Recours aux cabinets de conseil : les syndicats de la fonction publique dénoncent le manque de transparence

Recours aux cabinets de conseil : les syndicats de la fonction publique dénoncent le manque de transparence

La commission d’enquête du Sénat a souhaité recueillir l’avis de trois organisations syndicales ce 9 février au sujet du recours par l’Etat à des prestations de conseil auprès de cabinets de consultants.
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Les syndicats représentant la fonction publique n’ont pas boudé leur plaisir de pouvoir s’exprimer sur le recours aux cabinets de conseil privés, devant la commission d’enquête du Sénat. Sur les décisions de faire appel à des consultants, les organisations ont la désagréable impression d’être « laissés un peu de côté », comme l’explique la CFDT.

Luc Farre, secrétaire général de l’UNSA Fonction publique, était par exemple très remonté contre « l’accroissement du recours aux cabinets conseils » durant le quinquennat. Selon lui, l’Etat se « condamne à une dépendance » à des « acteurs privés lucratifs », en même temps qu’il introduit des effets néfastes dans sa propre administration. En « délégitimant » les compétences internes, ce dernier engendre de la défiance. « Dans la majorité des cas, l’administration, compte tenu de sa taille, et de la qualification de ses cadres, dispose dans la réalité très largement de ces compétences. »

Estelle Piernas, secrétaire nationale de la fédération CGT Services publics, accuse « bon nombre de ces cabinets » d’une « méconnaissance du sens même des missions de service public ». « C’est palpable quand on les entend parler de clients, et pas d’administrés. On n’est pas sur la même logique », relate-t-elle, évoquant un « problème culturel ». Le problème est également budgétaire pour ces porte-parole des fonctionnaires, confrontés durant des années à une réduction de la voilure. Luc Farre regrette ainsi que le coût des prestations réalisées par les cabinets de conseil ne soit pas « contrôlé avec la même vigueur que les coûts de la rémunération dans la fonction publique ».

La circulaire du gouvernement « admet qu’il y a des dysfonctionnements »

Dans un timing curieux qui avait étonné les sénateurs, le gouvernement a justement promis d’encadrer de façon plus stricte les pratiques et de réduire l’appel aux cabinets pour l’année 2022. Le Premier ministre a signé une circulaire (relire notre article). Il en faudra une preuve par les actes pour convaincre les syndicats. « La CFDT voit positivement la volonté affichée de réduire le recours aux cabinets de consultants », précise Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT Fonction publique. « Mais j’ai envie de dire, à ce stade, soyons prudents. Il nous semble que la route est encore longue. » Même scepticisme à la CGT. Delphine Colin, secrétaire nationale de la fédération Services publics, considère qu’une circulaire « n’a aucun pouvoir contraignant ». Pire, ce texte serait le symptôme d’une « hypocrisie », selon elle. « Elle admet qu’il y a des dysfonctionnements, des manquements. »

Leur discours ne se résume pas aux principes de la place de l’Etat et de l’administration, les syndicats relatent des conséquences concrètes sur les équipes. Luc Farre affirme que l’intervention de cabinets est parfois mal vécue auprès des agents. « Ils vivent cette intrusion comme un contournement de la chaîne hiérarchique », explique-t-il.

La rapporteure de la commission, Éliane Assassi (communiste), s’est demandé pourquoi une forme de « silence » s’est manifestée dans l’administration. « Pourquoi cela n’a pas fait irruption dans l’espace public ? » « Encore faut-il être informé », répond Mylène Jacquot. Beaucoup de choses n’étaient pas portées à leur connaissance. Estelle Piernas, secrétaire nationale de la fédération CGT Services publics, pointe un « manque de transparence » ou de « démocratie ». « Les organisations syndicales ne sont quasiment jamais associées à des décisions de marché ou autre. »

« Il conviendrait pour tout le monde, y compris les citoyens qui financent, qu’il y ait de la transparence »

Sa collègue Delphine Colin, elle aussi secrétaire nationale au sein de la même fédération, cite ainsi le désormais célèbre rapport sur l’avenir du métier d’enseignant, élaboré par le cabinet McKinsey, dans le cadre d’une mission à 496 800 euros. « Qui est à même d’être le plus expert de son travail et des besoins de son avenir que les enseignants et les enseignantes eux-mêmes ? » s’interroge la responsable syndicale. Comme beaucoup d’autres, le syndicat n’a été informé de cette commande qu’au moment de la médiatisation récente, grâce à la commission d’enquête sénatoriale, de ce contrat. « À aucun moment les organisations syndicales n’ont été associées ou consultées sur ce scandale », dénonce-t-elle.

Mylène Jacquot (CFDT Fonction publique) évoque, quant à elle, le guide sur le télétravail dans la fonction publique préparé par McKinsey en 2020, et évoqué dans une précédente audition des sénateurs. « Pourquoi ne nous a-t-il pas été précisé qu’il avait été élaboré avec les concours d’un cabinet de consultants ? […] Tout le monde était persuadé qu’il avait été fait par la Direction générale de l’Administration et de la Fonction publique » se remémore-t-elle. « Il conviendrait pour tout le monde, y compris les citoyens qui financent, qu’il y ait de la transparence. »

Les représentants de la fonction publique ont plaidé pour que les instances de dialogue aient connaissance à l’avenir du recours à des cabinets de conseil. Luc Farre (UNSA Fonction publique) estime que cela pourrait être fait dans le cadre des comités sociaux d’administration. « Encore faut-il que ça ne soit pas qu’une simple information », insiste-t-il. Delphine Colin, de la CGT, imagine même que ce type d’intervention externe fasse l’objet d’un avis de l’instance.

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