Reçues par Élisabeth Borne, les associations d’élus font part de « leurs inquiétudes »
Cinq mois après le 104e congrès des maires, une nouvelle rencontre a eu lieu mercredi 12 avril entre la Première ministre Élisabeth Borne et des élus de proximité. La cheffe du gouvernement a détaillé un calendrier. Si l’exécutif entend accélérer la décentralisation et soutenir la transition écologique, le climat social inquiète certains élus.  

Reçues par Élisabeth Borne, les associations d’élus font part de « leurs inquiétudes »

Cinq mois après le 104e congrès des maires, une nouvelle rencontre a eu lieu mercredi 12 avril entre la Première ministre Élisabeth Borne et des élus de proximité. La cheffe du gouvernement a détaillé un calendrier. Si l’exécutif entend accélérer la décentralisation et soutenir la transition écologique, le climat social inquiète certains élus.  
Lauriane Nembrot

Temps de lecture :

6 min

Publié le

La Première ministre s‘y était engagée. Au cours des deux dernières semaines, Élisabeth Borne a multiplié les rencontres avec les représentants des groupes politiques, et les syndicats. Objectif : tenter de dialoguer et de tourner la page de la réforme des retraites, alors que la décision sur une validation totale ou partielle du texte par le conseil constitutionnel sera connue ce vendredi.

Mercredi 12 avril, c’était donc au tour des élus locaux de rencontrer la cheffe du gouvernement à Matignon. Pendant deux heures et demie, l’association des maires de France, l’union des agglomérations et l’Assemblée des départements France ont notamment pu échanger avec la Première ministre et le ministre des Territoires Christophe Béchu. Au sortir de cette rencontre, tous s’accordent à dire que « les échanges ont été constructifs », ou encore que « le dialogue a été franc ».

Tensions et fractures au sein de la société

Parmi les dossiers évoqués au cours de cette matinée de discussion, les tensions qui persistent partout en France en raison du projet de réforme des retraites porté par le gouvernement. « Il y a un climat de tensions très fort dans le pays, avec un sentiment très fort de colère qui s’exprime sur le terrain par rapport à la réforme des retraites », confie François Sauvadet, le président de l’ADF.

Les familles des classes moyennes vivent mal aujourd’hui. Tant qu’on n’a pas entendu ou ça, on est en difficulté.

Même constat dressé par Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente du réseau France urbaine qui réunit les agglomérations et les communautés de communes. « On a été beaucoup d’élus à dire qu’il y avait une urgence de comprendre à quel point le pays est fracturé », a déclaré l’élue, évoquant notamment des « fractures sociales et des fractures territoriales ». Celle qui appelle à l’apaisement souhaite éviter de « rajouter de la difficulté à la difficulté ».

"On a une feuille de route et on est au travail" assure François Sauvadet
03:23

Ces tensions sont exacerbées par le contexte économique marqué par une inflation galopante depuis le début de l’année. « Les familles des classes moyennes vivent mal aujourd’hui. Tant qu’on n’a pas entendu ou ça, on est en difficulté », alerte Johanna Rolland. Christophe Béchu, ministre des Territoires, assure à ce sujet que « les élus sont enracinés dans les territoires et certains ont fait part des mobilisations qui ont pu se tenir chez eux. Certains ont aussi fait part que les retraites n’étaient pas l’unique sujet de préoccupation des concitoyens ».

« On ne revient pas sur le pacte de Cahors »

Maintenant que le constat est dressé, « nous sommes déterminés à trouver des solutions adaptées à chaque territoire », assure de son côté le président délégué de Régions de France Renaud Muselier, qui a également pris part aux discussions à Matignon ce mercredi.

Nous voulons une vision partagée avec les départements pour que l’on puisse apporter des réponses concrètes à nos compatriotes.

Et pour travailler avec les élus locaux, Élisabeth Borne se serait engagée à ne pas revenir sur le pacte de Cahors. Datant de 2017, il encadre et régule les dépenses publiques des collectivités. Une position que fustigent certains élus locaux à l’instar de François Sauvadet. « Nous ne voulons pas le retour des contrats de Cahors. Nous ne voulons pas la contrainte. Nous voulons une vision partagée avec les départements pour que l’on puisse apporter des réponses concrètes à nos compatriotes », a encore déclaré le président du département de la Côte-d’Or. Pour l’actuel président de l’Association des départements de France, la priorité est d' « apporter des réponses à tous ceux et celles qui s’inquiètent pour leur avenir et qui ne voient pas d’issue.

Encourager le fonds vert

C’est maintenant à l’exécutif de plancher sur le volet des financements pour tenter de répondre aux doléances des élus locaux. Interrogé sur les prochaines étapes du calendrier, Christophe Béchu indique que des discussions vont avoir lieu entre le gouvernement et les élus locaux. Matignon précise aussi qu’un comité interministériel de la ville se tiendra au mois de juin D’autre part, « afin d’assurer une réelle « justice territoriale », le gouvernement présentera d’ici l’été deux plans d’ampleur en faveur des quartiers de la politique de la ville et des territoires ruraux », a également fait savoir l’équipe d’Élisabeth Borne ce mercredi.

Le gouvernement a annoncé la pérennisation du fonds vert au-delà de la seule année 2023.

Les sujets qui seront évoqués sont déjà connus. Au centre des discussions : la décentralisation, l’inflation, les ZFE (zones à faible émission). Enfin, l’échange de ce mercredi a permis aux élus locaux d’échanger avec le gouvernement sur la transition écologique. « La réussite de la planification écologique se jouera avec les collectivités territoriales, responsables d’une part essentielle de la mise en œuvre des grands chantiers du plan « France Nation Verte », fait savoir Matignon.

"On peut prendre le temps de la réflexion", assure Christophe Béchu
05:36

« Un agenda de travail commun de l’État et des collectivités pour atteindre les principaux objectifs et jalons de la planification écologique, et les leviers pour y parvenir » a pu être communiqué entre les parties prenantes. « À cet égard, le gouvernement a annoncé la pérennisation du fonds vert au-delà de la seule année 2023, afin d’accompagner au mieux la mobilisation de l’investissement public local pour la planification écologique », précise encore Matignon. En attendant, une nouvelle journée de mobilisation générale contre le projet de réforme des retraites porté par le gouvernement est prévue jeudi 13 avril à l’appel de l’intersyndicale.

Partager cet article

Dans la même thématique

Reçues par Élisabeth Borne, les associations d’élus font part de « leurs inquiétudes »
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Reçues par Élisabeth Borne, les associations d’élus font part de « leurs inquiétudes »
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le