Reconfinement en Ile-de-France ? Les sénateurs franciliens divisés et perplexes
Alors que la situation sanitaire se dégrade en Ile-de-France, un confinement de la région, au moins le week-end, semble quasi-inévitable. C’est en tout cas ce que pensent les sénateurs franciliens, pour certains très remontés contre Emmanuel Macron. A deux jours d’un conseil de défense décisif, le chef de l’Etat vient d’annoncer qu’il aura « de nouvelles décisions à prendre » et a suspendu le vaccin AstraZeneca jusqu’à demain.

Reconfinement en Ile-de-France ? Les sénateurs franciliens divisés et perplexes

Alors que la situation sanitaire se dégrade en Ile-de-France, un confinement de la région, au moins le week-end, semble quasi-inévitable. C’est en tout cas ce que pensent les sénateurs franciliens, pour certains très remontés contre Emmanuel Macron. A deux jours d’un conseil de défense décisif, le chef de l’Etat vient d’annoncer qu’il aura « de nouvelles décisions à prendre » et a suspendu le vaccin AstraZeneca jusqu’à demain.
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Par Antoine Comte

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« Nous aurons à prendre dans les jours qui viennent, sans doute, de nouvelles décisions. Le maître du temps, c’est le virus ». En déplacement à Montauban pour un sommet franco-espagnol avec son homologue Pedro Sanchez, le chef de l’Etat a également précisé que la France avait décidé de suspendre le vaccin AstraZeneca jusqu’à demain. Des déclarations lourdes de sens sur l’évolution de l’épidémie dans le pays, notamment pour une région dans laquelle le virus semble de moins en moins contrôlable : l’Ile-de-France et ses 13 millions d’habitants.

Plus d’une centaine de patients transférés d’ici la fin de la semaine dans d’autres régions françaises, 99 % des lits en réanimation occupés, un taux d’incidence de près de 400 cas pour 100 000 habitants, voire au-dessus dans certains départements franciliens… L’Ile-de France n’a pas été reconfinée malgré les alertes répétées du corps scientifique, et elle est aujourd’hui au bord de la saturation.

« Macron a fait de très mauvais choix depuis janvier »

« Suivre la lassitude de l’opinion publique n’est pas une décision courageuse, c’est une forme de refus d’obstacles. Depuis janvier, Emmanuel Macron a décidé de ne plus sauver des vies à tout prix et c’est un très mauvais choix ». Le sénateur PS Bernard Jomier qui avait préconisé un confinement strict de trois semaines en février dernier « pour mettre un véritable coup d’arrêt au virus et dans le même faire la jonction avec la vaccination », espère que le gouvernement fera sans plus attendre le choix de reconfiner l’Ile-de-France cette semaine.

Un sentiment partagé par son collègue LR et également médecin, René-Paul Savary, qui demande la mise en place d’un confinement le week-end comme à Dunkerque et Nice. « A Paris et en Ile-de-France, je crois qu’il faut maintenant essayer le confinement le week-end, en le couplant au couvre-feu la semaine. L’objectif est d’éviter que des gens qui ne se côtoient pas au quotidien, se retrouvent le week-end. Les cas commencent à baisser dans le Nord de la France et sur le littoral niçois qui sont confinés depuis plusieurs week-ends. Pour moi, ce serait la seule solution pour éviter un confinement plus strict », explique-t-il l’élu qui était aussi vice-président de la commission d’enquête sénatoriale sur le covid-19.

« Il faut arrêter d’angoisser les Franciliens chaque semaine avec ces rumeurs »

Pour Laure Darcos, sénatrice LR et conseillère départementale de l’Essonne, « les hésitations du gouvernement » autour d’un reconfinement de l’Ile-de-France ont trop duré. « Ces rumeurs persistantes depuis des mois ne sont plus vivables. Il faut arrêter d’angoisser les gens qui sont usés par la situation. Ce stop-and-go est fatigant. S’il faut reconfiner même drastiquement pour trois semaines ou un mois, faisons-le ! Il faut vraiment que la décision soit prise cette semaine », lance l’élue francilienne.

Même son de cloche du côté d’Esther Benbassa. Pour l’élue parisienne, si reconfinement il y a, elle ne s’y opposera pas, mais elle considère qu’il s’agira alors de « l’échec depuis un an de la politique gouvernementale ». « On va être encore obligés une fois nouvelle de punir les gens car le gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux. Il va y avoir des révoltes si ça continue, notamment chez les jeunes », tacle la sénatrice écologiste de Paris.

Dans son viseur : « le manque de moyens accordés par les gouvernements successifs à l’hôpital public » « Cela fait des années que nous demandons la création de lits, notamment en Ile-de-France et que d’année en année la situation des hôpitaux se détériore. C’est un alibi de dire que ça prend du temps de former les personnels. C’est vraiment une histoire qui tourne en rond, et je ne vous parle même pas des vaccins qui manquent. Quand on voit que la France a vacciné seulement 3 % de sa population et qu’on est l’un des taux les plus bas de vaccination en Europe, ça me met en colère », râle la sénatrice.

« C’est le virus qui joue avec nos nerfs, pas le gouvernement »

Des critiques que les sénateurs de la majorité présidentielle ne comprennent pas, en revanche. « Les élus n’ont pas à dire ce qu’il faut faire sur le reconfinement. Les décisions doivent être prises par le gouvernement qui a toujours dit qu’un reconfinement serait une solution de dernier recours », s’emporte Julien Bargeton.
Le sénateur LREM de Paris qui rappelle que « la France est le pays qui a le plus maintenu ses enfants à l’école pour que la société se fracture le moins possible », est très agacé par les attaques de l’opposition sur la mise en place d’un confinement ou non en Ile-de-France depuis près maintenant d’un mois.

« C’est le virus qui joue avec nos nerfs, pas le gouvernement qui ne fait que s’adapter à l’évolution de l’épidémie. Il ne faut pas inverser les rôles, parce que si on va sur ce terrain-là, on ne peut pas dire que la maire de Paris n’a pas apporté du stress aux Parisiens avec ses contradictions sur le confinement. Le rôle des responsables politiques, c’est de garder de la hauteur et la tête froide, mais je le redis, le confinement, c’est vraiment l’ultime recours, surtout s’il est total », ajoute le sénateur macroniste, en rappelant que l’Ile-de-France est « le poumon économique du pays ».

Pour le sénateur centriste et médecin Bernard Fialaire, le déplacement des patients franciliens dans d’autres régions est « une bonne chose pour soulager les hôpitaux parisiens ». « Je comprends que les réanimateurs demandent la ceinture et le parachute, mais il faut laisser le gouvernement prendre sa décision en fonction de l’ensemble des données scientifiques qu’il a en sa possession », ajoute l’élu du Rhône.

Hidalgo contre, Pécresse pour

Retard dans la campagne de vaccination, hôpitaux saturés, cas en explosion… Les deux prochaines journées vont être décisives pour trancher sur le sort qui sera réservé à l’Ile-de-France. Si la maire PS de Paris Anne Hidalgo refuse toujours tout reconfinement de la capitale, la présidente LR de la région Valérie Pécresse a annoncé ce matin chez nos confrères de France 2 qu’elle « ne s’y opposerait pas ». Elle a « exhorté les Franciliens qui le peuvent à télétravailler », car « aujourd’hui le télétravail n’est pas suffisamment pratiqué ». « A l’automne, il y avait 30 % de personnes seulement dans les transports, aujourd’hui, il y en a 55 % », a-t-elle indiqué, en demandant également « une accélération de vaccination dans les départements les plus touchés », a-t-elle lancé.

Bientôt 1000 entrées en réa par semaine en Ile-de-France

« Les règles restrictives comme le confinement seraient beaucoup mieux acceptées par la population si on nous avait permis depuis le début de la crise d’adapter nos activités au virus. Les activités de plein air auraient dû être généralisées, et on aurait par exemple très bien pu aller au cinéma dans des salles disposant d’une ventilation particulière… », assure Bernard Jomier.
Avant d’ajouter : « En Ile-de-France, nous sommes aujourd’hui entre 70 et 100 patients qui entrent chaque jour en réanimation. Dans les prochains jours, nous passerons finalement à plus d’un millier de patients par semaine, il est urgent d’agir ».

L’urgence d’agir : le gouvernement, dos au mur, l’a bien compris et l’Ile-de-France devrait donc savoir à quelle sauce elle sera mercredi à l’issue d’un nouveau conseil de défense où « toutes les données pour prendre la meilleure des décisions possibles seront passées au peigne fin », dixit une source gouvernementale.

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