Raffineries : « Le syndicalisme ne se mesure pas au niveau d’emmerdement », réplique Laurent Berger
Invité d’Audition publique ce 17 octobre, le numéro de la CFDT a appelé la CGT et le gouvernement à éviter « l’escalade » dans le conflit qui perdure à TotalEnergies. Il a également réagi aux propos de Philippe Martinez, tenus dans la matinée.

Raffineries : « Le syndicalisme ne se mesure pas au niveau d’emmerdement », réplique Laurent Berger

Invité d’Audition publique ce 17 octobre, le numéro de la CFDT a appelé la CGT et le gouvernement à éviter « l’escalade » dans le conflit qui perdure à TotalEnergies. Il a également réagi aux propos de Philippe Martinez, tenus dans la matinée.
Guillaume Jacquot

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La grève a été reconduite ce lundi dans les raffineries du groupe TotalEnergies, malgré la signature, le 14 octobre avec la CFE-CGC et la CFDT, d’un accord majoritaire sur les salaires pour 2023. Invité ce 17 octobre 2022 d’Audition publique, l’émission politique hebdomadaire de Public Sénat et LCP-Assemblée nationale, en partenariat avec Le Figaro Live, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger a réaffirmé son désaccord sur la poursuite du mouvement, tout en appelant la CGT et le gouvernement à éviter « l’escalade ».

Il a estimé que les représentants de sa centrale, au sein du groupe pétrolier, avaient fait « leur travail de syndicaliste », en améliorant la situation des salariés. « D’autres organisations font d’autres choix », a-t-il souligné. « S’il n’y avait pas eu d’accord salarial, la CFDT serait dans ce mouvement potentiellement, mais il y en a eu un. » L’accord conclu la semaine dernière prévoit 7 % de hausse des salaires et des primes allant de 3000 à 6000 euros. Selon lui, le choix de la CGT « ne fait pas du bien au syndicalisme ». « Le syndicalisme, ça se mesure aux avancées qu’il obtient pour les salariés qu’il représente, et pas au niveau d’emmerdement qu’il crée pour les Français », a-t-il répliqué.

« Archifaux », rétorque le numéro de la CFDT à Philippe Martinez sur l’étendue de la grève

La CGT exige, quant à elle, 10 % de hausse des rémunérations, sur fond de bénéfices records pour le groupe. De quoi dénoncer l’accord signé par deux syndicats majoritaires. « Apparemment une majorité de salariés ne sont pas d’accord avec cette signature, sinon la grève s’arrêterait », a fait valoir Philippe Martinez, le numéro 1 de la CGT ce matin sur France Inter. Laurent Berger a contesté cette lecture ce soir. « C’est archifaux. Sur 14 000 salariés, il y a sans doute moins de 1 000 grévistes, peut-être moins de 300. » Le numéro 1 de la CFDT a également dénoncé l’appel de son homologue à soumettre à référendum l’accord négocié. « Il se tire une balle dans le pied […] A quoi sert la négociation collective et sociale dans une entreprise s’il faut soumettre l’accord des organisations ? »

À lire aussi » Le gouvernement annonce une réquisition des salariés, un mécanisme rare et contesté

Alors que deux dépôts pétroliers ont été réquisitionnés sur décision de l’exécutif, Laurent Berger s’est surtout dit inquiet par le risque d’un conflit qui s’envenimerait. « Ce qu’il ne faut surtout pas, c’est l’escalade. Les réquisitions, ça doit être très encadré », a-t-il considéré. Rappelant que cet outil est « légal », il a cependant estimé que ce n’était pas la « meilleure manière de finir un conflit ». « Evidemment, il y a un sujet de réquisition qui est posé au gouvernement […] Je dis qu’il faut le faire avec mesure et qu’il faut essayer de trouver la porte de sortie maintenant. J’en appelle à la responsabilité, mais ça ne servira pas à grand-chose je le crains », a-t-il ajouté lors de l’émission.

« Oui, il y a une part de déconnexion » de la part du gouvernement

Le responsable de la CFDT a par ailleurs déploré les proportions prises par ce dossier social en particulier, occultant selon lui d’autres mouvements, dans d’autres secteurs. « Il y a des millions de salariés dont on ne parle pas. Au bout d’un moment, les jours que nous sommes en train de vivre, ça invisibilise totalement les salariés dont on ne parle jamais. »

Interrogé sur l’éventualité d’un manque d’anticipation ou de flair politique de la part du gouvernement, Laurent Berger a estimé que le problème était plus large que Total. « Sur ce sujet-là en particulier, je n’en sais rien. Sur une part de la colère qui gronde dans ce pays notamment sur la question du pouvoir de vivre décemment de son travail, oui il y a une part de déconnexion », a-t-il reproché. « Ça fait combien de temps que je répète qu’il y a un problème de salaires dans ce pays et de minimum de branches ? » Selon lui, le gouvernement devrait intervenir en conditionnant en partie les aides publiques versées aux entreprises à des politiques salariales.

Partager cet article

Dans la même thématique

Raffineries : « Le syndicalisme ne se mesure pas au niveau d’emmerdement », réplique Laurent Berger
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le