Réchauffement climatique : le Giec pointe une responsabilité humaine « sans équivoque » dans son dernier rapport
Ce lundi 20 mars, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental (Giec) sur le climat concluent son 6ème cycle d’études et livre une synthèse de ses travaux des huit dernières années.

Réchauffement climatique : le Giec pointe une responsabilité humaine « sans équivoque » dans son dernier rapport

Ce lundi 20 mars, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental (Giec) sur le climat concluent son 6ème cycle d’études et livre une synthèse de ses travaux des huit dernières années.
Henri Clavier

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En concluant son sixième cycle d’études, le Giec livre une synthèse de ses précédents rapports. 10 000 pages, voilà l’ampleur du travail que les experts devaient condenser. Trois rapports spéciaux et les rapports de chacun des trois groupes du Giec sont compilés dans cette synthèse qui tient en 37 pages. Un document entre science et politique puisqu’il est directement adressé aux dirigeants politiques pour les accompagner dans la mise en place de leurs politiques climatiques. Si le Giec ne fait pas de recommandations aux Etats, le contenu de la synthèse est largement influencé par ces derniers. « Les négociations sur le texte final sont toujours intenses, l’interférence des États se manifeste surtout par des omissions dans la synthèse », analyse Thibaud Voïta, chercheur associé au centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales.

« Il faut arrêter la procrastination climatique et passer à l’action »

Le rapport fait état d’une responsabilité humaine « sans équivoque » dans le réchauffement climatique. Il s’agit d’un constat implacable que dresse le Giec, le réchauffement climatique a déjà atteint +1,1 °C par rapport à la période préindustrielle (1850-1900), la température pourrait même atteindre +4,4 °C d’ici la fin du siècle dans le scénario le plus pessimiste. Dans le meilleur des cas, l’augmentation se stabilise, après 2030 aux alentours de +1,5 °C. au regard des engagements pris pour l’instant par les Etats, les experts du Giec envisagent plutôt un scénario à +2,7 °C d’ici la fin du siècle.

Au-delà de +1,5 °C, les conséquences peuvent être désastreuses, alerte le Giec. A ce niveau, 14 % des espèces terrestres sont menacées d’extinction et entre 70 et 90 % des coraux marins. En dressant un état des lieux d’un monde à +3 °C, le Giec insiste sur l’urgence d’agir dès maintenant. Plusieurs solutions, actuellement privilégiées, comme les puits à carbone perdent progressivement de leur efficacité au fur et à mesure que le réchauffement climatique s’intensifie. Surtout le rapport pointe l’insuffisance des mesures actuelles : « le rythme et l’ampleur des mesures prises jusqu’à présent, ainsi que les projets actuels, sont insuffisants pour s’attaquer au changement climatique ». « Il faut arrêter la procrastination climatique et passer à l’action », a lancé Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement.

« Les solutions sont claires », affirme le président du Giec

Dans cette synthèse, le Giec propose une approche globale des conséquences du changement climatique et des solutions les plus pertinentes pour limiter le changement climatique. Le président du Giec, le Sud-Coréen, Hoesung Lee affirme d’ailleurs que « les solutions sont claires ». Le rapport pointe que si les investissements actuels peuvent limiter le changement climatique, il faudrait 3 à 6 fois plus d’investissement pour espérer limiter le changement climatique. Une augmentation du niveau d’investissements est décisive pour assurer un équilibre entre les pays du Nord et ceux du Sud. La réduction de la pauvreté est aussi un critère décisif pour le Giec.

Dans cette synthèse, le Giec se penche aussi en profondeur sur les moyens d’atténuation du changement climatique en affirmant que « les solutions technologiques sont nécessaires mais ne seront pas suffisantes ». L’accent est évidemment mis sur la nécessité d’abandonner la combustion d’énergies fossiles et d’atteindre la neutralité carbone. Pourtant, « le Giec n’est pas un organe politique, la synthèse a une dimension politique mais elle résulte de l’ensemble de la recherche scientifique », souligne Thibaud Voïta.

« Les rapports du Giec imprègnent la société civile »

Si les rapports du Giec étaient « considérés, il y a 15 ans, comme relativement alarmistes », note Thibaud Voïta, aujourd’hui « il y a des débats pour savoir si les projections sont conservatrices ». La synthèse proposée par les experts du Giec permet surtout de rendre accessible la connaissance scientifique, « les experts du Giec sont des chercheurs bénévoles qui travaillent pour compiler la connaissance scientifique », rappelle Thibaud Voïta. Ainsi, les rapports du Giec ne formulent pas de propositions politiques mais, « les rapports du Giec servent de base de négociation pour les Conférences des parties. Le Giec rassemble la production scientifique, donc les solutions se trouvent dans ce corpus (COP) », note Thibaud Voïta. La synthèse sera donc nécessairement un point de départ pour les négociations lors de la COP 28 à Dubaï en novembre.

Difficile donc d’estimer l’impact concret des rapports et synthèses du Giec sur l’action politique des Etats. Néanmoins, « les documents qui servent aux rapports du Giec imprègnent la société civile », affirme Thibaud Voïta. Les rapports du Giec permettent également de légitimer certaines notions ou concepts. « Dans le rapport « atténuation » du Giec, la notion de sobriété est mentionnée et, après ça, on a vu cette notion être très largement reprise », note Thibaud Voïta. Une influence qui manifeste la légitimité dont bénéficie le Giec et l’important consensus scientifique qui s’en dégage.

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