Recensement des migrants: débats animés au Conseil d’Etat
Le Conseil d'Etat s'est penché vendredi sur la circulaire controversée organisant le recensement des migrants dans les centres d...

Recensement des migrants: débats animés au Conseil d’Etat

Le Conseil d'Etat s'est penché vendredi sur la circulaire controversée organisant le recensement des migrants dans les centres d...
Public Sénat

Par Claire GALLEN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le Conseil d'Etat s'est penché vendredi sur la circulaire controversée organisant le recensement des migrants dans les centres d'hébergement d'urgence, lors d'une audience animée où Etat et associations ont peiné à entendre leurs arguments respectifs.

Techniquement, la question centrale "est de savoir si les agents" de l'Etat "ont compétence pour entrer dans ces centres", a résumé l'un des avocats des plaignants, Patrice Spinosi. L'ordonnance sera rendue avant la fin de la semaine prochaine.

La "circulaire Collomb" a suscité un vif émoi, avec des critiques à gauche ou chez les intellectuels, et jusque parmi des proches d'Emmanuel Macron, alors que se profile un projet de loi "asile et immigration" lui aussi très critiqué, qui sera présenté en Conseil des ministres mercredi prochain.

Les associations considèrent en effet que la circulaire "leur impose par la contrainte un contrôle des personnes hébergées", ce qui est une "remise en cause de nos missions d'aide sociale", a affirmé le directeur de la Fédération des acteurs de solidarité (FAS), Florent Gueguen.

Avec cette circulaire du 12 décembre, l'Etat veut envoyer dans les centres et hôtels sociaux des "équipes mobiles", constituées d'agents des préfectures et de l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration), pour recenser les personnes hébergées selon leur droit au séjour.

Le gouvernement voit là le moyen indispensable pour connaître ces publics, et les orienter en fonction de leur situation (réfugiés, déboutés...) afin de désengorger des centres saturés.

Mais de l'avis du Défenseur des droits, qui avait envoyé un représentant, ces missions "ont pour but de recenser les personnes dépourvues de droit au séjour pour les réorienter vers une structure dédiée en vue de leur éloignement".

Sur ce point le ton est vite monté, tant les points de vue étaient divergents. "Certains préfets ont évoqué des sanctions financières en cas de refus d'application", a assuré M. Gueguen.

"Il y a eu des rappels à l'ordre", a rétorqué la représentante de l'Intérieur, Pascale Léglise, qui a comparé ces équipes à des "maraudes" d'information.

"Il n'y a pas de police, pas d'obligation de quitter le territoire", a-t-elle ajouté, assurant que les missions ne se faisaient "pas de manière contrainte, mais avec l'accord des centres et des étrangers qui peuvent ou non répondre".

- "Non lieu social" -

Mais "il n'y a pas de sanctuarisation de l'inviolabité des centres d'hébergement, il n'y pas d'inconditionnalité de l'accueil", a-t-elle affirmé.

Et "ce n'est pas aux gestionnaires d'être les garde-chiourmes des personnes" hébergées, a estimé Didier Leschi, le directeur général de l'Ofii, en rappelant le "devoir d'information" de l'Etat et en précisant que les équipes se rendraient uniquement dans les parties communes des centres.

"140.000 personnes se trouvent dans l'hébergement d'urgence et on est même incapable de faire une typologie de qui elles sont", a-t-il ajouté, en déplorant "le non lieu social où les gens sont abandonnés parfois plusieurs années" dans les hôtels sociaux.

L'une des grandes craintes des associations porte sur les personnes en situation irrégulière. "La nouveauté est d'aller les chercher en centre d'hébergement pour les assigner à résidence ou en centres de rétention administrative", a estimé la représentante du défenseur des droits.

"Faux", s'est emportée la représentante de l'Intérieur, pour qui les gens "ne sont pas obligés de se signaler. On vient au petit bonheur la chance et ceux qui sont en situation irrégulière, j'imagine qu'ils ne vont pas se présenter".

Mais c'est aussi le risque d'une "rupture dans le principe de confiance" qui est posée, a résumé M. Gueguen.

"Sous prétexte d'un recensement administratif, vous courrez le risque d'abîmer l'hébergement d'urgence", a déploré l'un de leurs avocats, François Sureau.

Les représentants de l'Etat ont déploré que les associations aient refusé d'élaborer un "vade-mecum" codifiant la mise en oeuvre de la circulaire -- un document dont le besoin témoigne de l'"ambiguïté" autour de la circulaire, pour la représentante du Défenseur des droits.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Recensement des migrants: débats animés au Conseil d’Etat
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le