Rassemblement contre l’antisémitisme: à Paris, une foule compacte, mais peu de jeunes
"Les jeunes sont de moins en moins concernés, ils s'en fichent. Ça me dégoute mais je leur en veux pas, ils ne sont pas assez bien informés":...

Rassemblement contre l’antisémitisme: à Paris, une foule compacte, mais peu de jeunes

"Les jeunes sont de moins en moins concernés, ils s'en fichent. Ça me dégoute mais je leur en veux pas, ils ne sont pas assez bien informés":...
Public Sénat

Par Alexandre HIELARD, Paul AUBRIAT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Les jeunes sont de moins en moins concernés, ils s'en fichent. Ça me dégoute mais je leur en veux pas, ils ne sont pas assez bien informés": Ils étaient des milliers à Paris contre l'antisémitisme mais peu de jeunes, ont déploré de nombreux participants.

Dans la foule qui s'est réunie dès 18H00 sur la place de la République, le jeune homme qui proteste, Elias Hufnagel, n'a pourtant que 16 ans. Si ce lycéen parisien a tenu à se rendre au milieu de la foule compacte, c'est d'abord pour se rappeler de "ses ancêtres juifs". Et à l'endroit de ses camarades absents il se souvient qu"'il y a le foot ce soir..." (Lyon-FC Barcelone).

Si les organisateurs ont compté quelque 20.000 personnes à Paris, au milieu des pancartes barrées de "Non à la banalisation de la haine" ou "Juifs attaqués, République en danger", il y avait peu de participants de moins de 30 ans mais beaucoup de seniors, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Je pensais avoir inculqué une culture historique, je me suis trompée: l'enseignement de la Shoah ne parvient pas à toucher tout le monde. Je le prends pour moi et très mal", déplore Anne-Françoise, 64 ans, une retraitée de l'enseignement qui ne souhaite pas donner son patronyme.

Rassemblement contre l'antisémitisme, le 19 février 2019 à Paris
Rassemblement contre l'antisémitisme, le 19 février 2019 à Paris
AFP

"Mes grands-parents sont morts à Auschwitz et mes parents ont choisi la France. Heureusement qu'ils ne sont plus là car ils ne survivraient pas à ce qui se passe", dit-elle, une pancarte "#ça suffit" à la main.

A quelques mètres des innombrables personnalités politiques, dont le Premier ministre Édouard Philippe, confinées dans un espace réservé, quelques jeunes gens avaient tout de même pris part au rassemblement.

Entre plusieurs Marseillaise entonnées spontanément, Maya Vincent, 14 ans, collégienne à Montreuil, dans la banlieue Est de la capitale, raconte qu'"en ce moment, je ne peux pas dire que je suis fière d'être française".

Avec son étoile de David autour du cou, dans le métro, on lui dit parfois qu'elle ne devrait "pas être là". "Et en général personne ne réagit", se désole-t-elle.

Maximilien Ricci, 21 ans, étudiant, abonde: "J'ai un ami juif, je ressens son mal-être en ce moment et ça me dégoûte. Même si je ne suis pas directement concerné, il fallait être là".

Rassemblement contre l'antisémitisme, le 19 février 2019 à Paris
Rassemblement contre l'antisémitisme, le 19 février 2019 à Paris
AFP

La jeunesse avait pourtant été mise à l'honneur par les organisateurs: sur un podium, des adolescents se sont succédé au micro pour lire "Le métèque" de Moustaki ou Primo Levi, avec une émotion palpable.

Sandrine, 50 ans, cadre administratif dans une université de Seine-et-Marne, estime tout de même que "l'enseignement de la Shoah est de plus en plus compliqué dans certains établissements, voire impossible. C'est pour ça que la transmission est difficile aujourd'hui".

- Quelques "gilets jaunes" -

Au-delà de ces interrogations et ces regrets, le rassemblement s'est toutefois vécu comme un succès, eu égard à son affluence et à l'absence de tout débordement.

Dans une ambiance calme, voire recueillie, chacun a voulu témoigner de son indignation après les saillies antisémites proférées samedi lors d'une manifestation de "gilets jaunes", de la profanation mardi d'un cimetière juif en Alsace, dans un contexte de hausse généralisée des actes antisémites - +74% en 2018.

Drapé de bleu, blanc, rouge, Jonathan Beltar s'insurge: "On s'en prend aux hommes, aux femmes, aux enfants et maintenant aux cimetières: c'est sans fin".

Ce gestionnaire immobilier de 39 ans fait en outre observer que "les juifs sont une toute petite minorité en France et ils sont les champions du monde des victimes d'agressions: c'est catastrophique".

Dans la foule, une poignée de "gilets jaunes", disséminés, ont également voulu répondre à l'appel unitaire lancé par le PS puis relayé par d'innombrables partis politiques, associations et mouvements.

"Je suis là pour dénoncer l'instrumentalisation insoutenable du pouvoir qui insinue que ce mouvement social de grande ampleur est antisémite", s'insurge Patricia, une universitaire de 60 ans. Toujours le gilet fluo dans le dos.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le