide sociale. Leur rôle en matière de prévention de la radicalisation consistera notamment à repérer « les signaux faibles », indices permettant d’identifier l’éventuelle radicalisation d’un individu. En tant qu’élus locaux, « ils connaissent leur territoire et les populations qui y vivent », et sont ainsi les mieux placés pour tenir ce rôle de prévention. « Ils font mieux que l’Etat », assure le Jean-Marie Bockel, qui souligne « le rôle irremplaçable des communes en matières d’observation ».

Des initiatives locales existent déjà et ont été jugées intéressantes par les rapporteurs, comme c’est le cas à Sarcelles, Orléans ou Châlons-sur-Saône. Ceux-ci préconisent toutefois de les évaluer. Une mission dont serait chargée une structure compétente en matière d’évaluation des politiques publiques. « Les autorités compétentes existent déjà, précise Jean-Marie Bockel. Par exemple, l’instance sur la prévention de la délinquance pourrait assumer ce rôle. »

Le préfet restera le « pivot départemental de la prévention », mais le dispositif recommandé par le rapport n’est plus uniquement centralisé autour de lui comme c’était le cas jusqu’alors. Le président de la délégation aux collectivités territoriales avertit que ses compétences ne seront pas réduites du fait de son « rôle majeur en tant qu’interlocuteur côté Etat ».

Des compétences bien délimitées

Afin d’assurer une bonne coopération entre ces différents acteurs, les auteurs du rapport insistent sur la nécessité de bien délimiter les champs de compétences entre responsables des collectivités territoriales et représentants de l’Etat. Les collectivités seraient principalement chargées de « détecter et signaler les cas de radicalisation » et de prendre en charge les individus (accompagnement des familles par exemple). Quant à l’Etat, il assurerait les activités de renseignement et de surveillance, ainsi que la répression pénale des individus radicalisés.

Pour « progresser dans la coopération » et remédier à l’implication très inégale des territoires, les membres de la délégation aux collectivités territoriales proposent, entre autres, de renforcer la formation des élus, d’accentuer l’implication des collectivités, ou encore de remédier au déficit d’informations. 

Enfin, les rapporteurs souhaitent que plus de moyens soient alloués à la prévention de la radicalisation, ou à tout le moins de les pérenniser. Ils regrettent que ceux consacrés à lutte contre le terrorisme remplissent de plus en plus l’enveloppe du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), au détriment de la prévention de la radicalisation. « On essaie d’être pragmatique, on ne veut pas créer d’usine à gaz », tient à préciser M. Bockel, qui table sur « une dizaine de millions d’euros ». « Des sommes modestes », conclut t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Radicalisation : un rapport pour mieux impliquer les maires
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Radicalisation : un rapport pour mieux impliquer les maires
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le